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Carton plein pour la visite de Vladimir Poutine au Kirghizstan

Le président russe s’est déplacé à Bichkek le 28 mars dernier pour sa première visite d’Etat depuis 2017. Au programme : 6 milliards de dollars de contrats, un renouvellement de la présence militaire russe dans le pays et une amnistie pour les émigrés kirghiz illégaux en Russie.

C’était une visite très attendue. Le 28 mars dernier, le président russe Vladimir Poutine s’est rendu au Kirghizstan en visite officielle. Sur le tarmac de l’aéroport « Manas » de Bichkek, la capitale, il a été accueilli par son homologue kirghiz Sooronbaï Jeenbekov. Il s’agit de la première visite d’Etat de Vladimir Poutine le pays le plus démocratique d’Asie centrale depuis l’élection de Sooronbaï Jeenbekov en 2017.

Pour l’occasion, les deux présidents ont signé une série d’accords de coopération sur de multiples thèmes. Un Forum des recteurs russes et kirghiz ainsi que la huitième Conférence interrégionale russo-kirghize ont aussi été organisés en parallèle, respectivement sur le thème de l’éducation et de la coopération économique.

La base de Kant au cœur de la coopération militaire

Les deux présidents ont réaffirmé l’importance du partenariat entre les deux pays au cours d’une discussion officielle à la résidence présidentielle « Ala-Archa ». Durant la conférence de presse qui suivi, 17 accords bilatéraux ont été signés, notamment sur la livraison de pétrole russe, la propriété intellectuelle ou encore la santé.

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Parmi ces accords, on trouve aussi et surtout le renouvellement du contrat d’exploitation par l’armée de l’air russe de la base de Kant, au Kirghizstan. La Russie a accepté une augmentation du loyer annuel qu’elle paye au Kirghizstan pour entretenir cette base militaire. Cette présence russe est un soutien important à l’armée de l’air kirghize et est un des points centraux de la coopération russo-kirghize dans la région.

Soutien financier et promesses d’infrastructures

Moscou s’est aussi engagé à fournir 30 millions de dollars (26,7 millions d’euros) d’aide sans intérêt au Kirghizstan pour soutenir le budget de l’Etat. En terme d’infrastructures, la Russie s’est engagée à soutenir Bichkek dans la réalisation de la ligne de chemin de fer « Chine-Kirghizstan-Ouzbékistan ».

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Ce soutien est un assentiment indirect au projet chinois des Nouvelles routes de la soie. De fait, la Chine souhaite mettre en place cette voie ferrée dans le cadre de sa politique d’investissements structurels, et la Russie a proposé au Kirghizstan son expertise sur le sujet.

Apaisement des tensions migratoires

Sur le thème des migrations, la Russie a signé une amnistie à l’encontre des migrants kirghiz en situation d’irrégularité. Il a été décidé de permettre aux Kirghiz présents illégalement sur le territoire russe de régulariser leur situation d’ici au 22 avril. Cette amnistie, jugée nécessaire face au trop grand nombre d’erreurs de dossiers, fait office de geste d’apaisement entre les deux pays suite à la montée des tensions inter-communautaires dans la ville de Iakoutsk, en Sibérie centrale.

Le 17 mars, des Kirghiz ont été arrêtés et accusés de viol à l’encontre d’une habitante de Iakoutsk. Son arrestation a donné lieu à une hausse de la violence à l’encontre de la communauté kirghize de la ville et à une multiplication des contrôles de permis de travail par la police sur les migrants kirghiz. La diaspora kirghize est d’une importance capitale dans les relations entre les deux pays. Pour le Kirghizstan, les transferts de fonds des migrants vers leur pays natal comptait pour 32,5% de son Produit intérieur brut en 2017.

6 milliards de dollars de contrats signés

En parallèle de l’échange officiel entre Vladimir Poutine et Sooronbaï Jeenbekov s’est tenu la huitième Conférence interrégionale russo-kirghize. Des hommes d’affaires et acteurs économiques des deux pays se sont réunis à Bichkek pour discuter échanges économiques et investissements. La Russie est le second investisseur au Kirghizstan après la Chine, avec 123 millions de dollars (109,4 millions d’euros) investis en 2018. Lors cette conférence, 6 milliards de dollars (5,34 milliards d’euros) en contrats d’investissement et d’exportation ont été signé.

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Par l’intermédiaire du Fond de développement russo-kirghize, 90 millions de dollars (80,1 millions d’euros) vont être alloués à un millier de projets au Kirghizstan. Ces prêts à faibles taux d’intérêts financeront aussi bien à la reconstruction de la route Bichkek – Issyk-Koul que l’ouverture d’usines dans le pays.

Réaffirmation de la coopération universitaire

Durant le Forum des recteurs russo-kirghizes, des représentants du milieu universitaire des deux pays ont discuté de l’avenir de la coopération universitaire. Avec 15 000 citoyens kirghiz étudiant dans des universités russes, la rencontre a mis l’accent sur la nécessité de continuer une collaboration active depuis 1992.

Le Forum a aussi été l’occasion pour Sooronbaï Jeenbekov de réaffirmer la place de la langue russe dans l’éducation et la vie politique kirghiz, le statut de langue officielle du russe faisant l’objet de débats au sein de la société kirghize.

La Kirghizstan, un allié stable pour Moscou en Asie centrale

Cette visite de Vladimir Poutine au Kirghizstan lui a donc permis de réaffirmer l’intensité et la force des relations que les deux pays entretiennent. Dans un contexte de montée en puissance de la Chine en Asie centrale, la Russie tient à maintenir son influence historique sur la région, aussi bien économiquement que militairement.

Suite aux récents changements politiques dans la région, au Kazakhstan comme en Ouzbékistan, le Kirghizstan fait figure de pays stable dans une région où les enjeux sécuritaires (terrorisme, narcotrafic, situation en Afghanistan…) concernent directement la Russie.

Antoine Lacome
Rédacteur pour Novastan à Bichkek

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Le prédisent russe Vladimir Poutine et le président kirghiz Sooronbaï Jeenbekov se sont entretenus longuement le 28 mars 2019 à Bichkek.
Service de presse de la présidence kirghize
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