Wakhan Afghanistan Tadjikistan Terrorisme Radicalisation

Combattants radicalisés à la frontière tadjike : que doit craindre le Kirghizstan ?

Alors que près de 16 000 combattants se trouvent à la frontière entre Afghanistan et Tadjikistan, les haut gradés kirghiz commencent à anticiper un risque plus important que prévu.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par le média kirghiz Vetcherniy Bichkek (VB).

Lors d’une rencontre le 4 mars dernier à Douchanbé, la capitale tadjike, avec ses collègues d’Asie centrale et de Russie, le commandant des forces frontalières du Tadjikistan, Radjabali Rahmonali, s’est déclaré préoccupé par la présence de quelque 16 000 combattants à la frontière avec l’Afghanistan, dont 6 000 mercenaires étrangers.

« Ils ont créé 36 camps d’entraînement terroristes. Ils font principalement partie des mouvements Taliban, Ansarullah, du Mouvement islamique du Turkestan oriental et de l’État islamique », a-t-il précisé.

Une menace croissante

Au cours des deux dernières années, la menace exercée par l’Afghanistan en Asie centrale n’a cessé de croître. Ainsi, en février dernier, le chef adjoint du ministère de l’Intérieur russe, Igor Zubov, a déclaré que des combattants de l’État islamique étaient transférés depuis le Pakistan jusqu’à la frontière du Tadjikistan au moyen d’hélicoptères non identifiés.

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« Il semble qu’une stratégie de provocation à grande échelle soit mise en place, qui vise à expulser un grand nombre de réfugiés, avec toutes les conséquences que cela entraîne pour la Russie », avait déclaré Igor Zubov.

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Ces mots du fonctionnaire russe n’avaient alors pas été pris au sérieux. Pour les régiments tadjiks stationnés à la frontière, il n’y avait officiellement pas de combattants de l’État islamique à la frontière avec l’Afghanistan.

Le Kirghizstan se prépare

La menace réelle représentée par l’Afghanistan a également été évoquée lors de la table ronde organisée à Bichkek pour le vingtième anniversaire des événements de Batken, en février dernier. Pour l’ancien chef du département d’État des Frontières, aujourd’hui médiateur pour la République du Kirghizistan, Tokon Mamytov, il est impératif de se préparer à se défendre et riposter à toute agression.

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« Tant au Moyen-Orient que dans d’autres régions du monde, on assiste aujourd’hui à l’émergence de  » forces armées illégales », qui s’acharnent à détruire non seulement les gouvernements, mais aussi leurs armées. Ainsi, l’armée syrienne, l’une des plus puissantes du Moyen-Orient, était au bord de la destruction avant l’intervention de son fidèle allié russe », a-t-il déclaré.

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Le commandant adjoint de la base aérienne de Kant, qui fait partie de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), Sergei Alekseïev, va plus loin : pour lui, aucun État n’est capable de faire face seul à la menace terroriste.

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« L’OTSC concentre l’essentiel de ses efforts sur la protection des frontières extérieures des pays membres contre les menaces terroristes. Dans ce cas-ci, le danger principal concerne l’instabilité extrême de l’Afghanistan, qui pourrait encore empirer avec le retrait des troupes de l’OTAN dans un avenir proche », a-t-il précisé.

« L’Asie centrale constitue leur objectif principal »

De son côté, au cours d’un entretien avec le média kirghiz Vetcherniy Bichkek, le responsable du Centre antiterroriste du Comité d’État à la Sécurité nationale du Kirghizistan, le général-major Marat Imankoulov, n’a pas exclu une intervention au sein des pays d’Asie centrale.

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« La concentration de combattants radicalisés dans les provinces du nord de l’Afghanistan se poursuit depuis près de deux ans. Le phénomène s’est intensifié après le succès d’opérations antiterroristes en Irak et en Syrie. Pourquoi ces forces s’accumulent-elles dans le nord de l’Afghanistan ? Il est clair qu’ils nourrissent des intentions belliqueuses. À mon avis, l’Asie centrale constitue leur objectif principal. Les gardes-frontières déployés, en collaboration notamment avec les services spéciaux et le ministère de la Défense, ont dès lors pour mission de désamorcer cette menace », a indiqué le haut gradé.

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Son prédécesseur à ce poste, Marat Moukanovitch, s’est par ailleurs dit convaincu que les extrémistes sont financés par des forces étrangères, soucieuses de déstabiliser les États d’Asie centrale.

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« Ces 16 000 combattants radicalisés représentent une grande menace, étant donné qu’ils sont tous rodés au combat, y compris dans les zones rurales et montagneuses. En outre, ils peuvent compter sur des armes modernes. Comment dès lors douter qu’ils sont soutenus et financés par des forces étrangères ? », s’est demandé Marat Moukanovitch. « On a appris il y a peu que leurs déplacements s’effectuaient par hélicoptères modernes. Comment est-ce possible dans un pays si pauvre ? Ils constituent une menace et nos forces armées, ainsi que les services spéciaux, doivent se tenir prêts. L’OTSC, l’Organisation de Coopération de Shanghai et d’autres se doivent de collaborer, sans quoi il faut s’attendre à d’autres événements du genre de ceux de Batken », a ajouté l’ancien responsable militaire kirghiz.

Bakyt Stamov
Journaliste pour Vetcherniy Bichkek

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Edité par Etienne Combier

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