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Comment des centrasiatiques ordinaires changent le monde

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Un magasin où les produits s’échangent gratuitement, des trajets en bus bénévoles, le nettoyage quotidien et non salarié des arrêts de bus : autant d’activités menées grâce au dévouement de gens du commun en Asie centrale. Rencontre avec ces centrasiatiques ordinaires qui cherchent à rendre le monde meilleur avec des gestes simples.

Novastan reprend ici un article initialement paru sur Open Asia.

Il existe à Almaty, ancienne capitale du Kazakhstan, une structure peu connue appelée « Noble Assemblée » qui s’occupe de la défense des animaux et de leur fournir un abri. Si un animal est malade et erre dans les rues de la ville, les membres de la « Noble Assemblée » se chargent de l’héberger et de lui trouver un nouveau propriétaire. Ce travail ne leur apporte aucune rentrée financière.

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Il ne s’agit que d’un exemple parmi beaucoup d’autres de ce que des centrasiatiques ordinaires, du Kazakhstan au Tadjikistan, en passant par le Kirghizstan, accomplissent au quotidien pour rendre la vie de leurs contemporains meilleure et plus juste. Et ce, malgré les difficultés auxquelles les habitants de ces pays doivent régulièrement faire face…

Un magasin de gratuité au Kazakhstan

Au mois de mars dernier, à Almaty, une boutique originale a ouvert ses portes : vêtements et chaussures y sont « vendues » gratuitement. Et beaucoup d’« acheteurs » fréquentent ce magasin depuis. Son fondateur, Ivan Troyan, est un ancien homme d’affaires qui a eu du succès dans sa carrière. En guise de « remerciement » pour ce que la vie lui a apporté, il a pris la décision d’ouvrir ce magasin de gratuité afin d’aider les gens. La règle est simple : les fournisseurs lui amènent des produits gratuitement, à la condition qu’ils soient en bon état et propres, et les clients peuvent ensuite venir se procurer les articles disponibles sans verser un seul sou.

« Toute personne, tout habitant de la planète Terre peut venir profiter de notre boutique. Nous ne faisons aucune distinction entre nationalités, ethnies, etc. », explique Ivan Troyan dans une vidéo postée sur YouTube. Il alimente régulièrement sa chaîne YouTube pour tenir les internautes informés de la vie du magasin.

Développer une conscience écologique à Almaty

Un autre projet solidaire de ce type, lui aussi originaire d’Almaty, a été créé en ligne par un simple citoyen, Pavel Alexandrov. Ce dernier n’est ni géographe, ni écologue, mais il a lancé une page Facebook appelée « Air à Almaty », puis un site dédié. L’objectif est de collecter des données sur la qualité de l’air de la plus grande ville kazakhe et de partager ces informations avec les citoyens afin de les informer et pour qu’ils puissent agir en conséquence.

Smog Pollution Almaty Kazakhstan

« En fait, cela n’a pas commencé comme un projet à part entière. Je voulais savoir, pour mon propre bien-être, comment est l’air que nous respirons dehors, s’il est possible d’aérer l’appartement sans risquer de s’intoxiquer. », explique Pavel Alexandrov. « Si l’on peut choisir sa nourriture, on ne choisit pas l’air que l’on respire. Pour respirer de l’air pur, il faudrait qu’il le soit dans l’ensemble de la ville. J’ai donc collecté des données en ligne, je les ai compilées et j’ai commencé à adapter mon mode de vie en fonction de ces données. Mon profil Facebook s’est alors entièrement consacré à ce sujet. », raconte-t-il.

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Après avoir créé sa propre page d’informations et son propre dispositif de calculs des données concernant l’atmosphère d’Almaty, Pavel Alexandrov a ensuite décidé de partager ces connaissances acquises avec l’ensemble de la population. Afin de collecter ces données, il a commencé par installer des détecteurs autour de son appartement. Depuis, le dispositif s’est élargi à d’importantes portions de la ville et les citoyens ont été très vite sensibilisés aux problèmes liés à la pollution à Almaty.

Lorsqu’on lui pose la question du financement d’un tel projet, la réponse de Pavel Alexandrov est on ne peut plus claire : « Je dois acheter différents composants afin de fabriquer les détecteurs qui collectent les données. Je n’accepte l’argent d’aucune autre organisation, même si je reçois beaucoup de propositions. Pour moi, le projet doit être entièrement volontaire. Les personnes participant au projet le font bénévolement. Ce qu’il y a de bien avec cette approche, c’est que nous ne dépendons de personne. »

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Bien que le projet d’un seul activiste ne soit pas en mesure de changer les choses, Pavel Alexandrov est convaincu que, par le nombre, les gens du commun peuvent contraindre les autorités à agir face aux problèmes écologiques auxquels Almaty fait face.

Le nettoyage des arrêts de bus par un retraité bichkékois

Au Kirghizstan aussi, certains habitants veulent rendre le pays meilleur. C’est notamment le cas d’Assylbek Anarbaïev, ancien chirurgien de 70 ans et aujourd’hui à la retraite. Ni urbaniste, ni architecte, son objectif est de rendre les espaces urbains de Bichkek, la capitale kirghize, plus agréables. Il le fait chaque soir en nettoyant les arrêts de bus de la ville : il enlève la poussière, retire les affiches publicitaires qui s’accumulent, collecte les déchets qui s’empilent. Pour cela, il dispose comme seul matériel d’un balais et d’une brosse dont il a fait l’acquisition avec ses propres deniers.

« Je n’aime pas le désordre. Et il n’y a pas d’employé rémunéré en charge du nettoyage des arrêts de bus. Si je ne nettoie pas ses bancs, qui le fera ? Et qui voudra encore s’asseoir dessus ? », explique Assylbek Anarbaïev. Les habitants de Bichkek, ceux de l’ancienne génération, admirent son dévouement et son travail quotidien malgré son grand âge. Mais les jeunes bichkékois, eux, ignorent tout simplement le travail effectué et continuent de jeter des bouteilles à côté de la poubelle prévue à cet effet.

Assylbek Anarbaïev Arrêts Bus Bichkek

Pour Assylbek Anarbaïev, si les gens veulent vivre dans une ville propre, ils doivent prendre eux-mêmes les choses en main. Sa plus grande crainte est l’approche des élections présidentielles au Kirghizstan : pendant la campagne, les arrêts de bus seront submergés d’affiches électorales et il devra redoubler d’efforts pour entretenir les arrêts de bus au quotidien.

Un bus gratuit au Tadjikistan

Le Tadjik Khodjimourod Goulmourodov fait également partie de ces centrasiatiques ordinaires qui veulent rendre la vie de leurs contemporains meilleure. Chaque jour, il conduit sa « marchroutka », camionnette faisant office de bus en Asie centrale, sur la ligne 8. Et les passagers n’ont rien à payer.

Marchroutka Ligne Gratuite

« J’ai longtemps travaillé en Russie. Là-bas, j’ai vu des gens qui aidaient spontanément les autres, sans rien demander en retour. J’ai décidé d’en faire autant en revenant chez moi. Les passagers de mon bus ne sont pas des gens riches. Pour eux, chaque sou compte. En ne leur faisant pas payer le transport, je leur permets d’apporter plus de nourriture à la maison pour leurs familles. », raconte-t-il.

Au départ, Khodjimourod Goulmourodov ne prenait de passagers gratuitement que pendant les périodes de vacances. Puis, il a étendu la gratuité à chaque vendredi, jour important pour tous les Musulmans. Et, maintenant, c’est tous les jours que les passagers embarquent sans payer le chauffeur, comme cela se fait pourtant dans tous les transports en commun d’Asie centrale.

Khodjimourod Goulmourodov Chauffeur Marchroutka

Les réactions des passagers sont assez variées. Parfois, ils ne croient pas le chauffeur quant à la gratuité du transport. Parfois, ils se sentent offensés. Mais, ils finissent tous par être reconnaissants envers leur bienfaiteur, Khodjimourod Goulmourodov.

Traduit du russe par Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef de Novastan

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