Réchauffement Climatique Kirghizistan

Comment le changement climatique affecte le Kirghizstan

Les effets du réchauffement climatique se font ressentir dans les différentes régions de la République kirghize. Entre les températures qui montent et les précipitations qui diminuent, le pronostic est peu optimiste.

« Les jeunes filles ont dû le remarquer : depuis quelques années, nous n’avons presque plus usage des bottes mi-saison », remarque dans un sourire Zoya Kretova, experte en écologie et climat de Kyrgyzhydromet, l’Agence d’hydrométéorologie du Kirghizstan. À l’occasion du Premier Forum de la Jeunesse sur le Climat, qui s’est tenu le 30 novembre 2019 à Bichkek, la chercheuse a pu présenter ses travaux sur l’évolution du climat au Kirghizstan. Son équipe observe et analyse les évolutions des différents indicateurs climatiques sur le territoire du pays enclavé d’Asie centrale, en utilisant notamment les données récoltées pendant la période soviétique.

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En décrivant la dynamique des changements de températures et de volumes de précipitations pour la période de 1976 à 2018, Zoya Kretova a parlé d’anomalies. Sans connotation quelconque cependant, ce terme sert à définir les écarts moyens des différents indicateurs climatiques observés sur une décennie.

Les températures moyennes sur l’année en hausse

Selon ses recherches, à chaque nouvelle décennie, la température annuelle moyenne dans toutes les régions du Kirghizstan augmente de 0,2 °C. Les taux d’augmentation les plus élevés sont observés dans les grandes villes : la capitale Bichkek, Och et Djalalabad. Autour de ces dernières, les températures de l’air ont augmenté en moyenne de 0,4 °C tous les dix ans depuis 1976. Les plus forts taux d’augmentation de la température au Kirghizstan ont été observés depuis le milieu des années 1990.

Il est intéressant de remarquer que les évolutions de températures ont suivi des tendances différentes selon les saisons. Ainsi, les plus fortes augmentations ont lieu au printemps, restent modérées en automne et en hiver. Durant les mois d’été, certaines régions ont même connu une baisse de la température moyenne sur chaque décennie. Les « anomalies » deviennent flagrantes lorsqu’on observe les évolutions de températures mois par mois. On remarque alors que le mois de mars (au milieu de la colonne de droite ci-dessous) a connu les écarts de température les plus élevés (entre 0,5 et 1,2 °C de hausse sur dix ans), suivi du mois de février (en haut à droite).

Réchauffement climatique mensuel Kirghizistan

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Cependant au mois de décembre, les températures sont restées inchangées sur la majeure partie du territoire du Kirghizstan, voire ont baissé jusqu’à 0,4 °C par décennie, notamment au nord de la région de Tchouï, à la frontière avec le Kazakhstan.

Paradoxalement, les températures ont également baissé dans certaines régions aux mois de juillet et août : il s’agit des régions de Naryn, dans le centre du pays, et de la zone à la frontière des régions de Tchouï et d’Och. Le mois d’août est toutefois celui qui présente le plus de contrastes dans l’évolution des écarts de température : alors que dans les grandes villes, ils ont été positifs de 0,3 à 0,4 °C par décennie, les écarts de température ont été négatifs de 0,1 à 0,3 °C sur la plus grande partie du territoire.

Dans le même temps, pendant la période chaude de l’année, en particulier dans les zones de la vallée du Kirghizstan et dans l’est de la région d’Issyk-Koul, le nombre de cas de canicule augmente considérablement.

Une métamorphose du régime des précipitations

« Le régime des précipitations au Kirghizstan se caractérise par une grande variabilité, tant inter-annuelle que saisonnière et territoriale. Il est impossible de déterminer une seule tendance d’évolution des précipitations, et il est même difficile de dire concrètement si elles augmentent ou si elles diminuent » a constaté Zoya Kretova au média britannique Cabar. L’experte note toutefois un changement du régime habituel des précipitations pour chaque mois, sur l’ensemble du territoire du Kirghizstan. « De manière générale, on remarque des changements dans les cycles de précipitations hivernaux et conséquemment la réduction du territoire et de la durée de l’enneigement. »

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Cette évolution est extrêmement importante pour le Kirghizstan, dont la consommation totale d’électricité dépend à 90 % de l’hydroélectrique, et donc de ses réserves d’eau, principalement dans le bassin de Toktogoul. La redistribution des précipitations qui a lieu dans toute la région d’Asie centrale peut entraîner le drainage de réservoirs naturels et provoquer également des inondations et des glissements de terrain dans des zones qui n’étaient auparavant pas sujettes à de tels phénomènes.

Un pronostic peu optimiste pour l’avenir

Sur fond de la montée de la température, l’augmentation ou la réduction des précipitations dans certaines régions entraîne des charges inhabituelles sur l’écosystème. Cela peut entraîner l’apparition de phénomènes naturels dangereux tels que la sécheresse, notamment le dessèchement des réservoirs naturels, les glissements de terrain, les coulées de boue, les inondations, les avalanches.

À l’avenir, le nombre de jours de l’année avec des températures négatives devrait continuer à diminuer selon Zoya Kretova, alors que celui de journées avec des températures supérieures à 25, 30 et 35 °C va augmenter. Les nuits dites tropicales – avec des températures nocturnes supérieures à 20 °C – seront également plus fréquentes. Les périodes de canicules et les vagues de chaleur deviendront un phénomène habituel dans toutes les régions du Kirghizstan.

D’après les différents scénarios modélisés par Kyrgyzhydromet, la température moyenne dans le pays augmenterait de 1 °C (dans le meilleur des cas) à 3,7 °C (dans le pire des cas) d’ici 2100. Le régime des précipitations deviendra également de plus en plus irrégulier, ce qui entraîne un degré élevé d’incertitude quant aux impacts sur les différentes activités humaines. La nécessité d’élaborer ou de réviser les stratégies de prévention et de réponse d’urgence face au risque accru de catastrophes naturelles au Kirghizstan devient donc urgente.

Anna Chtorkh
Rédactrice pour Novastan
Corrigé par Aline Simonneau

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Les effets du réchauffement climatique se font ressentir dans les différentes régions de la République kirghize. Entre les températures qui montent et les précipitations qui diminuent, le pronostic est peu optimiste.
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Les écarts moyens de température sur une décennie varient selon les mois de l’année
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