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Coronavirus : l’Asie centrale coupée en deux

Un mois après les premiers cas survenus au Kazakhstan, l’Asie centrale continue de se débattre avec le coronavirus. Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont officialisé plus de 1 000 cas, le Kirghizstan plus de 400, quand le Tadjikistan et le Turkménistan n’ont déclaré aucun cas. Tour de la région. 

Alors que la pandémie de coronavirus continue de faire rage à travers le monde, avec plus d’1,9 million de cas et 126 000 morts, l’Asie centrale tente de lutter contre ce drame sanitaire. À l’échelle de la région, on compte désormais plus de 2 500 cas et 24 décès, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan étant les plus pays les plus touchés.

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Paradoxalement, alors que la quasi-totalité des États de la planète recensent des cas, le Tadjikistan et le Turkménistan continuent de vivre comme avant, de grands rassemblements et leur ligue de football ayant repris comme prévu. La région est donc séparée entre les pays combattant officiellement le Covid-19 et les autres niant officiellement son existence. Près d’un mois après le premier cas déclaré au Kazakhstan le 13 mars, Novastan vous propose un point sur la situation.


Au Kazakhstan, le personnel médical particulièrement touché

Le Kazakhstan compte au 15 avril 1 275 cas de contaminations dont 15 morts. La capitale Nur-Sultan et Almaty, principal cœur économique du pays, sont les villes les plus touchées avec respectivement 294 et 370 cas. Après avoir attendu le pic de l’épidémie à la mi-avril, le ministère de la Santé a réévalué cette date. Selon les nouvelles estimations relayées par le média kazakh Tengrinews, le pays atteindrait ce pic à la fin du mois d’avril et au plus trad en mai, comme l’assure Ludmila Burabekova, présidente du Comité du contrôle de qualité et de sécurité des produits et services du ministère de la Santé. L’état d’urgence a été prolongé jusqu’à la fin du mois par décret du président Kassym-Jomart Tokaïev.

Comme le décrit le média kazakh Informburo.kz, la circulation intérieure est surveillée et très limitée. Dans les villes mises sous quarantaine, une autorisation spéciale est nécessaire. Plusieurs entreprises ont déjà proposé leur aide afin de faciliter l’obtention du document par le développement de nouvelles applications.

À Nur-Sultan, un nouvel hôpital de 200 lits sera bientôt achevé. Le bâtiment sera équipé de technologies adaptées pour lutter contre l’infection de Covid-19 et réduire les risques de contamination pour le personnel médical. On compte effectivement un nombre conséquent d’infections parmi les soignants, qui s’élevait le 13 avril à 211 cas, décrit le média russe Fergana News, dont l’essentiel a été recensé dans l’hôpital régional de Nur-Sultan, où on dénombre à ce jour 147 cas.

Le personnel du pays s’est d’ailleurs beaucoup plaint des conditions de travail, de soin, du manque de matériel ainsi que du manque de communication des autorités. Les soignants de l’hôpital régional d’Atyraou avait notamment tenté d’en informer une équipe de journalistes de la télévision KTK, avant que des forces de l’ordre n’interviennent pour arrêter ces derniers.

Cet épisode effraie le personnel soignant et leurs patients, tandis que la présidente de la direction de la Santé de la capitale, Saule Kisikova, a dénoncé une « faiblesse » en parlant des plaintes des soignants, décrit Fergana News. De son côté, le ministre de la Santé Eljan Birtanov a appelé les soignants à « ne pas paniquer », rapporte le média russe Sputnik, et assure que le personnel médical obtiendra comme promis une prime de risque en fonction du risque d’exposition.

Sur le plan matériel, une délégation de spécialistes chinois est arrivée le 9 avril à l’aéroport de Nur-Sultan afin d’échanger son expérience avec des confrères kazakhs et les conseiller dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19. La délégation était accompagnée de 5,5 tonnes de matériel médical et de médicaments. Jack Ma, fondateur historique d’Alibaba, a également aidé le pays avec 4,5 tonnes d’équipements de protection et de thermomètres, recevant par là même les remerciements du président kazakh. Le Kazakhstan attend une nouvelle livraison, cette fois d’appareils respiratoires et de tests.

En parallèle, le gouvernement kazakh prévoit une aide financière aux citoyens sans revenu à cause de l’épidémie. L’aide s’élève à 42 500 tengués (91 euros), soit le salaire minimal du pays. Elle sera attribuée sous demande pendant toute la durée de l’état d’urgence. L’aide ne concerne cependant pas les fonctionnaires qui continuent de travailler comme le précise à Sputnik le vice-ministre du ministère du Travail, Nariman Moukouchev.

De peur d’une pénurie alimentaire, le Kazakhstan a suspendu ses exportations de produits alimentaires, d’abord à tous les pays du monde, puis s’est coordonné avec les pays membres de l’Union économique eurasiatique. Des quotas sur les produits de première nécessité ont été instaurés.

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Concernant la poursuite de la scolarité des enfants du pays, le ministère de l’Éducation a finalement opté pour l’annulation des examens de fin d’année. Cette décision intervient après que les écoles aient tenté de poursuivre les cours par visioconférence mais, mais l’Internet du pays s’est avéré inadapté.

L’Ouzbékistan durement touché malgré des mesures précoces

Avec un premier cas le 15 mars dernier, l’Ouzbékistan a été le deuxième pays centrasiatique touché par le Covid-19. Une place conservée aujourd’hui, avec 1 214 cas et 4 décès, selon les autorités. Le 13 avril dernier, 133 nouveaux cas ont été révélés par le ministère de la Santé ouzbek, soit le plus grand nombre de cas par jour depuis le début de l’épidémie en Ouzbékistan.

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Depuis le 16 mars et jusqu’au 30 avril, les autorités ouzbèkes ont suspendu toutes leurs liaisons de transport avec d’autres pays pour endiguer la propagation du virus, rapporte Sputnik. Par ailleurs, depuis le 27 mars, les liaisons de transport internes entre les différentes régions du pays ont également été coupées. Seul le transport de marchandises reste autorisé. La suspension du trafic aérien, quant à elle, en vigueur depuis le 30 mars, est prévue jusqu’au 20 avril. En ce qui concerne les citoyens ouzbeks, ces derniers sont soumis au confinement depuis le 6 avril dernier, selon Sputnik. La population n’est autorisée à sortir du domicile que pour le travail, les courses alimentaires et les besoins pharmaceutiques d’urgence.

Situation chaotique au Kirghizstan

Le Kirghizstan déclare au 16 avril, 449 contaminations, dont 5 morts et 79 soignants infectés. En dehors de la capitale Bichkek, avec 102 cas, le sud du pays, où les premiers cas ont été enregistrés le 18 mars, est particulièrement touché. Ceci dit, dans l’ensemble, l’épidémie se développe plus lentement qu’en Ouzbékistan et au Kazakhstan, ce qui pourrait également être dû à la mise en place relativement précoce de réglementations d’urgence.

Dès les premiers cas officiels, le transport à l’intérieur du pays a été largement restreint. Depuis le 25 mars, un état d’urgence est également en vigueur dans toutes les zones touchées, en vertu duquel les transports publics, y compris les taxis, ont été complètement suspendus. Les résidents ne sont autorisés à quitter leur domicile que pour acheter de la nourriture et des médicaments ou pour demander une assistance médicale. L’état d’urgence a été prolongé par décret présidentiel jusqu’au 30 avril.

Pour faire face à la crise économique à venir, le Kirghizstan a demandé une aide financière à plusieurs institutions internationales dont la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ou encore à la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD). Le pays enclavé a été le premier au monde à recevoir l’aide du FMI  le 2 avril dernier.

Le gouvernement a déjà dépensé plus de la moitié du budget supplémentaire dédié à la lutte contre l’épidémie, rapporte le média kirghiz Kaktus, soit environ 183 millions de soms sur 340 millions de soms prévus (2,1 millions d’euros sur 3,9 millions). Le Premier ministre Moukhammetkaly Abylgaziev prévoit une perte de plus de 5 milliards de soms (582 millions d’euros) à cause du coronavirus Covid-19, relève 24.kg. Les retraités ainsi que les allocataires bénéficient en effet d’une remise d’impôt et d’une certaine indulgence de la part des banques. Mais le gouvernement avoue qu’il ne sera pas en mesure d’allonger la liste des bénéficiaires pour limiter pertes de l’État. De même, un plan d’aide aux entreprises a été développé en étroit partenariat avec ces dernières. Cependant il aurait largement déçu, selon le média kirghiz Vetcherniy Bishkek. Le gouvernement a déjà débuté la rédaction d’un second plan anti-crise, rapporte 24.kg.

Malgré les importants investissements du gouvernement s’élevant à 103 millions de soms (1,2 million d’euros) dans la lutte contre le virus et la promesse d’une prime de risque, les soignants dénoncent des conditions de travail « inhumaines » et signalent un manque de matériel, décrit 24.kg. Une partie de la population s’est ainsi mobilisée en achetant le matériel manquant.

La situation suscite également le doute chez la population. Tcholpone Djakupova, présidente de la clinique juridique Adilet, organisation de défense des droits de l’Homme, a publié une lettre ouverte au président de la République Sooronbay Jeenbekov. Elle signale une situation socio-politique explosive, rapporte 24.kg. Les soignants qui dénoncent la manière dont est gérée la crise sont poursuivis par les autorités et menacés. L’argent dédié au personnel s’évapore en chemin. Tcholpone Djakupova a également critiqué la communication des décisions et les bases légales sur lesquelles ces dernières sont fondées.

Autre scandale, une application mobile installée sur le portable des personnes sous surveillance (ayant été en contact avec un infecté), permettrait de traquer ses déplacements ainsi que d’effectuer un suivi de son état de santé, rapporte le media Kaktus. Le Commandement républicain de lutte contre le coronavirus a confirmé l’existence de l’application mais assure qu’elle n’est installée qu’avec l’accord de la personne et que les données ne peuvent être divulguées à une tierce partie. Après l’apparition d’une vidéo, devenue virale, démontrant le contraire, le Commandement a soumis aux forces de l’ordre le document visuel à une expertise.

Au Tadjikistan, entre assurance d’être à l’abri et soupçons de cas dissimulés

Comme le rapporte le média russe Sputnik Tadjikistan, le ministre tadjik de la Santé, Nasim Olimzoda, a déclaré le 12 avril qu’il n’y avait aucune raison d’imposer une quarantaine à tous les citoyens tadjiks. Une mesure aussi radicale n’est pas nécessaire, selon lui, car aucun cas n’a de Coronavirus été signalé dans le pays. Selon lui, le climat chaud et sec du Tadjikistan contribuent également à limiter la propagation du virus. Depuis février, environ 7 000 personnes ont été mises en quarantaine au Tadjikistan, dont environ 5 000 ont été libérées, a déclaré Nasim Olimzoda. Non seulement les autorités tadjikes n’ont pas imposé de quarantaine généralisée, mais elles ont également maintenu la tenue d’événements sportifs tels que le championnat national de football. Ces événements se déroulent à huis clos.

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Les prières communes dans les mosquées ont d’abord été autorisées après une interdiction précoce, puis elle sont de nouveau interdites à partir du 18 avril, décrit le média tadjik Asia-Plus. Toutefois, des inquiétudes et même des soupçons concernant des cas de coronavirus cachés ont récemment été exprimés par le public et certains médias. Plusieurs décès survenus dans des installations de quarantaine dans différentes régions du pays ont fait naître des soupçons de contamination, mais les autorités ont indiqués que les personnes en question n’étaient pas infectés avec le coronavirus.

 Par ailleurs, les médias russe Sputnik Tadjikistan et américain Radio Ozodi ont rapporté que le ministère de la Santé tadjik n’associait pas ces décès au coronavirus, ayant soumis ces deux personnes aux tests de dépistage. Quelques jours plus tôt, le 3 avril, le porte-parole de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) faisait part de sa conviction que « le Tadjikistan ne cache pas de cas d’infection », comme le rapporte le média tadjik Asia Plus.

Le Turkménistan impose plusieurs interdictions mais rouvre sa frontière avec l’Iran

Le Turkménistan s’est déjà distingué du Tadjikistan par des mesures plus précoces telles que la suppression de tous ses vols vers la Chine et vers l’Ouzbékistan dès début février dernier. Depuis, Achgabat a multiplié les mesures internes entre la fin du mois de mars et le début du mois d’avril. Depuis le 24 mars dernier, les autorités ont fait fermer les cafés, les restaurants et les salles de sport, mais également suspendu toutes les compétitions sportives. Les autorités ont également fermé le bazar d’Achgabat « Altyn Asyr » à compter du 1er avril, selon le média indépendant Turkmen News. Le Turkménistan a fermé la ville de Serhetabad à l’entrée et à la sortie le 25 mars dernier, selon le média indépendant Chronika Turkmenistana.

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Paradoxalement, les célébrations de masses rassemblant des employés d’organismes publics ainsi que des étudiants n’ont pas été annulées, toujours selon Chronika Turkmenistana. Les événements tels que les concerts, conférences ou réunions consacrés à des commémorations continuent eux aussi de se produire au Turkménistan. En ce qui concerne la prévention par les tests, le pays n’est toutefois pas en reste. Ayant opté pour un dépistage de masse pour sa population, le pays a testé en premier lieu les établissements scolaires le 13 avril, selon le média officiel Orient.tm. Ces dépistages massifs à l’école sont effectués sur place jusqu’au 25 mai. Le gouvernement entend tester tous les groupes de la population de manière préventive.

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Concernant ses échanges vers les autres pays, le Turkménistan, qui avait en mars dernier fermé son port majeur de Turkmenbashi, a recommencé ses échanges, notamment avec la Russie. Sputnik Tadjikistan rapporte la livraison d’une cinquantaine de camions KamAZ en provenance de la République du Tatarstan le 3 avril dernier. Également fermée depuis le 24 février dernier, le Turkménistan a décidé de rouvrir sa frontière au sud avec l’Iran, comme le rapporte la Nezavisimaya Gazeta. Cette décision est, selon le média russe, due à des pénuries de produits alimentaires de plus en plus importantes ainsi qu’à une augmentation généralisée des prix au Turkménistan. L’Iran présente un bilan d’environ 4 600 décès du coronavirus pour environ 75 000 cas.

Maysan Amri
Rédactrice pour Novastan

Victor Nicolas
Rédacteur pour Novastan

Corrigé par Aline Simonneau

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Un grand nombre de cas de Covid-19 ont été annoncés au Kazakhstan, en Ouzbékistan et au Kirghizstan, aucun au Tadjikistan et au Turkménistan.
Sputnik / Pavel Kononov
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