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Coronavirus : où en est la situation en Asie centrale ?

Parmi les premiers à réagir face à l’épidémie d’origine chinoise, les pays d’Asie centrale sont aujourd’hui en état d’alerte. Trois cas ont été déclarés au Kazakhstan le 13 mars.

À l’heure où la pandémie du coronavrius CoVid-19 a atteint l’Europe, désormais épicentre de la pandémie, affichant un bilan dépassant les 140 000 contaminés et 5 300 victimes dans le monde, les pays d’Asie centrale sont en première ligne. Pour la plupart frontaliers de la Chine, ils avaient été parmi les premiers à réagir au début du mois de février dernier par des fermetures de frontière et la suspension des vols vers et en provenance de la Chine.

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Le Kazakhstan a été le premier pays centrasiatique à déclarer des cas le 13 mars dernier, suivi le 15 mars par l’Ouzbékistan. Les gouvernements d’Asie centrale continuent à déployer des mesures vis-à-vis des zones à risques. L’Iran, qui affiche le bilan le plus sévère derrière la Chine, avec au moins 1 500 cas et 66 décès, est la principale cible de ces mesures, mais l’Azerbaïdjan a, lui aussi, fait l’objet d’attention renforcée. Les pays européens sont également visés.

Depuis le 10 mars, les voyageurs provenant de France sont placés en quarantaine à domicile pendant 14 jours en Ouzbékistan. Les 11 et 12 mars, le Kirghizstan et le Kazakhstan ont interdit l’entrée de leur pays aux voyageurs en provenance de France.

Le Kirghizstan interdit l’accès à son territoire aux citoyens de cinq pays

Le 12 mars, le Kirghizstan a étendu sa restriction temporaire, concernant initialement les citoyens chinois, sud-coréens, japonais, iraniens et italiens à la France, l’Espagne et l’Allemagne, rapporte l’agence kirghize AKIPress. Le média kirghiz Kloop.kg indiquait au début du mois de mars que le gouvernement entendait étendre à nouveau cette restriction en fonction de l’émergence du virus dans d’autres pays.

Les autorités kirghizes n’ont fait état d’aucun cas de contamination, cependant le média kirghiz Kaktus informe que deux citoyens russes ayant voyagé au Kirghizstan depuis la Corée du Sud ont été mis en quarantaine par mesure préventive, sans certitude de leur contamination.

Le 11 mars dernier, la mairie de Bichkek a par ailleurs interdit tous les rassemblements de plus de 100 personnes, rapporte l’agence kirghize AKIPress.

Le Kazakhstan réduit ses vols à destination de l’Azerbaïdjan

Le Kazakhstan a, quant à lui, projeté une réduction drastique des vols vers l’Azerbaïdjan prenant effet le 5 mars, selon le média russe interfax.ru. Plus précisément, les vols en provenance de Nur-Sultan seront suspendus, les vols Almaty-Bakou réduits de cinq par semaine à un seul, tandis que les vols Aktau-Bakou passeront de sept à un par semaine. Cette mesure est par ailleurs couplée à la fermeture des ports kazakhs d’Aktau et Kuryk aux navires azéris et iraniens arrivant par la Mer Caspienne. L’Azerbaïdjan affiche un bilan de 3 personnes contaminées selon le média RBC-Ukraine.

Parmi ces mesures appliquées à partir du 5 mars, l’interdiction d’entrée sur le territoire pour les ressortissants iraniens entrera également en vigueur, selon le média kazakh Kazinform. Par ailleurs, le média kazakh Inform Buro précise qu’à compter du 8 mars, cette interdiction concernera également les citoyens chinois et sud-coréens, à en croire les propos relayés du vice-ministre de l’Industrie et du Développement des infrastructures Berik Kamaliev. Le bilan du Kazakhstan est désormais à trois cas depuis le 13 mars. Le pays comptait le 3 mars dernier un millier de personnes contrôlées et 358 en quarantaine de façon préventive. Le média kazakh Liter a précisé les conditions de mise en quarantaine au Kazakhstan. Les Kazakhs arrivant de Chine ou d’Iran sont d’office mis à l’isolement à l’hôpital, tandis que ceux qui reviennent de pays tels que la Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan, le Japon et l’Italie sont mis en quarantaine à domicile pour 14 jours.

L’Ouzbékistan contrôle préventivement

Le 15 mars dernier, l’Ouzbékistan a déclaré son premier cas, une citoyenne ouzbèke revenant de Paris. Auparavant, l’Ouzbékistan s’était également révélé proactif sur le plan des contrôles. Depuis le 15 janvier dernier, 6 000 personnes provenant de pays contaminés ont été testées en Ouzbékistan, selon le média russe Sputnik. Toutefois, 600 personnes sont sous surveillance pour 14 jours. Toujours selon Sputnik, le directeur de l’Agence pour le bien-être sanitaire et épidémiologique du ministère de la Santé ouzbek Bahrom Almatov a dit examiner avec le Comité d’État au tourisme, la question d’une restriction touristique concernant les pays les plus touchés par le virus, à savoir l’Iran, la Corée du Sud et l’Italie.

À propos de l’Iran, le ministère des Affaires étrangères ouzbek a annoncé, selon Sputnik, la présence de 60 ressortissants ouzbeks en Iran, non atteints par le virus mais qui seront mis en quarantaine pour 14 jours à leur retour à Tachkent, la capitale.

Le Tadjikistan suspend les prières publiques

Si le Tadjikistan était jusqu’alors le seul pays centrasiatique à ne pas avoir fermé sa frontière avec la Chine, ce dernier a finalement acté le 5 mars dernier une interdiction d’entrée sur son territoire aux citoyens de cinq pays (Chine, Corée du Sud, Iran, Italie, Afghanistan). Le média Sputnik explique que cette fermeture de la frontière avec la Chine a tardé tant les responsables tadjiks ont estimé que l’économie nationale avait besoin des spécialistes chinois.

Mais au tournant du mois de mars, la menace a pris le pas sur ce principe. En effet, le Tadjikistan, qui n’a pour autant déploré aucun cas de coronavirus, a déployé un certain nombre de restrictions illustrant sa crainte de voir le virus se manifester. À compter du 5 mars, les prières publiques sont proscrites par le Conseil des Oulémas du Centre islamique du Tadjikistan et seule la prière mortuaire de « janose » est autorisée dans les mosquées. Les visites de mosquées ont également été interdites temporairement.

Le Turkménistan ferme ses frontières avec l’Iran et l’Afghanistan

Le Turkménistan a, lui, poursuivi ses restrictions temporaires entreprises en février dernier. Après avoir interdit tous ses vols vers la Chine et fermé sa frontière avec l’Ouzbékistan, le pays a cherché à se prémunir de risques provenant de plusieurs pays. Le 26 février dernier, le média américain Radio Azatlyk annonçait la fermeture de la frontière avec l’Afghanistan à Turgundi. Quelques jours plus tôt, la frontière avec l’Iran, proche voisin le plus touché par le virus après la Chine, était elle aussi fermée, selon le média turkmène d’opposition Chronika Turkmenistana. Le 2 mars, à l’instar du Kazakhstan, le gouvernement turkmène a fermé le port de Turkmenbashi sur la Mer Caspienne à tous les bateaux sans exception. Enfin, cette méfiance turkmène s’exprime aussi à l’égard de pays n’ayant pas officialisé de cas de coronavirus comme la Turquie. En effet, Turkmen news affirme que la récente annulation de vols vers Achgabat par la compagnie Turkish Airlines ne serait que la conséquence d’interdiction des autorités turkmènes à voyager en Turquie.

De plus, comme le rapporte l’ambassadeur de France au Turkménistan sur sa page Facebook, un test salivaire a été mis en place pour l’ensemble des voyageurs arrivant au Turkménistan, nécessitant de patienter au moins six heures avant d’avoir le résultat. En outre, les vols prévus pour Achgabat, la capitale, seront redirigés temporairement vers Turkmenabat, où les tests seront réalisés.

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Par ailleurs, les médias ayant relayé ces informations supposent que la plupart de ces mesures résultent de l’anxiété liée au coronavirus, mais ils ne sont pas catégoriques, tant le Turkménistan déploie régulièrement de telles mesures sans qu’il soit question de lutter contre une épidémie transnationale.

Des relations toujours constantes avec la Chine

En l’état, les mesures récemment déployées par les États centrasiatiques concernent davantage les nouvelles zones à risque que la Chine, épicentre mondial du virus. Cependant, même si les mesures se sont durcies à l’égard de la Chine au regard du coronavirus, les États centrasiatiques ont depuis les premières mesures montré leur soutien à la Chine par plusieurs appels du pied. Par exemple, le 3 mars dernier, le site kazakh BaigeNews relatait la rencontre entre le président Kassym-Jomart Tokaïev et un membre du politburo chinois. Le président kazakh a profité de cette rencontre pour renouveler sa solidarité envers le peuple chinois et sa volonté de combattre conjointement l’épidémie. Dans le cadre de cette rencontre, les perspectives de renforcement des relations entre les deux pays ont été abordées, rapporte le média.

Ainsi, malgré ces mesures et ces interdictions, les pays centrasiatiques ne semblent pas avoir renoncé à la Chine en tant qu’allié commercial et politique et entendent même développer ces relations sur fond de cette épidémie, désormais mondiale.

Victor Nicolas
Rédacteur pour Novastan

*Edition 10 mars 2020: ajout de la mise en quarantaine des voyageurs provenant de France en Ouzbékistan, Kazakhstan et Kirghizstan.

*Edition 11 mars 2020 : ajout de l’annulation des rassemblements de plus de 100 personnes à Bichkek.

*Edition 13 mars 2020 : ajout des deux premiers cas au Kazakhstan

*Edition 15 mars 2020 : ajout du premier cas en Ouzbékistan et actualisation du nombre de cas et décès au niveau mondial.

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L’Asie centrale n’a pour l’heure déclaré aucun cas de contamination au coronavirus (illustration).
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