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Élections au Kirghizstan : tout ce que vous devez savoir

Les Kirghiz sont appelés, dimanche 4 octobre, à se rendre aux urnes pour les élections législatives. Novastan.org vous guide pour tout comprendre des enjeux de cet évènement.

Alors que la République parlementaire du Kirghizstan fait figure d’exception dans une région dominée par les dictatures et les régimes autoritaires, retour sur les règles, les partis et les principaux enjeux du scrutin crucial pour l’avenir démocratique du pays.

Les règles du scrutin

Depuis 2010, les 120 députés du Zhogorku Kengesh (le Parlement kirghiz) sont élus à la proportionnelle par liste. Les sièges seront établis en fonction du nombre proportionnel de voix que recevra chaque liste. Depuis la révolution de 2010 ayant abouti à la création d’une nouvelle constitution, ce n’est que la deuxième élection législative.

Historiquement, le système monocaméral (une seule chambre parlementaire) est en vigueur depuis 2007. Entre 1993 – date de la première constitution kirghize – et 2007, le Parlement était composé d’une centaine de députés répartis entre deux chambres : l’Assemblée législative et l’Assemblée des peuples.

Les élections de 2015 marquent par ailleurs l’introduction d’un double seuil électoral : pour entrer au Parlement, un parti devra réunir au minimum 7% des voix à l’échelle du pays et 0,7% dans les sept régions et les deux principales villes kirghizes (Och et Bichkek). Cette mesure, qui réduit les chances d’accès des petits partis régionaux, a été critiquée par l’OSCE. La date de l’élection, quant à elle, a été à l’origine de débats houleux au sein du Zhogorku Kengesh. Car si la loi électorale prévoit l’organisation d’élections le premier dimanche suivant l’expiration du mandat des parlementaires, aucune disposition précise ne vient fixer la fin du mandat en question.

Malgré ces imprécisions, qui compliquent l’organisation du scrutin, les dispositions électorales prévoient des règles d’une étonnante modernité pour en pays en transition. Outre l’impossibilité pour un parti de remporter plus de 65 sièges, une liste doit ainsi comporter au minimum 30% de femmes, 15% de jeunes de moins de 35 ans et autant de représentants des minorités ethniques. Fait notable et rarissime, au moins deux personnes handicapées doivent être présentes sur chacune des listes parlementaires. L’accès et la reconnaissance des personnes handicapées a d’ailleurs constitué l’un des thèmes du scrutin. Toutefois, le financement des partis, lui, n’est pas encadré par la loi et encore moins assuré par le budget de l’État. Les partis s’appuient donc exclusivement sur des fonds privés en lien avec les fortunes personnelles des principaux hommes d’affaires du pays.

Les partis en lice

Sur les 34 partis annoncés lors du lancement de la campagne électorale, quatorze ont pu effectivement se présenter aux élections. Seuls cinq d’entre eux étaient présents dans l’enceinte du Parlement pendant les cinq dernières années. Il s’agit du Parti social-démocrate, ou SDPK (26 sièges), d’Ar-Namys (25), d’Ata-Meken (18), de Respublika (23) et d’Ata-Djourt (28). Les deux derniers font partie de l’opposition tandis que les autres composent la coalition. Ata-Meken, parti de masse d’inspiration nationaliste, crée en 1992, est pressenti pour renforcer sa présence au sein du Parlement. Selon un sondage de l’agence de presse AKIpress publié le 21 septembre, le parti bénéficierait de 16,5% des voix juste derrière le SDPK (17%), autre grand parti historique.

A côté des formations déjà présentes dans l’enceinte du Parlement, les partis Bir Bol, Kirghizstan, Butun Kyrgyzstan-Emgek et Onuguu-Progress font figure de prétendants sérieux. Onuguu-Progress, d’inspiration libérale et pro-business, a bénéficié d’une importante couverture médiatique alors que le parti participe pour la première fois à des élections d’envergure. D’après le sondage d’AKIpress, Onuguu-Progress bénéficierait de près de 12% des intentions de vote, suivi par la fusion Respublika-Ata-Djourt (11,4%) et de Bir Bol (10,5%).

Les partis plus modestes (Zamandash, Azzatik, Aalam, Meken Yntymagy, Uluu Kyrgyzstan, Congrès des Peuples) sont eux crédités de moins de 4% des voix et risquent donc de ne pas atteindre le seuil nécessaire. La plupart des membres de ces partis sont des transfuges d'autres formations politiques, même si Uluu Kirghizstan et Aalam (autoproclamé Le Parti des sans partis) se présentent comme des rassemblements de simples citoyens. Le numéro 2 d’Aalam, ZhylDykan Zholdoshova, est pourtant l’ancien chef du groupe parlementaire du parti Ata-Djourt. Uluu Kyrgyzstan (Grand Kirghizstan) représente le seul parti défendant un point de vue rigoriste. Dirigé par l’homme d’affaire Oulan Essenkojoyev, aucun de ses candidats, tous agés de moins de 38 ans, ne boit d’alcool ni ne fume.

Ce pluralisme s’accompagne d’une évolution fréquente du paysage politique. Bermet Imanalieva, politologue kirghize, note ainsi l’émergence depuis 2010 d’un grand nombre de partis (le pays en compterait 203) se trouvant dans un « processus continu de transformation, d’unification, de réorganisation et de désintégration ».

La stabilité et la lutte contre la corruption : principaux thèmes de campagne

La lutte contre la corruption apparaît comme l’un des principaux sujets d’inquiétude auprès de la population. Selon le classement de Transparency International, le Kirghizstan arrive à la 136ème place dans le monde (sur 175). Le chômage et le ralentissement de la croissance sont également des problèmes d’envergures au cœur des préoccupations alors que le pays, comme tout l’espace post-soviétique, connaît une sévère crise économique marqué par une volatilité monétaire.

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Face à ces défis d’ordre socio-économiques, les partis au pouvoir, notamment le SDPK, mettent en avant la nécessité d’assurer la stabilité du pays. Le parti social-démocrate se pose en garant de l’équilibre politique, religieux et ethnique de la République kirghize. Sa figure de proue, le président Almazbek Atambaïev, entend mener à terme son programme avant les élections présidentielles de 2017, pour lesquelles il ne pourra constitutionnellement pas se représenter.

La situation politique est pourtant loin d’être stable. Début 2015, de nombreuses démissions ont parsemé l’actualité du Kirghizstan, qui connaît depuis son indépendance plus d’un premier ministre par an.

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Meeting Bir Bol

Les partis attendus au tournant

Au niveau parlementaire, le score du SDPK sera déterminant pour le pays. Au vu des sondages, le parti pourrait terminer en tête, ce qui serait une victoire pour le Président Atambaïev. Les résultats du parti Ar-Namys (Dignité) sont également très attendus. Sous la direction du russophile Felix Kulov, Ar-Namys connaît actuellement une crise profonde et pourrait faire face à une déconvenue fatale lors du scrutin de dimanche. D’après le sondage d’AKIpress, il recueillerait à peine 1% des intentions de vote.

Face au risque de disparition de certains partis emblématiques, ces élections pourraient logiquement voir l’entrée au Parlement de nouvelles formations politiques. Le parti Onuguu-Progress, dirigé par l’homme d’affaires Bakyt Torobayev, est ainsi pressenti pour devenir la troisième force du pays après une campagne particulièrement visible et un compte de campagne d’un niveau record (101 millions de soms, soit 1,3 million d’euros). Le parti Bir Bol est également en vue et pourrait arriver en cinquième position.

L’un des enjeux du scrutin sera également de voir si des formations politiques aux orientations a priori opposées parviennent à travailler ensemble. On peut ici penser à l’union de Butun et Emgek (créditée de 7,7% des intentions de vote), l’un dirigé par le nationaliste et traditionaliste Adakhan Madoumarov, arrivé second à l’élection présidentielle de 2011, l’autre dirigé par le célèbre homme d’affaires Askar Salymbekov, propriétaire du bazar Dordoy à Bichkek et de différentes entreprises du même nom. Une autre union à priori paradoxale concerne le parti Respublika, dirigé par le milliardaire et ancien premier ministre Omurbek Babanov, et le parti Ata-Djourt qui comporte à sa tête le sulfureux Kamchybek Tachiev. Tandis que Respublika représente davantage les mœurs et les intérêts économiques du nord du pays, Ata-Djourt bénéficie d’une position de premier plan dans le Sud conservateur.

Les incertitudes liées aux votes

Officiellement, 2 619 000 personnes ont été enregistrées sur les listes électorales et près de 77% des Kirghiz auraient l’intention de se rendre aux urnes le 4 octobre prochain. Toutefois, l’introduction de nouveaux passeports biométriques, obligatoires pour participer au vote, pourrait avoir comme conséquence un taux de participation beaucoup plus faible que d’habitude, notamment dans les campagnes, peu équipées.

Autre source d’incertitude : la participation des votants résidants à l’étranger. D’après un sondage d’AKIpress publié le 21 septembre, Bir Bol et Onuguu-Progress arrivent largement en tête de la diaspora. Cela étant, le vote de la diaspora risque d’être assez faible au vu du nombre limité de bureaux de vote ouverts en dehors du Kirghizstan. En Russie, à peine six bureaux seront ouverts aux immigrés kirghiz. Le vice-premier ministre, Tayyrbek Sarpashev, estime ainsi que sur les 500 000 citoyens kirghiz vivant en Russie, seuls 11 000 d’entre eux devraient participer à l’élection.

Enfin, le scrutin permettra de vérifier ou d’infirmer la traditionnelle division Nord/Sud propre au Kirghizstan. L’introduction du double seuil pour accéder au parlement et l’union de forces aux positions antagonistes, ainsi que l’arrivée dans tous les partis de représentants de forces du nord ou du sud (en particulier Respublika-Ata Djourt), pourraient renouveler la géographie électorale du pays et permettre de diminuer les fractures identitaires mises à nu lors des violences ethniques de juin 2010.

La rédaction



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