Kirghizstan, Groupe de K-Pop Jonele

Féminisme, Trap et K-Pop : Les nouveautés de la scène musicale kirghize

L’automne 2018 a apporté son lot de nouveautés musicales au Kirghizstan et montre une scène musicale ouverte et diversifiée. Un aperçu en cinq morceaux.

Novastan reprend et traduit ici un article paru initialement dans notre version allemande.

La musique kirghize ne se limite plus au chant traditionnel et à la musique pop, parfois surnommée « Estrada », d’influence soviétique. L’industrie de la musique se professionnalise de plus en plus et englobe une grande variété de genres et de styles. De nouveaux labels, des centres de production ainsi que des collaborations avec le monde de la mode émergent autour de cette industrie musicale renouvelée, la plupart des morceaux étant commercialisés via Instagram.

En particulier, la musique de langue kirghize explore de nouveaux territoires. Les mélomanes kirghizes ont pu profiter de plusieurs expériences musicales – ou s’agiter à propos d’allégations de plagiat ou de tabous brisés. Ainsi, la musique est d’une part un médium pour les débats sociaux locaux, et d’autre part elle est l’expression de diverses influences internationales, notamment du Kazakhstan voisin.

Une sélection de cinq morceaux illustre cette évolution, à laquelle prennent part aussi bien des projets inédits que des pop stars établies.

Zere – Kyz

Avec son premier morceau Kyz (en français jeune fille), Zere, 19 ans, a immédiatement attiré une attention internationale. Dans un clip vidéo qu’elle a réalisé elle-même, la chanteuse appelle à plus de liberté pour les filles et rêve d’une époque « où personne ne me dit comment je dois m’habiller et ce que je dois faire ».

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Zere a intentionnellement écrit ses paroles en kirghize pour pouvoir transmettre son message à l’ensemble de la population, y compris rurale. Le clip, tourné au bord de l’emblématique lac Issyk-Koul, est délibérément provocateur : un groupe de jeunes femmes autour de Zere, qui porte un costume et un soutien-gorge, défend la diversité et l’autodétermination, que ce soit avec des cheveux colorés et des piercings ou bien avec des vêtements longs et des foulards.

Ce clip a fait l’objet de nombreuses critiques, la chanteuse a même dû faire face à des menaces de mort. Mais les créations de Zere disposent de manière générale d’un large soutien. Le père de Zere, contre son gré, s’est aussi immiscé dans le débat et a félicité sa fille, la qualifiant de « libre-penseuse du Kirghizstan libre ».

Tamga – Maida

La chanteuse Tamga est probablement sur le point de devenir une voix de référence du hip-hop kirghize. Avec son premier titre Maida (en français : petit, insignifiant), elle propose avec les producteurs du Chingiz Albert Team une esthétique musicale et visuelle rafraîchissante, au sein d’un rap jusqu’ici plutôt dominé par les hommes.

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Les paroles interpellent ce monde très masculin : « Où est ta dignité ? » répète le refrain. Les thèmes sont « les problèmes actuels dans le comportement, la morale et la dignité des jeunes hommes de notre pays, qui sont aussi de futurs pères et des exemples pour leurs familles, et le pays dans son ensemble », d’après la description sur Instagram. « Nous pensons que tous les problèmes peuvent être résolus par un dialogue constructif, que nous voulons contribuer à faire passer à travers notre art », continue la chanteuse.

Le clip fait également des clins d’oeil à la scène de la danse et au monde de la mode kirghize en faisant la promotion des vêtements de la jeune entreprise de mode de Bichkek, Eldejok.

Mirbek Atabekow et Kamschat Dscholdybajewa – Tingda meni

Mirbek Atabekov est considéré comme la superstar de la musique pop kirghize. Le clip vidéo de son morceau Muras (en français : la Terre) a même atteint trois millions de vues sur Youtube, ce qui correspond environ à la moitié de la population kirghize. Ce chanteur produit généralement des chansons d’amour légères ou à teneur patriotiques.

Dans cette collaboration avec le chanteur kazakh Kamchat Dcholdybajajeva, il prend plus de risques artistiques. Le morceau Tingda meni (en français : Écoutez-moi) est en effet entièrement en kazakh et le clip ressemble à un court-métrage à la Tarantino, dans lequel Atabekov, membre d’un groupe criminel, commence une histoire d’amour avec la femme de son patron.

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Les réactions sur les réseaux sociaux sont partagées. Alors que certains utilisateurs n’ont pas tari d’éloges sur la qualité du clip, le talent d’acteur d’Atabekov ou la coopération réussie entre pays voisins, d’autres ont critiqué des scènes trop violentes ou trop explicitement sexuelles, ainsi que les paroles en kazakh.

Belyi und The OM – La Vida Loca

La Vida Loca des deux MC russophones Belyi et The OM s’adresse certainement à un public différent, moins sensible aux questionnements sur le pouvoir et les tabous de la société. « Fuck leurs règles » ce sont les toutes premières paroles du morceau enregistré par Biblioteka Rec, un label de musique créé il y a un an.

Le morceau continue sur les thèmes de la réalisation de soi, de l’hédonisme, avec parfois des paroles comme « la vie ressemblait à des vacances caramel-sucré ». Les critiques, cependant, ne sont pas tant dirigées envers le contenu qu’envers l’influence kazakhe trop explicite sur la première partie du morceau, « un plagiat flagrant de Truwer » ou du Flow « Jeltsin » de Scriptonit.

Jonele – Kyich

« Ce n’est pas la Corée, c’est le Kirghizstan » : le clip vidéo de Kyich commence par un manifeste pour le groupe de K-pop Jonele (en français « juste comme ça »), cinq jeunes hommes aux cheveux colorés qui donnent pour la première fois une voix kirghize à ce genre musical. Leur style aussi vient de Bichkek : la marque de vêtements EldeJok est le designer officiel du groupe, produit par la société de Bichkek Serebrov Production.

L’influence culturelle de la Corée du Sud en Asie centrale est perceptible depuis plusieurs années. A Bichkek, avec le soutien de l’ambassade de Corée, un festival de K-Pop a lieu chaque année ; de plus en plus de magasins coréens vendent des articles importés pour les amoureux du pays. Et le nombre de Sud-Coréens au Kirghizistan a également augmenté de 30% au cours des trois dernières années, rapporte la BBC dans un article sur la « vague coréenne ».

Le fait que le public connaisse bien la K-pop se reflète également dans les commentaires prudents du premier clip de Jonele. Beaucoup d’utilisateurs voient surtout dans le groupe une copie de leurs homologues coréens ou kazakhs : « Où est votre individualité ? (…) Vous devez être d’excellents musiciens, chanteurs et danseurs. Au Kazakhstan, personne n’a jamais atteint le niveau de 91 (le groupe de K-Pop kazakh le plus célèbre, ndlr), et vous ne vous en approchez même pas. Mais je vous souhaite néanmoins bonne chance et j’espère que vous tiendrez compte de mes critiques constructives », déclare ainsi Emma.

Florian Coppenrath
Co-fondateur de Novastan,

Traduit de l’allemand par Anne-Chloé Joblin

Edité par Chloé Déchelette

 

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