Aleksandr Kacev, chef du Département de Journalisme International à l Université Slave, a abordé les problèmes de la literature en Asie Central avec les auteurs étrangers. A sa gauche, Yanush Vishnevskiy. Crédit : Daria Lenz

Forum littéraire de Bichkek : un espoir pour la littérature centre-asiatique contemporaine ?

Il avait visité une dizaine de librairies. Tout ce qu’il voulait : trouver le livre d’un écrivain connu, Elchin Safarli. Mais tous les vendeurs ont répondu d’une voix – « Il n’y en a plus ». Finalement, après de nombreux efforts, il a réussi à en trouver un. « Vous savez, cet écrivain est très populaire aujourd’hui », lui affirma la vendeuse. « Vous n’en trouverez pas d’autre. Il faut l’acheter ! »
Il l’a donc acheté. Car il savait que l’écrivain polonais Yanush Vishnevskiy, l’auteur du livre La solitude dans le réseau (extrait), traduit en plus de 13 langues, était à Bichkek. Et il voulait lui offrir un cadeau, le livre d’Elchin Safarli.

Mais la vendeuse n’apprendra jamais que l’homme à qui elle a vendu le livre “d’un écrivain très populaire” était Elchin Safarli lui même. Et qu’il souhaitait offrir à cet écrivain polonais son propre livre.

Cette petite histoire est arrivée à l’écrivain Azerbaïdjanais Elchin Safarli alors qu’il était au Kirghizstan. Comme Yanush Vishnevskiy, il a participé au premier forum littéraire d’Asie Centrale qui s’est déroulé les 24 et 25 Novembre 2012 à Bichkek. Organisé par la compagnie Britannique “Silk Road Media” et  Hertfordshire Press Publishing House, les buts de ce forum international étaient de réunir lecteurs et auteurs et surtout de discuter des problèmes de publication qui existent en Asie Centrale.

Elchin Safarli. Crédit : Daria Lenz
Elchin Safarli. Crédit : Daria Lenz

« C’est incroyable que les écrivains doivent payer eux-même pour que leur livres soient publiés » affirme, scandalisé, le président de “Silk Road Media”, Marat Ahmedjanov « la distribution, la promotion incombent aux auteurs, alors que partout ce sont les éditeurs qui cherchent des écrivains talentueux et les aident à publier et promouvoir leurs écrits ».

Ainsi, s’il existe un grand nombre d’auteurs qui ont du talent en Asie Centrale aujourd’hui, ils restent bien souvent inconnus. C’est pour résoudre ce problème de visibilité qu’a été organisé lors du forum un concours pour désigner les meilleurs jeunes écrivains centre-asiatiques qui auront le droit d’êtres publiés à Londres.

Plus de 140 participants venant de 12 pays ont fait le déplacement devant plus de 1300 visiteurs. Le jury, composé d’experts nationaux et internationaux dans le domaine de l’édition et de la littérature a désigné Galina Dolgova comme grande gagnante du concours. Originaire de Tachkent, son livre Les dieux du Monde Oriental a reçu le prix de la meilleure œuvre littéraire. L’originalité de son livre est atteinte par une présentation de l’histoire sous le prisme du présent. En parallèle, le prix pour la meilleure traductrice a été attribué à Zina Karaeva. Elle a traduit en Anglais Kurmanjan-Alayhanyshasy, un livre de l’auteur kirghiz Sultan Raev qui raconte l’histoire du choix dramatique de la reine de l’Alai kirghiz, Kurmandjan Datka, de sacrifier son fils pour le bien de son peuple.

Aleksandr Kacev, chef du Département de Journalisme International à l Université Slave, a abordé les problèmes de la literature en Asie Central avec les auteurs étrangers. A sa gauche, Yanush Vishnevskiy. Crédit : Daria Lenz
Aleksandr Kacev, chef du Département de Journalisme International à l’Université Slave, a abordé les problèmes de la literature en Asie Central avec les auteurs étrangers. A sa gauche, Yanush Vishnevskiy. Crédit : Daria Lenz

Yanush Vishnevskiy remarque qu’une traduction de qualité d’un livre en anglais augmente considérablement son tirage et le nombre de ses lecteurs. « Le livre « La solitude dans le réseau » édité par une maison d’édition polonaise a lancé le livre en Anglais et a commencé à le vendre en Pologne. Même si il n’y a pas beaucoup de lecteurs anglophones, il avait déjà été lu par la plupart en Polonais. Publier un livre en anglais aurait du se faire à Londres, mais les droits sur ce produit sont la propriété exclusive de l’éditeur polonais. Maintenant, j’essaie de garder les droits d’auteur pour moi-même », explique l’écrivain polonais.

Rosa Otunbaeva n’a pas négligé ce forum littéraire et en était même l’invité politique star. L’ex-présidente de la République Kirghize a exprimé son espoir que l’organisation de festivals littéraires deviendra une tradition annuelle au Kirghizstan. Pour elle, le livre prend une place importante dans la vie de chaque personne. « Il sera toujours l’éternel compagnon de l’Homme », selon Rosa Otunbaeva.

L ex-présidente de la République kirghize, Rosa Otunbaeva. Crédit : Daria Lenz
L’ex-présidente de la République kirghize, Rosa Otunbaeva. Crédit : Daria Lenz

Ce forum littéraire a montré que l’Est et l’Ouest ne sont pas si loin l’un de l’autre. Malgré les différences culturelles, de coutumes, linguistiques ou de mentalité et de modes de vie, les participants se sont sentis unis par une chose immortelle : la littérature qui rend tout aussi immortel les noms des auteurs que leur patrie.

Cependant, cette interaction littéraire entre l’Asie centrale et l’Europe ne s’arrête pas là. Du 15 au 16 Février 2013 sera organisé le festival des journées du livre russe « Russophonie » à Paris. La particularité de cet événement est sa concentration sur la littérature et la culture centre-asiatique. Cet évènement pourrait être le début d’une évolution de la situation de l’édition en Asie centrale vers un modèle européen, plus stable et respectueux de l’auteur. La  littérature du Kirghizstan, qui n’est pas uniquement représentée par l’écrivain légendaire Chinguiz Aïtmatov, a d’autres choses à présenter. Grâce à des auteurs nouveaux, elle pourra perpétuer ce savoir de conter et de raconter des histoires merveilleuses, ancrée dans l’histoire des peuples de l’Asie Centrale.

Ksenia Barannikova

Relu par  Etienne Combier

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