Photo dortoir

Hostel sweet hostel (1/2)

Une carte touristique de Bichkek vous indiquera sans peine une douzaine d’auberges de jeunesse adaptées à vos goûts et vos budgets. Mais cette petite capitale réserve quelques surprises, parfois bien cachées.


Crédit : Aisana Beisenbayeva

Presque personne ne pourrait prédire ce que cachent ces portes marron surmontées d’une simple adresse : Tynustanova 244. Presque personne ne découvrirait par hasard cette maison ordinaire dans une zone résidentielle de Bichkek. Au bout de la rue Sovietskaya, après la rivière et à gauche, 100 mètres à l’ouest : cherchez une minuscule inscription « Kyrgyz Host » d’une écriture maladroite sur un papier vieillissant. Un chemin bien difficile pour un étranger. 

La porte est ouverte. Une fille aux cheveux rouges sourit d’un air entendu et laisse entrer les voyageurs. La maison est remplie de monde et de sonorités anglaises, françaises, allemandes, et d'une ou deux autres langues difficiles à identifier. Les conversations sont souvent entrecoupées d'éclats de rires. Un homme haut de deux mètres, en sous-vêtements, fait un signe de la tête aux nouveaux arrivants puis rejoint la bonne ambiance de la cuisine. Il est dix heures du matin, l’heure du petit-déjeuner. 

Un drapeau kirghiz à l’entrée, et dans le salon, des cartes du monde de toutes les tailles, un guide sur l’Inde trainent sur un tas de New Yorker, plein d’autres livres sont empilés sur les étagères. Un hamac. Le plancher est recouvert d'un tapis ornés de motifs traditionnels. Des coussins sont posés à même le sol. Une  guitare a été déposée dans un coin de la pièce. Des peintures abstraites côtoient des portraits en noir et blanc de Marx, Lenine ou Engels… Un style atypique et un environnement chaleureux. 

Une auberge pour les autres, un foyer pour moi

Pendant que ses hôtes prennent leur petit-déjeuner, Alya – la fille aux cheveux rouges – raconte son histoire. Alya Babkina vient de fêter ses 26 ans. Elle a ouvert Kyrgyz Host en juin 2013. D'origine ukrainienne, elle a découvert le Kirghizstan lors d'un volontariat de six mois au sein d'une organisation de jeunesse. Des raisons personnelles l'ont poussée à revenir s'installer à Bichkek. 

Quelques mois seulement après son installation, elle reçoit au moins cinq demandes de couchsurfing par jour. Comme elle ne peut pas satisfaire chaque demande, elle décide d'ouvrir sa propre auberge de jeunesse. « Mes amis et moi avons tout de suite commencé à chercher un endroit. Deux mois plus tard, l'auberge accueillait ses premiers voyageurs », explique-t-elle, « pour moi, c'était plus un défi. Est-ce que que je pouvais le faire ? Créer un lieu, une atmosphère agréable, où tout le monde pourrait facilement communiquer et se sentir à l'aise ? ».

Apparemment, elle a réussi, et même plus. Aujourd'hui, Kyrgyz Host est une petite  affaire qui roule. En parallèle, Alya a commencé à étudier la finance, la comptabilité et le marketing pour parfaire ses connaissances en gestion d'entreprise. « Toute mon énergie va dans l'amélioration de Kyrgyz Host. Sutout maintenant que le gouvernement a autorisé les touristes à séjourner jusqu'à deux mois, les voyageurs peuvent rester à Bichkek pour se détendre après un long voyage ».

Elle se réjouit : « dans les villages kirghizes, certains sont prêts à ouvrir des auberges. La demande est croissante. Les locaux apprennent l'anglais, rénovent leur maison, essaient de préparer des plat traditionnels. Ils se développent par eux-mêmes ». Aux entrepreneurs tentés par l'aventure, Alya leur conseille de commencer par bien préciser leur public cible : « notre clientèle a un budget très limité. Nous accueillons beaucoup  de routards et de cyclistes »

Alya énumère avec ardeur toutes les perspectives touristiques qu'offre le Kirghizstan. Son engagement est visible, littéralement. Sous la nuque, elle s'est fait tatouer le tunduk, le symbole national que l'on retrouve notamment sur le drapeau kirghize. Il représente l'élément central du toit de la yurt kirghize – la maison traditionnelle des nomades – et symbolise l'unité entre ce pays et l'univers. Alya offre le tunduk aux voyageurs étrangers.

Une maison à l’autre bout du monde

La toute première auberge de jeunesse de Bichkek s’est ouverte aux visiteurs le 12 avril 2012. Dans les six mois qui ont suivi, onze autres établissements se sont créés dans la capitale kirghize. Les pionniers de cette aventure sont deux jeunes hommes de 24 ans, Ruslan Egorov et Kalys Azamatov. Lors d'un voyage aux États-Unis, Ruslan découvre les auberges de jeunesse. Fasciné par le concept, il a envie de l'importer dans son pays natal. Aujourd’hui, confortablement assis dans un canapé rouge, il se remémore les péripéties entre son rêve et sa concrétisation. « Notre auberge s’appelle InterHouse Bishkek. Les deux mots ont leur importance. Nous voulons que nos invités se sentent chez eux. C’est pour cette raison que nous avons choisi cette maison privée, dans un quartier calme du centre de Bichkek » explique Ruslan. 

InterHouse peut accueillir vingt-deux personnes. En plus de Ruslan et Kalys, quatre personnes travaillent ici : trois administrateurs et une femme de ménage. En dehors des sites de réservation et des plate-formes spécialisées dans les voyages, ils comptent sur le bouche à oreille pour développer leur affaire. « Quand on a débuté, on distribuait aussi des brochures dans tous les endroits où se réunissaient les étrangers à Bichkek : des cafés, l’aéroport et même la gare ferroviaire. Encore aujourd’hui, nous nous y rendons et discutons de notre auberge avec les personnes que nous croisons. »

Les touristes partagent aussi des remarques utiles aux propriétaires. Par exemple, Ruslan et Kalys ont modifié leur système de réservation sur les conseils d’un client mécontent. Dorénavant, les réservations peuvent se faire en ligne sur leur site. Une autre expérience est encore plus mémorable. Celle d'un entrepreneur allemand qui avait vendu sa société pour traverser à vélo toute l’Europe et l’Asie. Arrivé au Kirghizstan en plein hiver, il a dû se résigner à prolonger son étape à InterHouse avant de reprendre son périple vers la Chine. Durant ses six mois à Bichkek, les échanges ont été fructueux pour les deux jeunes entrepreneurs. « Nous recevons bien plus de nos invités que ce qu'ils reçoivent de nous. Certes, ils ont un toit, de la nourriture et sont accueillis chaleureusement, mais c'est toujours moins confortable que chez eux. Nous obtenons bien plus. Nous devenons des voyageurs passifs, nous voyons le monde à travers leurs yeux », racontent Ruslan et Kalys. 

Les deux patrons espèrent que l’hiver leur sera profitable, même si ce n’est pas la haute saison. Comme ils ne font que louer l’endroit, il va falloir tenir la distance et payer les factures. 

Aisana Beisenbayeva
Rédactrice pour Francekoul.com
(Formation ESJ "Le reportage de A à Z")

Traduit par Étienne Combier / Isabelle Klopstein

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