Hostel sweet hostel (2/2)

De plus en plus de touristes se rendent au Kirghizstan – en avion, en voiture, à vélo, parfois même à pied – pour découvrir sa nature unique, ses paysages spectaculaires et ses nombreux lieux culturels et historiques. Selon un rapport de la Banque Mondiale publié en 2012, près de 1,3 million de personnes se sont rendues au Kirghizstan en 2010. Ce chiffre peut être divisé par trois tant il y a de visiteurs journaliers et de passagers en transit. Il reste tout de même un demi million de personnes désireuses de découvrir le pays. Et certains l’ont déjà compris.

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Prendre exemple sur le Canada

« J’avais cette idée en tête depuis longtemps : j’ai vécu au Canada ces sept dernières années, et j’ai vu de nombreuses auberges de jeunesse. Je voulais ouvrir la mienne un jour ». Aidar Omorov est le propriétaire de l'auberge de jeunesse Nomad. Le nom affirme d’emblée sa mission : faire se croiser les cultures. L’entrepreneur de 29 ans a lui-même expérimenté d'autres cultures. Il a étudié l’économie à Toronto, travaillé là-bas quelques années, pour finalement revenir au pays. Sa famille n’a pas été la seule à profiter de son retour. C’est un pays désespérément en quête de spécialistes hautement qualifiés avec une expérience internationale et l’esprit d’innovation, qui l’a accueilli les bras ouverts.

Co-directeur d’une entreprise leader dans le secteur de la construction au Kirghizstan, Aidar trouve encore le temps de gérer son établissement de près. Grâce à son réseau, et contrairement à InterHouse, Aidar a pu acheter l’endroit et ouvrir la plus grosse auberge de Bichkek. « J’ai mené une étude de marché à Bichkek pour savoir si ce type d’hébergement serait attractif. Le marché en avait besoin., et nous avons accueilli nos premiers invités en juin 2013 ». Aidar a gardé un souvenir de son premier visiteur : une photo de lui est accrochée au mur, encadrée. Un homme barbu, souriant, venu d’Allemagne à vélo. « Il a été très satisfait », affirme fièrement Aidar.   

Nomad met à la disposition de ses clients une chambre individuelle, trois dortoirs de six, douze et quatorze lits. La capacité totale est de trente-trois places, le plus grand nombre de personnes parmi toutes les auberges de jeunesse de Bichkek confondues. Le nuit coûte 8,50 euros. « Notre principal avantage compétitif est l'emplacement. Nous sommes dans le centre de la ville et pour les touristes c'est très facile de nous trouver. Nomad a aussi plein d'autres côtés positifs ».

Ici, les touristes dorment sur des matelas orthopédiques spécialement commandés de Turquie par Aidar. Les draps sont changés tous les jours. WiFi, TV avec 130 chaînes et climatisation. L'essentiel pour tout touriste exigeant. « 85 % de nos clients sont des étrangers et nous faisons de notre mieux pour les mettre à l'aise", explique Aidar. « Notre personnel parle anglais, kirghize, russe, turc,  français et allemand  ».

De plus, Nomad propose certains aménagements originaux. Au printemps, ils installent des yurts pour que les touristes puissent y dormir et ainsi échapper aux dortoirs étouffants. « Nous aidons avec les démarches de visa vers d'autres pays, nous assurons la navette avec l'aéroport, nous sommes à leur entière disposition  », précise Aidar. 

Quant aux techniques promotionnelles, Aidar Omorov a d'abord fait de la publicité à la télévision, à la radio et dans les journaux, avant de se rendre compte que le plus efficace reste internet et le bouche-à-oreille. Ainsi, Nomad est présent sur toutes les plates-formes et très actif sur les principaux réseaux sociaux.

Aidar ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Son sens aiguisé des affaires le pousse à développer la chaîne Nomadvers d'autres destinations touristiques au Kirghizstan. Il est déjà en pourparlers avec des partenaires potentiels pour ouvrir d'autres établissements à Karakol et à Och. « C'est l'objectif à atteindre pour l'année prochaine », annonce-t-il. 

De l'association d'étudiants au monde des affaires

Mederbek Bolatbekov est un kirghize ordinaire, et a l'âme voyageuse. Étudiant dans une université provinciale, il cherchait le moyen de satisfaire son envie de découvrir le monde. Grâce à l'organisation internationale estudiantine AIESEC, il est d'abord parti six mois en Malaisie. Là-bas, il a alterné hébergement en hôtels 4 étoiles et auberges poussiéreuses et bon marché. « C'est à moment là », se rappelle Mederbek en souriant, « que l'idée de proposer un logement abordable à Bichkek a commencé à germer dans mon esprit ».

Cette idée a aussi fait un long voyage avant d'être réalisée. Après la Malaisie, Mederbek a pris la tête du comité local d'AIESEC. À partir de là, les voyages se sont succédés : à Singapour pour la formation, en Grèce pour une conférence de jeunesse, à Moscou, en Chine pour un projet en partenariat avec la fondation de l'ancien président kirghize, Rosa Otumbayeva. « Après de tels voyages, inévitablement, votre personnalité se métamorphose. L'esprit se libère. Et le monde entier devient une cour de récréation ».

Quelque soit le pays qu'il visite, Mederbek fait toujours face à la même réalité : « personne ne connaît le Kirghizstan ! ». Loi d'être une fatalité, il pense pouvoir faire évoluer les choses « comme en Malaisie, où le développement de l'industrie du tourisme en Malaisie », remarque-t-il, « a eu un impact positif sur l'image de pays ».

Avec ses amis, Daniel Toktosunov et Vadim Mishin, il a ouvert Hostel Inn en juillet 2013 : « pour nous, l'auberge est un passe-temps. Le capital initial provient d'autres affaires ». Au travers de cet établissement, ils veulent participer à la reconnaissance de leur pays comme une destination touristique attrayante. 

L'établissement peut accueillir douze personnes dans deux pièces mixtes. Les jeunes propriétaires projettent déjà d'agrandir et de rénover les lieux : « nous avons investi dans un grand tapis kirghize qui nous a coûté 350 euros, et nous allons rajouter d'autres éléments authentiques, petit à petit. Cela prendra le temps nécessaire ». Les visiteurs apprécient. Un couple d'européen est même reparti avec un tapis similaire acheté… 230 euros. Mederbek l'a bien compris les touristes étrangers recherchent le dépaysement et l'authenticité : « ici, beaucoup d'auberges sont trop ordinaires. Elles manquent d'une touche locale », souligne Mederbek. 

Les trois amis entrepreneurs doivent faire face à certains problèmes bien spécifiques. Même s'il reconnaît que les démarches ont été simples, Mederbek aimerait plus de soutien de la part du gouvernement : « Nous contribuons à l'économie du pays et à son développement, et pourtant, le gouvernement ne prend aucune mesure contre les racketteurs ».

Mederbek garde néanmoins son enthousiasme et partage ses projets : « les diplômés AIESEC de plus de 110 pays vont ouvrir une auberge de jeunesse. Une seule chaîne et un seul nom. Ce n'est pas pour demain  », précise-t-il, « mais je me suis inscrit à la prochaine réunion en Serbie pour en discuter ».

Aisana Beisenbayeva

Rédactrice pour Francekoul.com

(Formation ESJ "Le reportage de A à Z")

Traduction Étienne Combier / Isabelle Klopstein

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