Interview d’un des 18 Kirghiz servant dans la Légion étrangère française

Dix-huit kirghizs servent dans la Légion étrangère française, à ce titre, elle constitue un des ponts entre la France et le Kirghizstan. Le kirghiz Bolot Kurmanbekov a servi pendant deux ans dans la Légion étrangère en France. Il y est allé en tant que volontaire et y a signé pour cinq ans. 

Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement par Sputnik Kirghizstan.

Bolot, vous avez 25 ans et vous servez la Légion étrangère française dans la ville de Nîmes. Comment un jeune homme kirghiz est arrivé à servir dans la légion étrangère française ?

J’ai entendu parler de la Légion étrangère dans un aéroport kirghiz où je travaillais. Je me suis d’abord renseigné sur le sujet, ensuite j’ai postulé et j’ai été pris. Dans plusieurs villes en France il y a des centres où l’on sélectionne les jeunes pour rejoindre la légion.

Les critères de sélections étaient-ils difficiles ?

On passe des tests intellectuels et médicaux, puis on parle avec un psychologue. Et, bien sûr, il faut correspondre aux normes physiques. On doit être fort.

Ensuite, chacun suit des cours pour devenir jeune combattant. Au départ, on devient un légionnaire, et un an après on passe en première classe.

Pendant quatre mois, sans week-ends avant le début du service à la légion, tous les candidats passent par des séances d’instruction. C’est un test difficile. Soit on résiste, et on reste dans la légion, soit on retourne dans son pays.

Quel est votre rang actuel au sein de la Légion étrangère ?

Je viens de rentrer des cours où j’ai obtenu le grade de caporal. Cela signifie que je m’occupe d’hommes au sein d’un peloton. Le prochain grade est sergent. Si on m’envoie pour suivre de nouveaux cours et effectuer de nouveaux exercices, j’élèverai mon rang.

Comment les militaires sont-ils pris en charge dans la Légion étrangère ? Quelles sont les conditions de vie dans votre service ?

Nous avons tout ce qu’il faut ici, on nous fournit des vêtements jusqu’aux chaussettes. L’uniforme militaire est renouvelée tous les ans.

Dans chaque chambre il y a quatre personnes logées. Il y a une télévision, un réfrigérateur, bref toutes les conditions nécessaires sont réunies pour que le militaire soit en bonne santé. Le service commence à 6 heures du matin et se termine à 18 heures le soir. Après cela, on peut se détendre, aller à la ville. Nous ne passons généralement pas beaucoup de temps dans les casernes, nous participons à des différents exercices. Si on avait un service comme ça au Kirghizistan je servirais alors à la maison.

Avez-vous un salaire ou une bourse ?

Oui, je reçois 1 300-1 400 euros par mois. Des fonds supplémentaires sont alloués pour les exercices militaires et les dépenses pour le service.

Avez-vous servi au Kirghizstan? Y a-t-il une grande différence ?

J’ai servi dans un service alternatif dans ma patrie. C’est difficile à comparer. J’ai entendu dire qu’au Kirghizistan on n’a pas un financement adéquat de l’armée.

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Et pourquoi avez-vous choisit la France ?

J’ai toujours rêvé d’aller à l’étranger, de voir le Monde. Quand j’ai entendu parler de la Légion étrangère, j’ai pensé qu’au moins je verrais l’Europe.

Comment avez-vous surmonté la barrière de la langue ?

Au début je confondais les ordres des commandants et j’avais des difficultés de compréhension. Petit à petit j’ai commencé à maîtriser le français. À l’admission, je communiquais avec l’aide d’un interprète. Et même maintenant, je continue à apprendre le français. Il y a des représentants de différentes origines qui servent ici. Je leur parle de mes traditions et ils me partagent les leurs. Ensuite, nous les comparons. La vie ici est assez intéressante.

Quels changements auriez-vous introduits dans l’armée kirghize si vous aviez commencé à servir là-bas ?

Avant d’exiger quelque chose des militaires, j’aurais commencé par donner des moyens en créant les bonnes conditions pour servir dans l’armée. J’espère que je serai un jour en mesure d’appliquer l’expérience acquise au Kirghizstan. Je veux apporter ma contribution dans le développement de mon pays et me faire connaître, mais aussi glorifier le nom de mon père.

Êtes-vous fier des Kirghiz qui font connaître le pays à l’étranger ?

Je me sens toujours heureux quand les athlètes kirghiz remportent des prix à l’étranger. Je veux vraiment qu’on leur accorde plus d’attention. Les Kirghiz sont rapides, on le voit même dans la légion. Personne ne parle mal de nos compatriotes. Il y a 18 Kirghiz. Six, y compris moi, sont dans les forces terrestres.

Vous avez trouvé des amis ici ?

Oui, bien sûr. Parmi eux se trouvent des Kazakhs, des Russes, des Ukrainiens et même des Malgaches. Mon ami le plus proche est un Sénégalais. Nous servons ensemble depuis le début du service. Nous sommes devenus comme des frères.

Y a-t-il des restrictions au règlement ? Peut-être, vous avez quelques interdictions spéciales ?

Il est interdit de se marier pendant cinq ans et d’acheter une voiture. A part de ça, il n’y a pas de limitations strictes. Mais si on obtient le grade de sergent pendant les cinq années de service, on peut fonder une famille. Ensuite, on peut acheter une maison et vivre à l’extérieur de l’unité militaire.

Quand vous reviendrez au Kirghizstan, que ferez-vous ?

Je pense souvent à ce sujet. J’ai encore trois années à servir ici. Nous devons nous marier avec ma copine, et ensuite nous verrons.

Vous comptez épouser une Kirghize ou est une femme d’un autre pays ?

Je me mariera à une Kirghize. J’ai déjà une copine au Kirghizistan.

Est-ce que votre patrie vous manque ? Pourriez-vous parler de votre famille ?

Ma terre natale me manque vraiment. Peu importe dans quelles bonnes conditions je vis aujourd’hui, le Kirghizistan est toujours dans mon cœur. Je suis né dans le village Ak-Talin de la région de Naryn (la région de l’une des plus grandes rivières du pays), j’ai grandi avec mes deux frères à Tokmok (petite ville située près de la capitale). Ils sont maintenant aux États-Unis, mes parents vivent seuls. Nous communiquons avec la famille via Internet, mais je garde toujours dans la mémoire des fêtes et les rencontres familiales. Tout le monde était heureux et joyeux, je me souviens que personne ne se levait de la table sans la bénédiction de notre père. Ces jours passés me manquent.

Mon père a travaillé toute sa vie comme chauffeur de taxi, ma mère était maîtresse d’école. Ils voyagent souvent aux États-Unis pour voir mes frères. Je compte les inviter en France au printemps prochain.

Si vous êtes envoyé à des endroits dangereux, irez-vous là-bas ?

Nous sommes venus ici volontairement. Si on est envoyé à des endroits dangereux on y va mais on n’est pas obligé de l’accepter. Si on laisse le service et qu’on devient donc déserteur, personne ne nous cherchera. Mais au vu des bonnes conditions de vie qu’on nous a donné, personne ne veut partir. Mais je veux vraiment retourner vivre chez mes parents, me marier.

La Légion étrangère vous a-t-elle aidé à vous former en tant qu’individu ?

Ici il y a une discipline de fer. On apprend à surmonter les difficultés. Si on n’a pas de permis de conduire, on peut l’obtenir ici après avoir terminé la formation. On peut se former et devenir non seulement conducteur mais aussi mécanicien, génie radio ou même chanteur. Il y a un orchestre ici. On peut même travailler en tant qu’infirmier.

On me demande toujours quelle direction je souhaite prendre. Pendant la période d’instructions, il est interdit d’utiliser des téléphones mobiles. Alors on ne rêve même pas d’un appareil simple. Autrement dit, j’ai besoin de peu pour être heureux. J’ai également appris à gérer mon temps, j’apprécie chaque minute.

 Traduit du russe par Kristina Rojkova

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Soldats de la Légion étrangère défilant dans les rues d’Orange, 21 Septembre 2007
Jean-Louis Zimmerman sur Flickr
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