Kirghizstan : des activistes en croisade contre l’alcool au nom de l’islam

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Le Kirghizstan est le théâtre d’une campagne pour la prohibition de l’alcool. Dans le village d’Emguektchil, les organisations locales de jeunes et les mollahs ont acheté les spiritueux proposés à la vente avant de les écraser ostensiblement avec un bulldozer. Dorénavant, la « loi sèche » est de rigueur dans le village et force est de constater que les habitants approuvent cette interdiction.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement paru sur Kloop.kg.

La mode de la « loi sèche » n’est apparue que récemment au Kirghizstan. Mais, progressivement, de plus en plus de villes et de villages adoptent la prohibition de l’alcool. L’initiative est portée, en général, par des serviteurs du culte soutenus par des activistes locaux. Pour commencer, ils se rendent de magasin en magasin et essaient de convaincre les commerçants de ne plus vendre d’alcool, expliquant que cela est contraire aux principes de l’islam. Mais les mots sont loins d’être suffisants pour convaincre tous les commerçants de suivre les interdits religieux en question.

Des actions radicales

Depuis peu de temps, la lutte contre les boissons alcoolisées a pris la forme d’actions plus percutantes. Par exemple, en juillet dernier, des activistes ont détruit des centaines de bouteilles de bière et de vodka dans le village de Japalak dans le sud du Kirghizstan. Des habitants locaux ont acheté tout l’alcool disponible dans le village, l’ont emporté dans des camionnettes à la décharge et l’ont jeté. Au final, pour enfoncer le clou, ils sont passés sur les bouteilles et les caisses avec un bulldozer. La mise en œuvre de l’opération « loi sèche » dans ce village a ainsi coûté 300 000 soms (environ 4 000 dollars). Jusqu’à nouvel ordre, la vente de boissons alcoolisées dans les kiosques et les points de vente du village de Japalak est interdite. Et les vendeurs qui contreviennent à l’interdiction encourent une amende allant jusqu’à 10 000 soms (environ 150 dollars).

Des activistes ont mené une action semblable dans l’oblast de Naryn, au centre du Kirghizstan, qui est loin d’être le plus religieux du pays. Pour commencer, ils ont rassemblé l’argent pour acheter l’alcool des magasins locaux, soit près de 2 500 dollars (165 000 soms).

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« Nous avons commencé à récolter l’argent il y a trois mois. Jeunes, vieux, grand-mères, grands-pères : chacun a donné ce qu’il pouvait. », raconte Janybek Sopiïev, chef de l’organisation de jeunes d’Emguektchil. « Notre objectif est de suspendre la consommation d’alcool. »

Une fois que l’argent a été rassemblé, dès les premières heures du jour, les habitants du village se sont rendus dans les magasins et ont acheté tout l’alcool qu’ils pouvaient. De nombreux commerçants, informés de l’action en cours, ont décidé de la soutenir en donnant leur marchandise gratuitement. Le propriétaire du plus important point de vente du village a sacrifié 500 dollars de vodka.

Des réactions diverses

« J’ai dit que je soutenais leur idée. Aujourd’hui, voyez vous-mêmes, ils rassemblent les bouteilles. J’ai donné mon accord et maintenant – gloire à Allah – nous allons essayer de ne plus vendre d’alcool. », explique Bolotbek Ajybaïev.

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Afin de transporter plusieurs tonnes de bouteilles en voiture, les activistes ont dû travailler dur. Parmi les spectateurs venus regarder, nombreux ont soutenu l’initiative.

« La vodka, c’est le mal ! », affirme Nassyï Assanakounova, une habitante d’Emguektchil. « À cause d’elle, non seulement mon fils, mais aussi beaucoup d’autres ont souffert. Merci à nos mollahs, merci à nos jeunes pour cette initiative ! »

Mais quelques villageois ne croient pas en ces mesures radicales.

« Le fait d’acheter autant de vodka avec l’argent des gens et de l’écraser est une action très discutable. », remarque Roudbek Abdraïev, un habitant de l’oblast de Naryn. « Le Kirghizstan n’est pas un pays assez riche pour que les gens se le permettent. Ils auraient mieux fait de donner cet argent à des enfants orphelins ou bien à ceux qui en ont besoin. »

Des monceaux d’éclats de verre et de papiers parsèment encore l’endroit où les activistes ont enterré la vodka. Les organisateurs ont cependant promis de nettoyer la décharge très prochainement.

Traduit du russe par Juliette Chevée

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Au Kirghizstan, des actions sont menées dans certains villages pour y interdire la consommation d’alcool.
Alina Kozhakhmetowa
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