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Kirghizstan : des activistes luttent contre la déforestation illégale à Issyk-Koul

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Des activistes écologistes du Kirghizstan tirent la sonnette d’alarme face à la déforestation illégale qui menace leurs forêts depuis la Seconde Guerre mondiale et face à la corruption des agences de protection de l’environnement.

La rédaction de Novastan traduit ici un article d’Alimdjan Valiev paru sur Sputnik Kirghizstan qui présente plusieurs points de vue sur la déforestation illégale au Kirghizstan, en se concentrant plus particulièrement sur la province d’Issyk-Koul.

Les représentants du mouvement écologiste « Pour une réforme du système de protection de l’environnement en République kirghize » attendent, en ce moment même, une réponse à une pétition adressée aux députés du Conseil suprême, au président kirghiz Almazbek Atambaïev et au Premier ministre Sooronbaï Jeenbekov.

Dans ce document, des journalistes, des scientifiques, des écologues et d’autres citoyens kirghiz demandent au gouvernement de prendre sans tarder des mesures de protection de l’environnement du pays. La pétition a récolté 500 signatures en ligne et 100 signatures « en vrai ».

Aucune réaction face à la déforestation illégale

Comme le raconte l’activiste Vlad Ouchakov, les membres d’un club de voyageurs ont visité les gorges de Barskoon, Djoukou et Djety-Ogouz il y a quelques jours, dans le cadre d’un voyage dans la province d’Issyk-Koul. Dans chaque endroit, ils ont découvert des signes de déforestation illégale. Les voyageurs ont filmé des souches, des troncs abattus récemment et des traces laissées dans la neige par les arbres traînés par des braconniers.

Vlad Ouchakov note que les coupables ont surtout détruit des sapins de Tien Shan. Cet arbre peut atteindre 500 ans environ, mais les braconniers ont coupé des spécimens de 100 à 150 ans, car ils constituent de « meilleurs produits ». La déforestation illégale s’observe depuis des années mais, selon Vlad Ouchakov, la situation n’évolue pas.

« Il y a plus d’employés corrompus à l’Agence gouvernementale de la Protection de l’Environnement et des Forêts (GAOOSiLKh en russe) que dans les autres organes gouvernementaux. Ceux qui devraient protéger les forêts sont ceux qui les abattent. Quand on est agent de sécurité dans un magasin et que l’on vole des produits, on est un mauvais agent. À moins, bien sûr, de ne voler sous couvert de protéger… », déclare l’activiste.

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Dinara Koutmanova, écologue avec 30 ans d’expérience et présidente de la fondation publique « Eco-monitoring », a expliqué qu’environ 500 actes de déforestation illégale avaient été déclarés dans la province d’Issyl-Koul et que des poursuites avaient été engagées. Mais seulement 5 % d’entre elles ont abouti. Dinara Koutmanova est d’avis que les mesures pour lutter contre le braconnage et la déforestation n’ont été prises qu’en apparence. En 2016, sur les 5 millions de soms d’amende, seuls cent mille ont été recouvrés. Selon l’écologue, le reste n’existe que sur le papier.

Des lois qui ne sont pas appliquées

Le montant des amendes pour déforestation illégalle au Kirghzstan varie de 20 à 100 mille soms. Selon le code pénal de la République kirghize, une peine de prison est prévue pour la déforestation : jusqu’à trois ans pour les civils et jusqu’à sept ans pour les fonctionnaires, avec confiscation de l’équipement utilisé à des fins criminelles. Mais, pour Dinara Koutmanova, les lois ne fonctionnent pas.

« Les exploitations forestières, en tant qu’entités économiques, relèvent de la compétence du département de l’écologie. C’est comme demander à des loups de protéger des moutons. Le GAOOSiLKh et l’Inspection d’État de la Sécurité écologique et technique se renvoient la responsabilité de cette situation. C’est le bazar partout. »

Elle note également que la pétition réclamant une réforme du système de protection de l’environnement pourrait inciter une lutte efficace contre les braconniers et les fonctionnaires corrompus.

« Il n’y a pas eu ne serait-ce qu’une personne avec des connaissances en écologie à la tête du GAOOSiLKh ces dix dernières années. Il doit radicalement changer sa politique du personnel. Le problème commencera à se régler lorsque cette position sera occupée par un professionnel. De nombreux écologues compétents travaillent en dehors du système et ne sont pas impliqués dans les travaux du GAOOSILKh. », résume-t-elle.

De son côté, le directeur du GAOOSiLKh, Abdykalyk Roustamov, a démenti les accusations à son encontre en affirmant mener une réforme contre la corruption. Il a déclaré qu’il avait dès sa prise de fonctions interdit la déforestation à tous les niveaux.

« J’ai récemment reçu un appel du maire d’un des districts de la province d’Issyk-Koul qui m’a demandé du bois pour ses administrés. Il m’a expliqué que les gens n’avaient pas de quoi se chauffer. J’ai refusé. J’ai dit que mon problème était de conserver les forêts et non de les couper. Le maire s’est indigné et a déclaré qu’il allait se plaindre. Qu’il se plaigne donc, je continuerai à être honnête. Je me sépare de tout employé qui enfreint la loi. », déclare Abdykalyk Roustamov.

Des activistes tirent la sonnette d’alarme

Au sujet de la déforestation en province d’Issyk-Koul, le professeur de biologie Emil Chouroukov souligne que les forêts kirghizes protègent les pâturages, les pentes et les sols. Mais il soutient également qu’on les abattra malgré tout, illégalement ou avec l’autorisation des forestiers, sous prétexte de lutter contre les maladies des arbres. C’est ce que l’on appelle l’abattage sanitaire, mais qui touche aussi souvent des plantes saines. L’abattage sanitaire sert de prétexte à des activités commerciales illégales.

Afin de rendre compte de l’étendue réelle des dommages, il faudrait établir des systèmes de contrôle et de comptabilité indépendants. Comme le remarque le professeur, des activistes ont révélé de nombreux cas d’export illégal de bois provenant des exploitations forestières mais il n’y a jamais eu d’inspection en bonne et due forme.

« J’enseigne cette matière depuis 1957 et je sais bien que certains forestiers négligents masquent leurs infractions en couvrant les souches de mousse. Si on a l’œil bien entraîné, on peut déterminer s’il s’agissait vraiment d’un arbre malade. L’abattage sanitaire sert de prétexte à des activités commerciales illégales », dit-il.

Il remarque qu’au Kirghizstan les forêts protègent le sol des coteaux de l’érosion. Elles jouent entre autres le rôle de régulateurs des eaux : lorsque l’eau de fonte coule le long des montages, les arbres forment un barrage naturel, qui réduit de beaucoup les risques de glissements de terrain, de coulées de boue et d’inondations. Ces catastrophes naturelles se montrent souvent mortelles et coûtent chaque année des millions de dollars à l’État. De plus, il est bien connu que les forêts adoucissent considérablement le climat.

Le professeur rappelle que « les braconniers ont commencé à abattre des arbres pendant la Seconde Guerre mondiale. Depuis, la superficie des forêts a diminué de trois fois. Les arbres d’une plaine d’inondation renforcent les littoraux. C’est très important. Par exemple, le fleuve Tchou se déplace maintenant progressivement vers le sud et inonde la route. »

Il ajoute que si l’on rétablissait des forêts sur tout le territoire du Kirghizstan, celui-ci pourrait à l’avenir devenir l’un des pays les plus affluents de la région. Mais la question de la protection de l’environnement presse, et le professeur propose donc de durcir les peines liées à l’exploitation forestière illégale.

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Notons que le Kirghizstan est membre de 12 conventions internationales pour la protection de l’environnement, ce qui l’oblige à remplir un certain nombre d’obligations.

Alimdjan Valiev

Traduit du russe par Valentine Baldassari

Rédactrice en chef adjointe de Novastan

Forêts de sapins au KirghizstanAndreiGarm
Commentaires
  • Notre association essaye d’apporter sa pierre à l’édifice depuis quelques années, notamment à travers le projet EcoParc (plus particulièrement avec la réhabilitation de Karagachevaia Rocha au nord de Bichkek : http://larevuefranco-kirghize.com/projets-fr.php?projet_id=7 où des pb. identiques ont été relevés – destructions des arbres, coupes rases, déchets, …) et il faut avouer que ce n’est pas tous les jours facile !

    14 février 2017

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