Charlie Hebdo protest in Bichkek Kyrgyzstan

Kirghizstan : des centaines de personnes manifestent contre Charlie Hebdo

Les manifestations anti-Charlie Hebdo touchent à présent le Kirghizstan. Alors que le pays avait opté pour un quasi-silence après les attentats de Paris du 7 janvier, quelques centaines de personnes se sont rassemblées hier mardi 20 janvier dans la capitale pour protester contre Charlie Hebdo et ses caricatures du prophète Mohamed.

Sur les pancartes écrites en russe, kirghiz et arabe, on peut lire « Nous sommes contre les caricatures de notre Prophète » ou encore « J’aime mon Prophète », nom officiel donné au rassemblement. Plusieurs personnalités politiques et religieuses ont pris la parole à tour de rôle alors que les participants criaient « Allahu akbar » et levaient leurs poings vers le ciel.

Environ 300 personnes étaient présentes  selon les médias locaux. Des politiciens ainsi que des acteurs populaires se sont fait remarqués dans la foule.

Tursunaby Bakir Uulu, député du parti conservateur pro-islam Ar Namys, était au centre de la manifestation. Il y a proposé une apologie des frères Kouachi, largement applaudie par les participants. « Ce sont des martyrs », a-t-il déclaré haut et fort devant la foule. Après avoir affirmé que leur mort était méritée, il a clamé un par un les noms des victimes, déclarant qu’ils n’étaient pas journalistes. Son parti avait pourtant condamné les attentats quelques jours plus tôt.

La veille, lors d’une conférence de presse donnée à AkiPress, un participant expliquait : « si tu as insulté un noir, tu es raciste ; si tu as insulté la nationalité juive, tu es antisémite ; si tu as insulté les sentiments religieux des musulmans, tu es à la mode ». Pour lui, les nouvelles caricatures sont une « provocation », voire une « déclaration de guerre ». Des termes repris plus tard par Kadyr Malikov, politologue et expert sur l’Islam.

Des réactions nuancées

Le 12 janvier, une manifestation en soutien aux journalistes tués avait été organisée par Bir Duino, une association luttant pour la défense des droits de l’homme au Kirghizstan. Celle-ci avait été peu suivie, avec seulement une douzaine de participants. Plus nombreux sont ceux qui ont envoyé des mots de soutien à l’Ambassade de France ou à l’Alliance Française.

Immédiatement après les attaques, le président kirghiz Almazbek Atambaev a lui aussi présenté ses condoléances à François Hollande et aux proches des victimes. Les hommes politiques ont multiplié les condamnations de la tuerie, mais sans grande fermeté. Tursunaby Bakir Uulu, également à l’initiative de la loi contre la propagande homosexuelle, dénonçait déjà une dite irresponsabilité des journalistes : « Avec la liberté d’expression vient une responsabilité. Les médias devraient savoir que la liberté d’expression selon notre Constitution a des limites. » Le Code criminel de la République kirghize prévoit effectivement un article contre l’incitation à la haine religieuse.  

Le Kirghizstan a pourtant la réputation de pratiquer un Islam modéré, et est souvent qualifié d’ « îlot de la démocratie » en Asie centrale. Dans l’index 2014 de la liberté de la presse, le Kirghizstan figure en 97ème position, ses voisins arrivant bien plus bas dans le classement.

Œil pour œil, dent pour dent ?

« Cela ne devrait pas avoir lieu dans notre société, comme il ne devrait pas y avoir de place pour la coutume médiévale de venger par le sang. » lance Youri Koupitin, un journaliste qui a soutenu Charlie Hebdo. Choqué par les événements, il ne s’engage pas pour autant à brandir son crayon : « Les représentants des médias doivent être prudents dans leur travail. Le journaliste travaille directement avec la société, l’opinion publique, et ce qui se passe dépend beaucoup de lui. »

Dans l’ensemble, la société civile regrette et condamne l’attentat à Charlie Hebdo, malgré un fort penchant à vouloir menotter la liberté d’expression. Des opinions soutenant qu’il ne faut pas caricaturer le prophète, non pas parce que cela est interdit ou irrespectueux, mais parce que c’est dangereux, sont plus fréquentes, et peut-être même plus inquiétantes.

Ceux qui s’interrogent sur la liberté d’expression sont peu nombreux, ceux qui la défendent activement le sont encore moins. Dans le pays le plus ouvert d’Asie centrale, le droit de tout dire n’est pas un combat. Pire, il n’est même pas à débattre : mieux vaut se taire que d’aller trop loin. Ou simplement, que de questionner.

« Dis et meurs » sont des paroles sans voix, et la liberté d’expression, au Kirghizstan comme dans les autres républiques d’Asie centrale, n’est pas même un champ de bataille.

Voir nos photos sur Citizenside.

La Rédaction

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Marion Biremon
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