Kirghizstan: la réforme de la constitution approuvée à 80%

Selon des résultats préliminaires, le référendum constitutionnel a rencontré une approbation franche des Kirghiz. Mais des irrégularités massives ont été constatées.

Selon les résultats préliminaires annoncés une heure après la fermeture des bureaux, 80% des votants se sont prononcés en faveur des amendements à la constitution kirghize. Le taux de participation final s’est élevé à environ 40% des inscrits, au-dessus des 30% nécessaires pour que le référendum soit effectif. Cependant, de nombreuses irrégularités ont été relevées durant le vote, entre étudiants votant en masse en faveur du texte sans vraiment savoir pour quoi, et tentatives d’achats de voix.

La constitution sera amendée

C’est une très large victoire pour le gouvernement et plus particulièrement pour le président Almazbek Atambaïev pour qui la réforme de la constitution est une réalisation majeure de son mandat. Interrogé lors de la journée d’élection, le président a juré que la nouvelle Constitution ne serait pas perdue, comme la première l’avait été – ce qui avait conduit à de nombreux articles assez moqueurs à l’encontre du Kirghizstan dans la presse internationale.

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La constitution amendée doit notamment, sans réduire les prérogatives du président, augmenter les pouvoirs du Premier ministre aux dépens du Parlement. D’autres points de la réforme ont été très critiqués par l’opposition, comme une plus grande dépendance des juges envers les pouvoirs législatif et exécutif, ou la marginalisation des droits de l’Homme dans les valeurs de la République kirghize.

Les mesures populistes, entre possibilité de la déchéance de citoyenneté pour les terroristes, et interdiction du mariage homosexuel, semblent avoir fait mouche auprès de l’électorat, comme le montre une vidéo du média kirghiz indépendant kloop où des étudiants allant voter en masse citent ces mesures comme raisons principales de leur vote « pour » la nouvelle constitution.

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Des problèmes techniques très répandus

Si les autorités et les observateurs extérieurs (en provenance uniquement de pays de l’ex-URSS) ont parlé d’un bon niveau général dans l’organisation du scrutin, plusieurs défauts et incidents ont été notés tout au long de la journée.

De nombreux incidents ont été répertoriés après que les appareils de vote électroniques aient mal fonctionné. Certains n’arrivaient pas à lire les empreintes digitales. Or, au bout de 10 tentatives infructueuses, les électeurs perdent leur droit à voter.

Dans la station numéro 1214 de Bichkek, la capitale kirghize, les machines n’ont ainsi pas pu lire le passeport du premier électeur de la journée. Ce dernier a dû faire 5 tentatives avant d’être identifié. Dans un autre bureau, certains électeurs ont placé leurs bulletins dans une boîte en carton et non dans l’e-box, à cause de problèmes techniques.

Pour l’activiste Dinara Oshurahunova, la préparation n’était pas suffisante. Les erreurs techniques ont été plus nombreuses que lors des élections parlementaires d’octobre 2015, lors desquelles le vote électronique avait été introduit. Les observateurs ukrainiens ont aussi suggéré d’améliorer le système d’identification des votants comme le rapporte l’agence de presse kirghize 24.kg.

Manque de clarté quant aux inscriptions sur les listes électorales

La procédure d’inscription sur les listes électorales n’était pas claire : exemple édifiant, le Premier ministre lui-même, Sooronbaï Jeenbekov, n’était apparemment pas inscrit sur les listes électorales lorsqu’il s’est présenté dans son bureau de vote. Cela ne l’a pas empêché de déposer sa voix dans l’urne.

D’autres électeurs ne pouvaient pas voter sur leur lieu d’enregistrement. C’est notamment le cas du leader du parti Respublika, Omourbek Babanov, et de sa femme. Bien qu’enregistrés au même domicile, ils ont dû voter dans deux bureaux de vote séparés de 5 kilomètres.

A noter que, désormais, il faut obligatoirement être en possession d’une pièce d’identité biométrique pour pouvoir voter. Cette nouvelle donnée a conduit certains électeurs à ne pas se rendre aux urnes.

Accusations de corruption et de bourrage d’urnes

Selon les informations du journal Azattyk, la police a ouvert les jours précédant le scrutin une enquête sur des individus achetant des votes pour 1000 soms (environ 13 euros), à Bichkek mais aussi en région comme à Kara-Balta. Des affaires probablement liées aux élections dans les mairies qui se tiennent en même temps que le référendum.

Des habitants du 6ème micro district de Bichkek, dans le sud-ouest de la ville, se sont plaints lors d’une conférence de presse du vendredi 9 décembre, de faux enregistrements chez eux : des invitations ont été envoyées pour des individus non existants. La commission électorale de Bichkek a été saisie sur la question. Le jour même du vote, des cas de bourrages d’urne ont par ailleurs été décelés selon les informations de 24.kg, par exemple à Djalalabad dans le sud du pays.

Des électeurs se sont par ailleurs insurgés que le bulletin de vote soit transparent, et laisse donc voir le choix de chacun. Cela va en effet à l’encontre du principe du bulletin secret.

Des électeurs mal informés ?

Almazbek Atambaïev s’est défendu d’utiliser les « ressources administratives », c’est-à-dire les fonctionnaires et principalement les professeurs d’université, en faveur de la réforme de la constitution. Selon lui, si « quelque chose a poussé les enseignants à voter en faveur du SDPK, c’est sans doute simplement qu’ils font plus confiance à ce parti ».

Pourtant, selon une enquête menée au moment du vote par le journal Kloop.kg, peu d’étudiants sont capable sd’expliquer vraiment quels sont les amendements pour lesquels ils ont votés. Les observateurs craignent ainsi que ces électeurs n’aient pas véritablement donné leur voix en fonction de leurs convictions.

La campagne sur le référendum a de fait été presque inexistante dans l’espace publique, se cantonnant à la sphère parlementaire. Les citoyens kirghiz ont ainsi été très peu informés quant à la teneur exacte des amendements et leurs implications pour la futur politique du pays.

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Le calendrier de la mise en application de la nouvelle constitution n’est pas très clair, alors que les élections présidentielles doivent se tenir dans moins de 11 mois, en Novembre 2017. Toujours est-il que les débats sur la réforme constitutionnelle auront été déterminants dans l’organisation du paysage politique en vue de cette prochaine échéance.

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La rédaction

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