Président Kirghizstan Sooronbaï Jeenbekov Rencontre Chefs Paris Parlement

Kirghizstan : le gouvernement de Sapar Issakov démissionne

Ce jeudi 19 avril, le président du Kirghizstan Sooronbaï Jeenbekov a adopté la motion de censure du Parlement kirghiz contre le Premier ministre, Sapar Issakov. Ce dernier a démissionné, de même que l’ensemble de son gouvernement. Les négociations sont désormais lancées à Bichkek, la capitale du pays, pour la constitution d’une nouvelle coalition gouvernementale. Et les rumeurs sur la personnalité du futur chef du gouvernement circulent déjà.

Au matin de ce jeudi 19 avril, une requête de Parlement demandant un vote de défiance contre le gouvernement de la République kirghize a été mise à l’ordre du jour sous l’impulsion du chef de file du parti d’opposition Respoublika – Ata Jourt, Djyrgalbek Tourouskoulov. 91 parlementaires sur les 112 présents au sein du Parlement kirghiz ont voté en faveur de la motion de censure, comme l’a rapporté l’agence de presse AKIpress. Le vote s’est tenu sans discussion ou débat préalable.

Le directeur de cabinet du président de la République kirghize, Moukhammetkaly Abylgaziev, est à ce jour pressenti pour succéder à Sapar Issakov à la tête du gouvernement du Kirghizstan. C’est du moins ce qu’a annoncé l’agence de presse locale 24.kg qui table sur une majorité de parlementaires prêts à soutenir sa candidature au poste de Premier ministre de ce petit pays d’Asie centrale. Par ailleurs, le parti Respoublika – Ata Jourt, à l’origine de la motion de censure, devrait faire partie de la future coalition gouvernementale.

L’action du gouvernement kirghiz vivement critiquée

Dès le 17 avril, des députés des fractions parlementaires Respoublika – Ata Jourt, Ata-Meken et autres avaient vivement critiqué la politique menée par le gouvernement en dénonçant un rapport de l’exécutif sur les actions menées au cours de l’année 2017. Le gouvernement de Sapar Issakov était notamment sous le feu des critiques quant à sa gestion calamiteuse de la dernière saison hivernale dans le pays avec la panne de la centrale de chauffage à Bichkek alors que les températures étaient exceptionnellement basses (jusqu’à -25°C). Les projets de modernisation des installations de chauffage, pourtant annoncés de longue date, avaient alors mené au désordre le plus complet lorsque la centrale n’a pas été en mesure de réchauffer les habitants de la capitale kirghize pendant plusieurs jours.

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Les députés du Parlement kirghiz ont également reproché au Premier ministre, Sapar Issakov, sa mauvaise gestion d’un accord passé avec la compagnie tchèque Liglass destiné à mener à bien la construction d’une centrale hydroélectrique dans la région de Naryn, au centre du pays.

Seuls le Parti social-démocrate du Kirghizstan (SDPK) et ses alliés de la coalition parlementaire ont approuvé le rapport présenté par le gouvernement. Ils ont pourtant accepté, deux jours plus tard, de voter en faveur de la motion de censure du gouvernement de Sapar Issakov.

Des tensions à la tête de l’État

L’ancien président du Parlement kirghiz, Félix Koulov, a avancé une explication quant à la démission du Premier ministre. Selon lui, de nombreux parlementaires kirghiz membres de la coalition gouvernementale cherchent à défendre leurs propres intérêts économiques et ont vu d’un mauvais œil les actions menées par le désormais ex-Premier ministre. De plus, les tensions entre Sapar Issakov et Sooronbaï Jeenbekov, président du Kirghizstan depuis octobre 2017, ont pesé dans le vote du Parlement qui, n’ayant pas souhaité se mêler aux discordes entre les deux têtes de l’exécutif, a choisi de sacrifier le chef d’un gouvernement contesté et de conserver la coalition parlementaire actuellement en place.

A cette discorde entre Premier ministre et Président s’est ajouté un combat de fond entre l’ancien Président, Almazbek Atambaïev, et son successeur. Sapar Issakov, Sooronbaï Jeenbekov et Almazbek Atambaïev sont tous les trois membres du SDPK, le parti majoritaire dans le pays. Mais cet état de fait n’a pas empêché l’apparition de certaines tensions rendues récemment publiques entre l’ancien président du Kirghizstan et son récent successeur. Almazbek Atambaïev a, en effet, annoncé son retour en politique dans le cadre d’une conférence de presse où il n’a pas manqué de critiquer le nouveau leader kirghiz, Sooronbaï Jeenbekov, pour les propos tenus notamment par ce dernier sur le sujet sensible de la corruption dans le pays.

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Les récentes nominations au sein du cabinet de Sooronbaï Jeenbekov ont également joué dans la démission du Premier ministre kirghiz. En effet, de nombreux soutiens d’Almazbek Atambaïev continuaient d’exercer des fonctions d’importance au plus haut sommet de l’État, notamment au sein des services de sécurité, et n’avaient pas exprimé un soutien plein et entier à l’actuel Président kirghiz.

C’est tout particulièrement le cas de Bolot Souyoumbaïev, un ancien garde du corps d’Almazbek Atambaïev, qui avait été démis de ses fonctions par Sooronbaï Jeenbekov au sein des services de sécurité du pays (GKNB). Ce limogeage présidentiel n’avait alors pas empêché Sapar Issakov de nommer Bolot Souyoumbaïev au sein d’une des agences de l’État kirghiz chargée de lutter contre le crime, au grand dam de l’administration présidentielle qui a pris acte de cette décision et a décidé de mettre un terme au mandat du Premier ministre. C’est ce qu’a rapporté une source anonyme au sein du SDPK.

Il est à noter que la proximité de Sapar Issakov avec l’ancien président du Kirghizstan, Almazbek Atambaïev, a joué un rôle essentiel dans le jeu de chaises musicales actuellement en cours au sein des instances du pouvoir kirghiz.

La démission de Sapar Issakov, 29ème Premier ministre du Kirghizstan depuis l’indépendance du pays en 1991, est une première dans l’histoire du pays pour un Premier ministre appartenant au parti présidentiel. Cet évènement ouvre une nouvelle page de l’histoire politique mouvementée de la petite République d’Asie centrale qui se cherche aujourd’hui un nouveau chef de gouvernement prêt à mettre en œuvre les projets nécessaires au développement de la République kirghize.

Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef de Novastan

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Le président du Kirghizstan, Sooronbaï Jeenbekov, lors d’une rencontre avec les chefs des différents partis représentés au Parlement kirghiz
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