Kirghizstan Maire Bichkek Aziz Sourakmatov

Kirghizstan : le maire de Bichkek accusé de corruption

Le maire de Bichkek est accusé de conflit d’intérêts dans le cadre du plan d’aménagement de la capitale. D’autres politiciens seraient également au cœur de l’affaire.

Le 12 février dernier, l’agence kirghize 24.kg a révélé un nouveau scandale de corruption à Bichkek. Le maire de la capitale du Kirghizstan, Aziz Sourakmatov, serait tout particulièrement impliqué dans un conflit d’intérêts autour du Projet de Plan Détaillé, ou PDP. En cause : c’est l’entreprise Elizabeta, qu’il dirigeait jusqu’en 2018 comme le décrit le média kirghiz Kaktus, qui a remporté l’aménagement du centre-ville.

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Après son élection en août 2018, Aziz Sourakmatov s’était retiré de l’entreprise, mais cette dernière reste aux mains de membres de sa famille. Le scandale a par ailleurs éclaboussé 14 députés municipaux. Les individus en question sont à la fois impliqués dans le secteur des constructions et membres de commissions clé. Quatre d’entre eux sont membres de la commission pour les biens municipaux et fonciers tandis que quatre autres participent aux discussions de la commission sur le budget municipal.

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On retrouve les autres politiques dans les commissions gérant les questions sociales, les logements sociaux, les infrastructures de transport et le complexe énergétique. 24.kg a publié la liste des députés concernés ainsi que leurs attributions politiques.

Un projet peu conforme aux attentes des citoyens

Le plan d’aménagement du centre-ville a été adopté en décembre 2019. Publié pour la première fois en mars 2018, il a immédiatement créé le débat. Les habitants se sont particulièrement inquiétés de la possibilité pour le gouvernement de régulariser des constructions illégales et de se saisir de terrains immobiliers habités.

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Plusieurs zones d’ombre ont également été relevées, comme la rentabilité du projet, qui ne semble pas avoir été estimée. La législation encadrant le plan n’est pas non plus clairement exprimée. Les inquiétudes des habitants portent également sur l’aménagement de jardins d’enfant dans des zones en construction ou sur des propriétés privées et la construction de routes dans des secteurs où sont déjà édifiés des immeubles. La responsable du projet, proche du maire, a par ailleurs été elle-même impliquée dans des plans de construction controversée.

La corruption : endémique au système politique kirghiz ?

Ce n’est pas la première fois qu’un scandale éclate autour de constructions gouvernementales. Les Jeux mondiaux nomades, ou encore la centrale de chauffage de Bichkek avaient fait l’objet d’une couverture médiatique accusant promoteurs et politiques de détournement de fonds. Albek Ibraïmov, prédécesseur d’Aziz Sourakmatov, a également été démis de ses fonctions en juillet 2018 après la révélation d’une affaire de corruption.

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La corruption et les conflits d’intérêts semblent remonter jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir et sont la source d’une certaine instabilité gouvernementale. Ainsi, le 13 février dernier, la composition du gouvernement a de nouveau été modifiée, après moins de deux ans en service, soit la durée de vie la plus courte en dix ans. Les personnalités qui sont exclues de la nouvelle formation sont tour à tour accusées de corruption, négligence grave ou abus de pouvoir.

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Il est cependant possible de penser que les conflits d’intérêts se retrouvent jusqu’à la tête de l’Etat kirghiz. Le directeur du Comité d’Etat pour la construction Gostroy a déposé sa démission sur demande du président, Sooronbaï Jeenbekov. Comme le rapporte 24.kg, le Premier ministre Moukhammetkaly Abylgaziev avait par ailleurs vivement critiqué les activités de Gostroy. Son directeur s’est défendu arguant que si les promoteurs ne recevaient pas l’accord de sa compagnie, c’était qu’ils ne respectaient pas les normes en vigueur.

Agathe Guy
Rédactrice pour Novastan

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Le maire de Bichkek Aziz Sourkmatov a été officiellement accusé de conflit d’intérêts dans un projet d’aménagement de la capitale kirghize.
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