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Kirghizstan : le niveau du réservoir de Toktogoul inquiète

Printemps et été riment avec remplissage des réservoirs au Kirghizstan. Héritage de la période soviétique, le réservoir de Toktogoul et son barrage est une des infrastructures clé de la production d’électricité kirghize. Cependant, un rapport alarmant alerte sur un faible taux de remplissage du réservoir ainsi qu’une différence entre les mesures d’avril et mai.

Un réservoir qui se remplit au printemps et en été afin de pouvoir effectuer d’importants lâchés d’eau au cours de l’hiver et de l’automne, période où la pression énergétique est la plus forte. Voilà le rôle dévoué au réservoir et barrage de Toktogoul, dans le centre du Kirghizstan, depuis l’effondrement de l’URSS. Exit l’irrigation, place à la production hydroélectrique. Mais pour ce faire, encore faut-il que le réservoir se remplisse au cours des saisons dédiées.

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Cette année, la situation est particulièrement préoccupante. A la mi-mai, le volume d’eau du réservoir était de 13,6 milliards de mètres cube. Un volume particulièrement bas, s’est inquiété le vice Premier ministre, Koubatbek Boronov, dans une interview au média kirghiz 24.kg parue le 4 juin dernier. « Le volume de l’an dernier était de 19,3 milliards de mètres cube », a-t-il décrit.

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Parallèlement, la différence de volume stocké entre les mois d’avril et de mai interroge les autorités. Lors d’une réunion gouvernementale début avril, le président du Comité d’État pour l’industrie, l’énergie et l’utilisation du sous-sol, Emil Osmonbetov, avait annoncé que le réservoir avait accumulé 16,8 milliards de mètres cube d’eau. Que peut expliquer une si grande différence en l’espace de six semaines ?

Des informations de plus en plus compliquées à aller chercher

Récemment, les informations concernant le réservoir de Toktogoul ont cessé d’être diffusées selon le média kirghiz 24.kg. L’agence relevant du ministère des Situations d’urgence, Kirghizhydromet, dévoile désormais les données sur une base tarifaire. Pour les médias, une demande officielle, avec une note obligatoire « pour publication » doit être faite. Ce manque de communication participe au flou entourant le réservoir et son barrage. Simultanément, ce manque de clarté renforce les cas de corruption. 24.kg souligne que le manque d’information peut inciter les ingénieurs d’énergie à commettre d’éventuelles fraudes avec le volume d’eau dans le réservoir de Toktogoul.

Parallèlement, le secret entretenu autour des véritables chiffres ne permet pas aux experts de produire des estimations précises quant à l’évolution du niveau d’eau dans les années à venir.

Des difficultés à prévoir

Pour cette année, les prévisions ne sont pas alarmistes. Les chiffres de remplissage pour le mois de juin devraient correspondre au niveau du taux annuel moyen. Interrogé par 24.kg dans le même article, le chef du département pour la production et le transport de l’énergie à la National Energy Holding Company, Taalaïbek Baigazyïev, affirme qu’« avec toutes les prévisions et les apports réels, nous avons calculé qu’à l’automne, il y aurait 17 milliards de mètres cube. Cette eau est suffisante pour le passage de la période automne/hiver à venir ». « Néanmoins, la période de sécheresse dure deux à trois ans », s’inquiète l’expert.

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En moyenne, pendant la période automne/hiver, ce ne sont pas moins de 7 milliards de mètres cube d’eau qui sont lâchés à la centrale hydroélectrique de Toktogoul. D’ici le printemps 2020, il restera 10,5 à 11 milliards de mètres cube dans le réservoir, selon les calculs de 24.kg. Le média s’inquiète ainsi d’une potentielle baisse du niveau de l’eau tombera à un niveau critique de 5,5 milliards de mètres cube dans quelques années, si les autorités n’agissent pas maintenant.

Des conséquences directes sur les exportations d’électricité dans la région

En raison du manque d’eau, le Kirghizstan serait contraint d’abandonner les exportations d’électricité. En été, les centrales hydroélectriques ne fonctionneront que pour la consommation domestique. En hiver, période où la demande est la plus forte, l’Etat kirghiz pourrait être amené à importer.

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Ce scénario a semble-t-il déjà été anticipé. « Le Kazakhstan est prêt à fournir de l’électricité au Kirghizstan à 1,8 soms (0,02 euro) par kilowattheure » a précisé Taalaïbek Baigazyïev. Le Turkménistan peut également assurer son approvisionnement à la république kirghize en cas de demande intérieure pour des volumes supplémentaires d’électricité,affirme le Comité d’État pour l’industrie de l’énergie et de l’utilisation du sous-sol kirghiz. En cas de demande supérieure aux capacités de production, le Kirghizstan sait déjà vers qui se tourner.

La rédaction

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Le réservoir de Toktogoul inquiète, en mai il contenait 6 milliards de mètres cube d’eau en moins qu’en mai 2018
Ninara
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