Temir Sarïev Premier ministre Kirghizstan démission

Kirghizstan : le premier ministre démissionne

Le premier ministre kirghiz, Temir Sarïev, a remis sa démission ce lundi 11 avril. Cette décision surprise intervient après qu’une commission parlementaire ait accusé de corruption son gouvernement. Elle serait le résultat de vives tensions entre les différentes factions faisant partie de la coalition parlementaire autour du président Almazbek Atambaïev. Alors que ce dernier a accepté la démission de son premier ministre, plusieurs personnalités se sont déjà portées candidates pour remplacer Temir Sarïev.

La crise gouvernementale a été précipitée par l’attribution à une entreprise chinoise de la reconstruction de la route de Tokmok, qui borde la région touristique d’Issyk Koul, dans l’est du pays. Cette décision d’un montant avoisinant les 100 millions de dollars a été prise par le gouvernement de Temir Sarïev.

Une entreprise chinoise non enregistrée

L’entreprise chinoise a commencé les travaux en abattant un certain nombre de magnifiques arbres bordant la route, mettant en émois les médias sociaux kirghiz. De fait, les Kirghiz sont très attachés à des arbres faisant office de symbole de la beauté de la région du lac d’Issyk Koul, dégradée sans cesse par un développement du tourisme anarchique.

Cet intérêt médiatique pour la reconstruction controversée de cette route a poussé certains députés opportunistes à s’intéresser au chantier, découvrant qu’il aurait été attribué frauduleusement à une compagnie chinoise non enregistrée officiellement dans le pays lorsqu’elle a obtenu le contrat. Après cette découverte, le gouvernement de Temir Sarïev a été sous le coup d’une enquête parlementaire et parallèlement du comité indépendant de lutte contre la corruption.

En remettant sa démission, Temir Sarïev a dit vouloir se battre pour prouver son innocence dans ce dossier.

Rupture avec les Etats-Unis

Plus largement, le gouvernement de Temir Sarïev a subi une période de crise économique sans précédent pour le Kirghizstan depuis les années 1990, entre les troubles monétaires de la région et le ralentissement des économies kazakhes et chinoises. Les élections présidentielles prévues en 2017 s’annoncent dans un climat économique et politique plus que jamais incertain.

Temir Sarïev, en poste depuis mai 2015, n’aura donc pas tenu une année pleine à la tête du gouvernement. En juillet dernier, le Premier ministre avait dénoncé un traité signé avec les Etats-Unis en 1993, ouvrant une crise majeure avec le pays qui entretenait une base militaire non loin de la capitale Bichkek jusqu’en 2014.

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Un accord dénoncé avec la Russie

En janvier dernier, une nouvelle goutte avait atteint le gouvernement. Alors que le barrage de Kambarata-3 n’avançait plus depuis plusieurs mois, Temir Sarïev a dénoncé l’accord avec la Russie, chargée de la construction du barrage. Kambarata-3, qui inquiète l’Ouzbékistan voisin situé en aval de la rivière Naryn, doit pouvoir alimenter en électricité un pays encore victime de coupures régulières.

Le projet, que la Russie ne construisait plus faute de financement, a ouvert une crise avec le principal partenaire du Kirghizstan, alors même que Temir Sarïev a fait entrer de plein pied son pays dans l’Union Economique Eurasiatique portée par la Russie en août 2015. Malgré ces turbulences, c’est finalement sur un cas de corruption avec une entreprise chinoise que le premier ministre démissionne, démontrant ainsi l’importance des relations avec les grandes puissances pour la stabilité politique du pays.

En 25 ans, 27 Premiers ministres

Si Temir Sarïev n’a pas résisté à des accusations de corruption, il avait pourtant survécu – ainsi que son gouvernement – à des élections législatives en octobre dernier, alors qu’il ne fait pas parti du parti vainqueur, le SDPK du président. S’il soutient le président, Temir Sarïev est un politicien indépendant.

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Le Kirghizstan a connu vingt-sept Premiers ministres en vingt-cinq ans d’indépendance, ce qui démontre l’instabilité gouvernementale inhérente au régime ayant traversé deux révolutions et trois constitutions.

La rédaction



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