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Kirghizstan : les petites et moyennes entreprises durement touchées par le coronavirus

Alors que le gouvernement kirghiz a imposé l’état d’urgence, la plupart des petites et moyennes entreprises sont obligées de rester inactives ou, si elles vendent les biens nécessaires, de faire face à un plus petit nombre de clients. Après trois semaines, les dégâts deviennent importants.

Le 25 mars, le Kirghizstan a instauré l’état d’urgence du fait de la pandémie de coronavirus. Au 19 avril, le nombre de personnes infectées par le coronavirus ne cesse d’augmenter chaque jour avec 554 cas, 5 décès et 133 guérisons, principalement dans les régions du sud.

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En plus d’être une crise sanitaire, cette pandémie a touché de nombreuses petites et moyennes entreprises (PME) et entrepreneurs privés. Ils opèrent dans la fabrication, l’agriculture, le commerce de gros et de détail, le transport, l’hébergement et la restauration. Dans l’ensemble, le chiffre d’affaires des PME représente 40 % du Produit intérieur brut (PIB) du Kirghizstan avec 15 000 entreprises, dont 67,2 % dans la capitale Bichkek, rapporte le Comité national des statistiques. En bref, si les PME souffrent, le Kirghizstan aussi.

Och Bazar en difficulté

Lorsqu’il s’agit de vendre des biens de consommation, ou une large gamme de produits alimentaires, les grands marchés aux prix moins chers sont les plus attractifs pour la plupart des citoyens. À cet égard, Och Bazar est l’une des destinations les plus populaires de Bichkek pour son prix relativement moins cher sur pratiquement toutes sortes de produits. Après l’annonce de l’état d’urgence, la plupart des magasins vendant des biens de consommation ont fermé leurs portes, peu restant ouverts. Tous les magasins vendant des produits non-consommables ont dû fermer, rapporte le média kirghiz Katkus.kg. Ceux qui restent ouverts sont ceux qui vendent des produits alimentaires, de nettoyage et d’hygiène.

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La visite d’Och Bazar montre que les nombreux vendeurs de biens de consommation ont dû fermer en raison d’une forte baisse des acheteurs, de 50 à 90 %, comme certains vendeurs de produits laitiers l’ont décrit à Novastan. D’autres ont fermé des magasins par crainte d’une contamination par le coronavirus. Les vendeurs restants doivent facturer des prix de 20 à 30 % plus élevés sur les produits quotidiens, car beaucoup d’entre eux sont importés des pays voisins, affirment les vendeurs de céréales à Novastan. La plupart des clients étaient des restaurants, des cafés et des régions qui ont tout simplement arrêté d’acheter. Ceux qui restent vendent ce qu’ils ont laissé en stock, admettant qu’ils risquent d’être infectés par le coronavirus mais qu’il faut continuer à travailler pour continuer à vivre. Une certaine partie des entrepreneurs ont des crédits bancaires à rembourser, tandis que la diminution du travail quotidien est une préoccupation importante.

Une inflation galopante

À plus grande échelle, le coronavirus a détérioré les échanges avec les principaux partenaires du Kirghizstan, qui a fermé ses frontières, limitant les mouvements de population depuis le 17 mars pour ralentir la propagation du Covid-19. Même si les véhicules de fret sont autorisés à passer, les produits consommables venant du Kazakhstan ne pénètrent plus au Kirghizstan, Nur-Sultan cherchant à approvisionner le marché intérieur en premier lieu.

Selon le Comité national des statistiques de la République kirghize, ces produits alimentaires représentent 550 millions de dollars (505 millions d’euros) par an, soit 10,5 % de toutes les importations en 2019. Cela comprend les sous-produits animaux et végétaux, les graisses et les huiles de produits d’origine animale ou végétale, denrées alimentaires, produits végétaux, boissons alcoolisées et non alcoolisées, ainsi que le vinaigre. Selon l’Observatoire de la complexité économique, la Russie et le Kazakhstan représentaient respectivement 210 et 200 millions de dollars (183 et 193 millions d’euros), soit 75 % de toutes les importations de ce secteur en 2017, selon les dernières statistiques disponibles.

Bien que le gouvernement tâche de contrôler l’augmentation artificielle des prix des consommables, la nouvelle liste de prix sur les consommables les plus nécessaires montre une inflation, révèlent les données de Kaktus. Selon le média kirghiz, citant le maire de Bichkek Aziz Sourakmatov, les prix semblent augmenter en raison du taux de change du dollar, de la logistique complexe et d’une augmentation des prix des fournisseurs, principalement étrangers. Les importations ont également diminué de 11,7 %.

Les entrepreneurs espèrent un plan de relance

Indépendamment de la diminution des importations de consommables, les marchandises produites au Kirghizstan ne connaîtront pas de pénurie car la production augmentera, selon le média russe Sputnik, tandis que les quotas d’importation de farine en provenance du Kazakhstan sont en cours de négociation, rapporte l’agence kirghize 24 kg. Le Kirghizstan bénéficiera de la décision du Kazakhstan prise le 4 avril dernier de suspendre les exportations de produits alimentaires à l’exception de l’Union économique eurasiatique (UEE). Auparavant, le Kazakhstan a annoncé une suspension totale de ses exportations vers tout pays étranger.

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En retour, le gouvernement kirghiz a annoncé un plan à court terme pour prévenir l’aggravation de la pénurie de biens de consommation et un léger assouplissement pour le secteur des entreprises, dans l’espoir de recevoir un soutien financier du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale, de la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), de la Banque asiatique de développement (BAD) et du Fonds de développement russo-kirghiz. Le Kirghizstan a d’ores et déjà reçu près de 100 millions d’euros de la part du FMI.

De plus, les conséquences économiques se traduiront par une réduction de l’offre et de la demande extérieure, une réduction de la demande intérieure due à un ralentissement de l’activité économique liée à une réduction des investissements et des envois de fonds des travailleurs migrants, prévoit 24 kg. Cependant, le gouvernement ne peut pas se permettre d’exempter les entreprises de ses impôts, ni émettre de nouveaux prêts à taux d’intérêt nul, car le budget n’a pas la même capacité que dans les pays développés. L’avenir sera rude.

Ilgiz Kambarov
Rédacteur pour Novastan à Bichkek

Corrigé par Aline Simonneau

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Les PME kirghizes sont fortement touchées par la crise du coronavirus (illustration).
Francisco Anzola via Visual Hunt
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