Ex-président Almazbek Atambaïev Congrès

Kirghizstan : l’ex-président Atambaïev annonce son retour en politique

Au cours du congrès du SDPK le 31 mars dernier, l’ancien président du Kirghizstan, Almazbek Atambaïev, a annoncé son retour en politique. Élu à la tête du parti, l’ancien chef de l’État kirghiz a présenté un parti en ordre de marche en vue des élections législatives prochaines prévues pour 2020.

Le 31 mars dernier à Bichkek, l’hôtel Orion a accueilli les 200 délégués du premier parti politique du Kirghizstan, le SDPK ou parti social-démocrate du Kirghizstan. Réunis en congrès dans la capitale kirghize, les délégués ont élu Almazbek Atambaïev, ancien président du pays, à la tête de leur mouvement.

Il s’agit là d’un geste fort qui annonce officiellement et publiquement le retour au premier plan de la scène politique kirghize de l’ancien chef de l’État. Ayant déjà occupé les fonctions de président du SDPK entre 1999 et septembre 2011, Almazbek Atambaïev avait ensuite été élu président du Kirghizstan en octobre 2011. Il a depuis cédé sa place à Sooronbaï Jeenbekov, élu en octobre 2017, marquant ainsi la première transition pacifique du pouvoir dans l’histoire des pays d’Asie centrale.

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Une réunion à huis clos

La réunion s’est tenue à huis clos entre membres du parti et était fermée à certains journalistes ainsi qu’à certains membres du SDPK dont, notamment, le député Assylbek Jeenbekov, frère de l’actuel chef de l’État kirghiz, Sooronbaï Jeenbekov, et une délégation venue d’Och, dans le sud du pays.

Suite à l’élection d’Almazbek Atambaïev à la tête du parti s’est tenue une conférence de presse lors de laquelle le nouveau chef du SDPK a déclaré qu’il revenait en politique pour préparer son parti aux prochaines élections législatives prévues pour 2020.

« Je ne veux pas revenir en politique simplement pour obtenir un poste. En ces temps difficiles, je ne veux pas que nous revenions à l’idée d’une règle de clans dans notre pays. L’une des tâches qui nous incombe est de faire rentrer au Parlement des partis stables comme le nôtre », a annoncé l’ancien président.

Des critiques à l’encontre de Jeenbekov

Au cours de la conférence de presse, Almazbek Atambaïev a également critiqué Sooronbaï Jeenbekov, son successeur à la tête du pays, sur un certain nombre de points. L’ex-président a affirmé qu’il était en désaccord avec l’actuel chef de l’État sur les déclarations de ce dernier tenues dans le cadre du Conseil national de Sécurité en février dernier.

Au cours de cette réunion, Sooronbaï Jeenbekov avait en effet regretté que les tribunaux, les procureurs, la police financière du pays et les services de sécurité ne soient pas efficaces dans le cadre de la lutte contre la corruption. Le président du Kirghizstan les avait accusés d’être eux-mêmes corrompus.

Almazbek Atambaïev a pris ces accusations de son successeur comme une critique envers lui-même et a laissé entendre que les personnalités chargées de rédiger les discours du président actuel étaient en tort. « Pourquoi affirmer aujourd’hui que les autorités n’ont pas combattu la corruption sous mon leadership au cours des trois dernières années ? Les principales tentatives de lutte contre la corruption ont pourtant été lancés sous ma présidence », s’est ainsi offusqué l’ancien chef de l’État.

Des critiques constructives ?

Il a toutefois affirmé ne pas s’immiscer dans les décisions concernant le personnel politique dont le président et le Premier ministre, Sapar Isakov, sont responsables. Il a déclaré cependant vouloir aider Sooronbaï Jeenbekov et faire en sorte que ce dernier ne soit pas uniquement entouré de flatteurs et de courtisans. Almazbek Atambaïev a indiqué lors de la conférence de presse avoir prévenu son successeur de la nécessité pour Assylbek Jeenbekov, le frère du président, de démissionner de son poste de député pour faire taire d’éventuelles rumeurs et éviter tout conflit d’intérêts.

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« Malheureusement, je me souviens de ce qu’il s’est passé à l’époque des précédents chefs de l’État, Askar Akaïev et Kourmanbek Bakiev. C’est la raison pour laquelle je suis obligé de mettre tout sur la table. Lors de ma dernière entrevue [avec Sooronbaï Jeenbekov], nous avons passé plus de quatre heures à discuter. Quelqu’un doit assumer ce rôle. Et c’est ainsi que j’ai procédé lorsque j’étais aux affaires au cours des 10 ou 20 dernières années pour éviter tout réflexe de clan. Cette présidence a été l’œuvre de toute une vie et je ne veux pas que tout ce travail soit gâché », a déclaré l’ex-président du Kirghizstan.

Un ex-président bien entouré

Lors du congrès du SDPK, Almazbek Atambaïev s’est vu entouré de plusieurs personnalités politiques qui ont joué ou jouent un rôle au plus haut niveau de l’État au cours des dernières années. Sur les photos officielles, au côté de l’ancien Président kirghiz, on pouvait par exemple apercevoir l’actuel maire de Bichkek, Albek Ibraïmov, l’ancien président du Parlement kirghiz, Tchynybaï Toursounbekov, ou encore Farid Niyazov qui a récemment quitté ses fonctions à la tête de l’administration présidentielle.

L’événement a aussi été l’occasion de mettre en avant de nouvelles figures montantes au sein du SDPK. C’est ainsi que Goulnaz Omourbek kyzy, jeune militante très active au cours de la dernière élection présidentielle et principale représentante de la jeunesse du mouvement, s’est retrouvée placée à la droite d’Almazbek Atambaïev, ce dernier démontrant ainsi son attachement à former des héritiers politiques fiables pouvant occuper d’importantes responsabilités politiques à l’avenir.

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Malgré les critiques lancées à l’attention des responsables politiques actuels, l’ancien chef de l’État a cherché à rassurer en disant que lui et son successeur se considéraient toujours comme « des amis ». Ses déclarations ont donc essentiellement pour objectif de le positionner comme une alternative à Sooronbaï Jeenbekov et de le préparer à un retour au plus haut sommet de l’État.

Absent des photos officielles : l’actuel Premier ministre kirghiz, Sapar Isakov. Ce dernier a pourtant été défendu par Almazbek Atambaïev qui l’a présenté comme « un jeune et énergique Premier ministre auquel il peut arriver de faire des erreurs, mais qui est très travailleur ».

L’ancien président a également défendu Sapar Isakov dans le cadre de l’affaire de la chaudière centrale de Bichkek qui est tombée en panne en février dernier et ce, malgré des travaux de rénovation s’étant élevés à 386 millions de dollars. Selon Almazbek Atambaïev, la responsabilité de ce grave dysfonctionnement qui a largement affecté la population de la capitale kirghize incombe au chef de l’État, Sooronbaï Jeenbekov, les travaux de rénovation ayant été effectués alors que ce dernier était le Premier ministre d’Almazbek Atambaïev.

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Compromis ou scission ?

Le politologue kirghiz Mars Sariev a analysé le discours de l’ancien président du Kirghizstan pour le site Knew.kg. Pour lui, les critiques d’Almazbek Atambaïev envers son successeur reflètent les tensions politiques internes au SDPK. Deux clans seraient actuellement en lutte pour le contrôle du premier parti kirghiz : le premier autour de l’ancien Président kirghiz, le second autour de Sooronbaï Jeenbekov et ses alliés essentiellement originaires du sud du pays.

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« Les soutiens de Sooronbaï Jeenbekov au sein du SDPK doivent faire un choix dans cette lutte intestine face aux partisans d’Almazbek Atambaïev. Ils sont aujourd’hui divisés : si certains poussent à un compromis avec les alliés de l’ex-chef de l’État, d’autres veulent pousser Sooronbaï Jeenbekov à prendre ses distances avec son prédécesseur et à prendre ses décisions de façon indépendante, en se détachant du SDPK », explique l’expert.

Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef de Novastan

Folke Eikmeier
Rédacteur en chef de Novastan

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L’ex-président du Kirghizstan, Almazbek Atambaïev, lors du congrès du SDPK le 31 mars dernier
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Almazbek Atambaïev en compagnie des 200 délégués du SDPK lors du congrès du 31 mars dernier
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