Photo du profil Facebook du journaliste kirghiz Ulanbek Egizbaev

Kirghizstan : mort d’un journaliste d’investigation connu pour ses enquêtes sur la corruption

Oulanbek Egizbaïev, un jeune journaliste kirghiz de 28 ans, est mort noyé le 22 juillet dernier. Il travaillait pour Azattyk, média d’opposition, et était notamment connu pour ses enquêtes sur la corruption des élites et du gouvernement.

Le dimanche 22 juillet dans l’après-midi, le journaliste kirghiz Oulanbek Egizbaïev s’est noyé dans le lac Yssyk-Koul, dans l’est du Kirghizstan, où il passait le weekend. Il a été sorti de l’eau inconscient et conduit vers l’hôpital de Cholpon-Ata, où il est décédé.

La rédaction de Novastan s’unit à la douleur de ses proches et de ses collègues.

« Une perte immense pour le journalisme kirghiz »

« La mort d’Oulanbek Egizbaïev est une perte immense pour le journalisme kirghiz », titre l’article du site indépendant Kloop. Très renommé au Kirghizstan, plusieurs fois primé à l’international, Oulanbek Egizbaëiv était aussi redouté des autorités et des élites qu’il n’hésitait pas à confronter et à critiquer.

Il était notamment l’auteur de récentes enquêtes dénonçant des faits de corruption à la douane, dans la vente des terres au Kirghizstan, dans les cimetières de la capitale ou encore dans la reconstruction du musée historique de Bichkek. Leader dans le journalisme d’investigation, il était aussi l’un des seuls journalistes du pays à travailler en langue kirghize, et non en russe.

A lire sur Novastan : Le principal opposant kirghiz Omurbek Tekebayev arrêté à Bichkek

Dans la nuit du 25 au 26 février 2017, Oulanbek Egizbaïev a aussi été le premier journaliste à se rendre à l’aéroport Manas, alors que la police s’apprêtait à arrêter loin des projecteurs l’opposant Omourbek Tekebaïev. Le journaliste avait alors été arrêté et détenu par la police lui aussi.

« Qui va reprendre son travail ? »

« Qui va reprendre son travail ? » s’inquiète Tolekan Ismaïlova, vice-présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) sur son compte Facebook.

« En dépit de son jeune âge, Oulanbek a énormément apporté au développement du journalisme d’investigation. Il écrivait des articles de haute qualité, il filmait des reportages redoutables, » écrit de son côté Azattyk.

Oulanbek Egizbaïev filmait aussi des courts documentaires qui lui avaient valus des prix internationaux. Le dernier en date était une vidéo sur un professeur des écoles qui fait chaque jour depuis 25 ans plus de 10 km à cheval pour rejoindre sa classe.

Médias et ONG réclament l’ouverture d’une enquête

Officiellement, Oulanbek Egizbaïev est mort d’une noyade, mais médias et défenseurs des droits de l’Homme réclament l’ouverture d’une enquête pour exclure toute possibilité de meurtre. « Je n’y crois pas. Oulanbek n’a pas pu se noyer à 1 mètre 50 de profondeur » s’exclame Tolekan Ismailova sur Facebook, des suspicions partagées par nombreux journalistes et activistes.

Comme le confirme Azattyk, le journaliste avait récemment reçu des menaces suite à ses enquêtes. Le 16 juillet dernier, il avait lui-même posté sur son compte Facebook une photo de deux enveloppes qui lui étaient adressées, contenant des lettres blanches – un geste souvent interprété comme un « dernier avertissement ».

Capture d’écran du compte Facebook d’Ulanbek Egizbaev où il montre les dernières lettres de menace qu’il a reçues.

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Ce lundi, le président du Kirghizstan Sooronbaï Jeenbekov a apporté ses condoléances à la famille d’Oulanbek Egizbaïev, ajoutant que son nom « resterait à jamais dans l’histoire du journalisme kirghiz. »

Marion Biremon
Rédactrice pour Novastan à Bichkek

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Photo du profil Facebook du journaliste kirghiz Oulanbek Egizbaïev.
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