Kirghizstan : pourquoi l’air est-il si pollué à Bichkek ?

Au Kirghizstan, depuis les montagnes environnant Bichkek, un nuage épais pèse au-dessus de la ville tout au long de l’année. À l’image d’Almaty en 2015, la capitale kirghiz souffre de la pollution et de ses conséquences terribles, notamment sur le plan sanitaire.

La rédaction de Novastan, sur la base d’un article paru sur Living Asia, vous propose de comprendre pourquoi la capitale du Kirghizstan ne parvient pas à ventiler l’air qu’on y respire.

L’agence nationale de météorologie kirghize effectue régulièrement des mesures portant sur la teneur en composants dangereux dans l’atmosphère et publie chaque mois des rapports à ce sujet. En novembre 2016, la concentration de dioxyde d’azote dans l’air de la ville de Bichkek a dépassé la norme à hauteur de 50% et a même doublé dans le centre-ville. Ce composant hautement toxique agit sur les voies respiratoires et les poumons et réduit le taux d’hémoglobine dans le sang.

Encore plus dangereux est le formaldéhyde (ou méthanal). Cancérigène, il peut provoquer des tumeurs malignes. Toujours en novembre, selon l’agence de météorologie, le niveau de cette substance dans l’air a dépassé la concentration maximale autorisée de plus de cinq fois. En octobre de la même année, les taux étaient encore plus inquiétants avec une concentration six fois plus élevée que la norme sanitaire.

Les mesures de l’agence nationale de météorologie ne présentent pas une image complète de l’état de l’air à Bichkek. Par exemple, l’agence ne mesure pas la quantité de benzopyrène dans l’atmosphère. L’État ne dispose pas des moyens financiers pour acquérir les instruments nécessaires afin de mener ces études. Cela dit, les dernières mesures réalisées en 2000 ont montré que la teneur en benzopyrène dans l’atmosphère dépassait alors les normes maximales autorisées de 25 à 35 fois et, pendant la saison de chauffage, de 48 fois.

Le benzopyrène est un composé chimique toxique qui peut provoquer des tumeurs malignes chez les humains et les animaux.

Une ville mal conçue face au phénomène de la pollution

L’écologiste Emile Choukourov évalue l’état de l’air à Bichkek comme « exécrable ». Il attribue cela à la pollution en gaz de la ville due à la circulation automobile et au chauffage qui ajoute à l’atmosphère du noir de carbone et des gaz nocifs.

« La pollution liée aux gaz provoque des maladies respiratoires ; notre ville est la plus touchée par ce phénomène dans le pays. Bichkek est aussi en tête en nombre de maladies cancérigènes. La situation est très grave. », déclare Emile Choukourov.

Choukourov lie la mauvaise qualité de l’air dans la capitale kirghize au fait qu’elle est mal ventilée. Tout d’abord, au-dessus de la ville, il y a une espèce de cloche en raison du fait que la température de l’air à Bichkek est en moyenne supérieure de cinq degrés aux autres territoires, ce qui ne permet pas à l’air frais d’entrer et circuler dans la ville. Deuxièmement, il existe un problème d’aménagement architectural.

Le territoire sur lequel est construit Bichkek est faiblement et irrégulièrement ventilé par les vents. Quand la ville a été construite au XIXème siècle, les architectes avaient choisi d’utiliser les techniques urbanistiques basées sur la Rome antique. Pour eux, les rues de la ville se trouvaient en direction des vents dominants, ce qui permettrait, d’après eux, une bonne circulation de l’air venant des montagnes.

« Les rues de la ville, ce sont ses fenêtres et elles doivent être ouvertes. À l’époque soviétique, en particulier pendant la seconde moitié du siècle dernier, ce système a été complètement détruit. […] C’est un crime et une bêtise », déclare Emile Choukourov.

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Les principes de la planification urbaine du temps de l’URSS étaient décidés à Moscou, plus précisément à l’Institut pan-soviétique de recherche sur l’architecture et l’aménagement du territoire. En général, tous les projets y étaient élaborés en effectuant des calculs d’après la zone médiane de la Russie où, pour la construction urbaine, la protection au vent est très importante.

En conséquence, tous les micro-districts qui ont été construits au sud de Bichkek ont été formés en une sorte de bouclier contre les vents. Dorénavant, ils bloquent l’accès du vent vers la ville.

« Les vents des montagnes sont très faibles, si faibles qu’il faut qu’il n’y ait pas d’obstacle. », explique l’écologiste. « Alors que, par le passé, l’air de la montagne descendait dans la ville et dans les rues. Maintenant, à Bichkek, il n’y a plus de rue verticale qui permette de faire circuler l’air. »

Une augmentation des maladies liées à la pollution

Selon la Commission nationale des statistiques, de 2010 à 2014, la quantité d’émission de substances nocives dans l’air a doublé au Kirghizstan : en 2010, elle s’élevait à un peu plus de 30 millions de tonnes ; en 2014, elle a augmenté jusqu’à atteindre 60 millions de tonnes. En 2015, ce chiffre a encore augmenté. On recense près de la moitié de ces émissions à Bichkek.

D’après l’Organisation mondiale de la Santé, le niveau de la pollution de l’air influe directement sur le nombre de maladies chroniques et de maladies respiratoires aigües, ainsi que les maladies cancéreuses des organes de respiration. Les comparaisons des données entre le niveau de pollution de l’air à Bichkek avec le nombre de maladies respiratoires et de cancers montrent clairement que les émissions nocives dans l’air influencent l’état de santé.

Au cours de l’année où il y a eu une augmentation de la quantité de substances nocives dans l’air, l’indicateur du nombre de maladies a également augmenté de façon considérable. Selon les données disponibles entre 2010 et 2014, le nombre de personnes souffrant de maladies respiratoires a augmenté de 8,5% et le nombre de personnes enregistrées avec des maladies malignes atteignant les organes de la respiration a augmenté de plus de 20%.

 

Article traduit du russe par Mathieu Lemoine pour Novastan

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