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Kirghizstan : poursuivi en justice par le gouvernement, Zanoza pourrait bientôt fermer

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En procès depuis avril dernier pour diffamation à l’encontre du président du Kirghizstan Almazbek Atambaïev, Zanoza, site indépendant fondé par des anciens rédacteurs de Vetcherniy Bichkek, croule sous les amendes.

Après cinq procès perdus, le site d’information en ligne Zanoza pourrait disparaître à l’automne prochain, a déclaré à l’agence d’information 24.kg Naryn Aiyp, son co-fondateur, le jeudi 6 juillet. La raison ? Le journal doit un total de 27 millions de soms au président kirghiz Almazbek Atambaïev, soit environ 340 000 euros.  Le média indépendant ne possède pas une telle somme.

La rédaction a fait appel de ces décisions de justice, mais ne se fait « aucune illusion », comme l’a précisé Naryn Aiyp. « Nous considérons que tous les tribunaux seront contre nous », a indiqué Dina Maslova, rédactrice-en-chef de Zanoza, à Novastan.

Dina Maslova espère pouvoir éviter cette « situation très pessimiste » annoncée par son collègue : « les choses peuvent encore changer », a-t-elle assuré à Novastan. D’après elle, l’avenir de Zanoza serait plus nuancé : « nous allons peut-être créer un nouveau site en se basant sur Zanoza ». Le sort du journal devrait être connu d’ici à la fin de l’été.

Une répression pré-électorale

Au cœur de la fragilisation d’un média reconnu sur la scène médiatique kirghize, on trouve la justice. Les procès visant Zanoza portaient sur plusieurs articles critiquant, directement ou indirectement, le président Almazbek Atambaïev.  Fraude financière dans les institutions publiques, dirigeants autoritaires ou encore arrestation de l’opposant politique Omurbek Tekebayev : Atambaïev a saisi le procureur de la République sur divers sujets, dont certains n’évoquaient même pas son nom.

A lire sur Novastan : Le principal opposant kirghiz Omurbek Tekebayev arrêté à Bichkek

L’Union indépendante des journalistes du Kirghizstan a accusé le gouvernement et la justice de « tenter, par tous les moyens, de fermer ce journal en ligne et de l’empêcher de produire une information alternative ». « Il est devenu de plus en plus difficile pour les médias indépendants de jouer leur rôle de quatrième branche du pouvoir », a regretté l’Union dans un communiqué de presse. « L’indépendance coûte très cher. »

Zanoza est lui-même né d’une décision de justice

Cette possible fermeture après une décision de justice pourrait laisser un goût amer à Zanoza. Sa propre création en 2015 a été entraînée par une décision de justice qui permit à un actionnaire pro-gouvernemental de contrôler l’intégralité du premier journal du pays, Vetcherniy Bichkek (VB). La décision, prononcée en période d’élections législatives, avait inquiété les observateurs, qui craignaient une possible dérive autoritaire dans le pays le plus démocratique d’Asie centrale.

A lire sur Novastan : Elections : les médias kirghiz sous pression

Après cette décision, une grande partie de la rédaction avait alors été licenciée et certains journalistes s’étaient rassemblés pour créer Zanoza, un média,indépendant. Des articles critiques d’Almazbek Atambaïev et de ses décisions politiques avaient été publiés sur VB quelques semaines avant ce changement de cap.

Un système judiciaire « entièrement dans les mains du gouvernement »

A seulement trois mois des élections présidentielles au Kirghizstan, prévues le 15 octobre prochain, plusieurs ONG dont Human Rights Watch dénoncent des tentatives d’oppression de l’opposition et des médias indépendants. Le Kirghizstan a chuté de quatre places dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) en 2017 ; il se trouve désormais au 89e rang.

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Zanoza n’est pas le seul média à s’attirer la foudre du gouvernement : en juin, ce dernier a bloqué l’accès à l’agence de presse Ferghana News et exilé l’un de ses correspondants, Ulugbek Babakulov, pour incitation à la haine raciale. A ce jour, le site reste bloqué dans le pays. Le pouvoir avait également tenté de poursuivre en justice Radio Free Europe avant d‘y renoncer.

« Notre système judiciaire dépend aujourd’hui entièrement du président », s’inquiète Rita Karasartova, candidate aux élections présidentielles et directrice de l’Institut pour l’analyse publique. Le Kirghizstan a récemment endurci ses lois à l’encontre des médias, jusqu’à sanctionner d’une peine de prison certains faits de diffamation.

Marion Biremon
Rédactrice en cheffe adjointe de Novastan

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