Femme lections Kirghizstan

Kirghizstan : résultats d’une journée de vote exceptionnelle

Dimanche 4 octobre 2015, les 2374 bureaux de vote (dont 26 à l’étranger) mis en place par la Commission électorale de la République du Kirghizstan (Tsik) ont rendu leur jugement dans ce qui s’apparente à la plus exemplaire des élections d’Asie centrale.

Lire aussi sur Novastan.org : Elections au Kirghizstan : tout ce que vous devez savoir

Six partis, parmi les 14 en compétition, ont atteint le seuil nécessaire de 7% des voix au niveau national, et 0,7% des voix dans chacune des 7 régions du pays. Il s’agit du Parti Social Démocrate (26,9%), de Respublika-Ata Djourt (21,03%), du parti Kirghizstan (12,41%), d’Onuguu Progress (9,19%), de Bir Bol (8,32%) et d’Ata Meken (7,88%). L’ensemble des voix ont été récoltées à travers un système de reconnaissance biométrique nécessitant l’empreinte digitale du votant.

Résulats des élections parlementaires kirghizes | Create infographics

 « Si le taux de participation n’est pas suffisant, il faudra réorganiser des élections. Or notre petite république n’a pas les moyens de financer un tel scrutin ! », s’inquiète Fatima, professeur des écoles. Aucun problème de légitimité à l’horizon : selon la Tsik, le taux de participation a été de près de 60% (57,56%). C’est à peu près le même niveau que lors des dernières élections parlementaires en 2010.

Lire aussi sur Novastan.org : Législatives au Kirghizstan : une campagne pas tout à fait comme les autres

Le scrutin a charrié son lot de surprises et validé certaines prévisions à l’oeuvre depuis le début de la campagne. Le parti SDPK a ainsi confirmé la première place que lui prêtait les sondages. En tant que parti du président, il aura la tâche difficile de former une coalition face à Respublika-Ata Djourt (21,03%), fusion des deux partis dans l’opposition parlementaire depuis les dernières élections parlementaires de 2010. Grosse surprise de ce scrutin, le parti Kirghizstan, formation lancée depuis peu dans la course électorale, récolte plus d’un dixième des voix (12%). Ata-Meken, deuxième parti historique du pays au côté du SDPK, a déçu les pronostics en franchissant de peu le seuil nécessaire (7,88%). La dégringolade de Ar-Namis (0,83%) a été officialisée par le scrutin.

Les résultats définitifs (qui sont ceux du décompte manuel des votes) devraient être confirmés dans la journée du 5 octobre par la Commission électorale.

Pas de problèmes majeurs, mais plusieurs infractions recensées

Le scrutin s’est déroulé dans l’ensemble sans problèmes majeurs. 613 observateurs internationaux, représentant 69 pays différents, étaient présents pour s’assurer du bon déroulement de l’élection. « Les observateurs internationaux sont passés ce matin. Ils sont restés sur place entre 5 et 10 minutes », affirme Talan, observateur kirghiz dans un bureau du sud de la capitale. Selon la loi électorale, deux observateurs de chaque parti étaient chargé de surveiller le scrutin de chacun des bureaux de vote.

L’ambiance lors du vote, malgré ces mesures, n’était pas des plus détendues. A Och, l’entrée dans les bureaux de vote par d’étrangers non-acccrédités, même de simples touristes, se heurtait à la réticence des autorités. De même à Bichkek, où les curieux étaient rapidement reconduis à la sortie par les membres de la Commission électorale. Seuls les principaux médias natonaux et internationaux avaient l’autorisation de photographier le scrutin. A la mi-journée, le président kirghiz, Almazbek Atambaïev, a tenu des mots particulièrement durs à l’égard de la rédaction locale de Radio Free Europe, Azattyk.org, qui pointe du doigt une collusion anticonstitutionnelle entre le SDPK et l’administration présidentielle : « En tant que président et qu'homme ordinaire, je vous le dis : craignez Dieu », a menacé le chef de l’Etat kirghiz en décriant ouvertement les liens entre RFE et le département d’Etat Américain.

Lire aussi sur Novastan.org : Elections : Les médias kirghiz sous pression

Plusieurs problèmes ont été répertoriés pendant le vote. Un député du parti Ar-Namys, Omourbek Arbrakhmanov, a affirmé dans une vidéo diffusée sur Azattyk.org qu’il n’avait pas pu voter, son nom n’apparaissant pas dans la liste des électeurs. Un cas de double vote, qui serait lié à des dysfonctionnements électroniques, a par ailleurs été signalé à Bichkek. Un correspondant anonyme basé dans la ville de Och, au sud du pays, a quant à lui rapporté des tentatives d’achat de vote par les partis Bir Bol, SDPK et Onuguu Progress. Selon ces informations, difficiles à confirmer, un vote aurait été négociable entre 500 et 2000 soms (environ 6 et 27 euros).

Malgré ces incidents, le scrutin a été reconnu comme légitime par l’ensemble des candidats. Le député Kamtchibek Tachiev, qui a été interdit de participer à la compétition deux jours avant le scrutin, a lui même soutenu le vote. Le premier ministre, Temir Saryev a déclaré que ces élections étaient « sans précédent dans l’histoire du pays », mettant fin aux pratiques de bourrage d’urnes, de vote en carrousel et de vote de personnes décédés couramment observées lors des précédentes élections. Pour l’analyste Edil Baïsalov, le scrutin du 4 octobre représente « une révolution pacifique » qui fera entrer dans l’histoire le président Atambaïev comme celui qui pour la première fois a conduit un vote propre et régulier.

Ces élections marquent également un renouvellement fort du parlement, avec 83 députés qui ne faisaient pas partis de la précédente assemblée (sur 120 députés au total). Ceux-ci vont être confrontés à un nouveau défi de taille : la formation d’une coalition stable pour gouverner.

La rédaction



Femme lections Kirghizstan
Danil Usmanov
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *