Sooronbaï Jeenbekov Président

Kirghizstan :  Sooronbaï Jeenbekov remporte l’élection présidentielle

Avec 54,7% des voix selon des premiers résultats, Sooronbaï Jeenbekov arrive en tête du premier tour de la présidentielle kirghize. Omourbek Babanov le suit avec 33,8%, sans possibilité d’un second tour.

La seconde élection libre de l’histoire du Kirghizstan indépendant a rendu son verdict ce dimanche 15 octobre au soir. Selon les premiers résultats, Sooronbaï Jeenbekov est arrivé en tête, avec 54,7% des voix, suivi d’Omourbek Babanov à 33,8%. La participation définitive est de 55,93%. 

Les résultats définitifs devraient être connus dans les 20 jours suivant le scrutin. Durant la journée, le système électronique semble avoir bien fonctionné et les phénomènes de vote en carroussel et de bourrage d’urnes semblent être désormais du passé pour le Kirghizstan. Des soupçons d’achats de voix en amont de l’élection restent cependant dans toutes les têtes, notamment en faveur du candidat Jeenbekov.

Un nationaliste en troisième position

Les troisième et quatrième place sont occupées par le dirigeant du parti Butun-Kirghizstan Adakhan Madoumarov et l’ancien Premier ministre Temir Sariev.

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La distribution régionale des voix reflète l’origine des candidats: tandis que Sooronbaï Jeenbekov tient la majorité de ses voix du sud du pays, Omourbek Babanov a obtenu plus de 80% des voix dans son fief électoral de Talas, dans le nord-ouest du pays.

Sooronbaï Jeenbekov, candidat de la continuité

Sooronbaï Jeenbekov, un agronome, vient de la région d’Och, dans le sud du pays. Vers la fin de l’URSS et dans les premières années de l’indépendance, il dirigeait une ferme collective (Sovkhoze) près d’Ouzgen. Sa carrière politique a commencé au sein du gouvernement du premier Président Askar Akaïev. Après la chute de celui-ci en 2005 après la Révolution des Tulipes, il devient député du Parlement puis ministre de l’Agriculture deux années plus tard.  

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De 2010 à 2012 Jeenbekov est gouverneur de la région d’Och, puis représente les intérêts du gouvernement national dans la région entre 2012 et 2015, avant d’être nommé Premier ministre en mars 2016, un poste qu’il a quitté le 22 août dernier, peu avant la présidentielle.

La victoire de Sooronbaï Jeenbekov est le signe du choix de la stabilité par les électeurs kirghiz, identifiant Jeenbekov à la continuité de la politique du président actuel, Almazbek Atambaïev. Officiellement soutenu par le parti au pouvoir, le SDPK (social-démocrate), Sooronbaï Jeenbekov a pu bénéficier d’une forte couverture médiatique de la part des médias pro-gouvernementaux.

Un fort soutien présidentiel durant la campagne

L’ancien Premier ministre du Kirghizstan a également pu profiter du plein soutien d’Almazbek Atambaïev qui a affirmé le jour de l’élection qu’il était son héritier. Le Président kirghiz a également attaqué son rival, Omourbek Babanov, après qu’il ait affiché son entrevue avec le Président kazakh Noursoultan Nazarbaïev. Cette visite a provoqué la colère d’Almazbek Atambaïev, accusant son homologue “d’ingérence” dans l’élection.

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A partir de cette altercation, survenue moins d’une semaine avant le premier tour, certains médias kirghiz, comme le journal en langue russe ayant le plus important tirage du pays, Vecherni Bichkek, ont critiqué avec force Omourbek Babanov, favorisant en creux Sooronbaï Jeenbekov.

Omourbek Babanov, étiqueté “candidat d’opposition”

Candidat malheureux à cette élection, Omourbek Babanov a 37 ans et a été officiellement étiqueté “candidat d’opposition”. Originaire de la région de Talas, dans le nord-ouest du pays, cet homme d’affaire a commencé sa trajectoire dans le secteur pétrolier au Kazakhstan et est un des hommes les plus riches du Kirghizstan.

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Après avoir commencé sa carrière politique en 2005 en tant que député, il a été Premier ministre entre 2011 et 2012. Il dirige aujourd’hui le parti “Respublika” et se présente cependant en tant que candidat indépendant. Il n’a pas encore réagi à l’annonce des résultats.

L’après Atambaïev dans la continuité avec le même Premier ministre

Plus globalement, le score encore partiel de Sooronbaï Jeenbekov est moins élevé que celui de son “mentor”. Almazbek Atambaïev avait recueilli 62,52% des votes lors du premier tour en 2011, tandis que les présidents élus précédemment avaient tout deux été élu avec des score entre 72% et 88% des voix au premier tour entre 1991 et 2009. Askar Akaïev (1991-2005) et Kourmanbek Bakiev (2005-2010) ont cependant vu leur mandat et leur élection entachés par un réel autoritarisme et du népotisme.

Avec ce résultat, l’avenir proche du Kirghizstan semble être celui de la stabilité. De fait, selon Vecherni Bichkek, le principal journal du pays ouvertement pro-Jeenbekov, le Premier ministre actuel, Sapar Issakov, va rester Premier ministre auprès du nouveau président. Sapar Issakov, nommé le 21 août dernier, est à 40 ans l’une des “nouvelles figures” politiques du parti majoritaire.

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La présidence Jeenbekov devrait cependant être différente de celle d’Almazbek Atambaïev.  De fait, à partir du 1er décembre prochain, certaines des modifications de la constitution voté en décembre 2016 vont devenir effectives. Ces changements de la constitution avaient pour but de rééquilibrer les pouvoirs entre le président et le Premier ministre, au profit de ce dernier. Pour le président est réservé la politique étrangère, alors que le premier ministre récupère beaucoup de attribution sur la politique intérieure.

Cependant, comme le note le journal d’opposition Kaktus (anciennement Zanoza), peu sont ceux qui croit vraiment à cet affaiblissement du président en réalité.

La rédaction

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Sooronbaï Jeenbekov est le nouveau président du Kirghizstan.
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