Almazbek Atambaïev Kirghizstan Assaut

Kirghizstan : une opération en cours pour arrêter l’ex-président Almazbek Atambaïev

Les forces spéciales kirghizes ont lancé une opération au domicile de l’ancien président kirghiz. Les partisans d’Almazbek Atambaïev ont répliqué avec des pierres et des barricades. On compte plusieurs blessés.

Ce mercredi 7 août, les services spéciaux kirghiz ont lancé une opération pour arrêter l’ancien président Almazbek Atambaïev, en conflit depuis plusieurs mois avec le chef d’état actuel Sooronbaï Jeenbekov. Inculpé fin juin par la justice, Almazbek Atambaïev est entre autres accusé de corruption, ce qu’il dénonce comme un coup monté de la part de son successeur. Il avait refusé de se présenter à trois convocations de la part de la justice kirghize.

Selon un représentant des services de sécurité (GKNB), l’opération aurait débuté vers 20 heures heure locale dans le village de Koï-Tash, où se trouve la résidence d’Almazbek Atambaïev, à quelques kilomètres au sud de Bichkek, la capitale. 

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15 personnes blessées

Les partisans de l’ex-président ont tenté d’empêcher son arrestation à grands renforts de pierres et en construisant des barricades de fortunes. Vers 22 heures, environ 500 personnes étaient sur place selon un journaliste du média kirghiz Kloop. 

La situation a rapidement dégénérée entre les forces de l’ordre et les partisans d’Almazbek Atambaïev. Plusieurs personnes seraient blessées, même si aucun bilan officiel n’a été communiqué pour le moment. Selon le ministère de la Santé, quinze personnes ont été évacuées vers les hôpitaux et un membre des forces de l’ordre serait blessé par balles. 

L’agence de presse 24.kg a annoncé qu’un mort serait à déplorer, mais cette information n’a pas été confirmée pour le moment. Par ailleurs, une journaliste de l’agence kirghize a été blessée à la jambe, sans que son pronostic vital ne soit engagé. Des équipes médicales sont sur place pour prendre en charge les blessés.

Les forces spéciales n’ont “pas utilisé d’armes à feu”

Même si les vidéos et images tournées par les médias locaux montraient des hommes portant des armes automatiques, les services de sécurité (GKNB) ont déclaré ne « pas avoir utilisé d’armes à feu ». « Les forces spéciales sont armées de lanceurs de balles en caoutchouc”, ont-ils ajouté dans un communiqué. 

Vers 22h30, le camp d’Almazbek Atambaïev a déclaré avoir pris en otage plusieurs des forces de l’ordre, qui ont été reconduites vers la sortie, une information démentie par le GKNB. Des journalistes sur place ont constaté que des partisans de l’ex-président kirghiz étaient armés. 

Ce dernier est sorti d’un des bâtiments de sa résidence sain et sauf, presque trois heures après le début de l’opération. Pour autant, l’ex-président serait encore sur le territoire de la résidence. Du côté des forces de l’ordre, des renforts ont été envoyés depuis Bichkek. Les partisans de l’ancien homme fort ont commencé à construire des barricades à l’aide de rondins de bois.

Les médias censurés

Seuls les médias en ligne retransmettent les faits en direct. “Aprel“; chaîne de télévision pro-Atambaïev, ne fonctionne plus, tandis que les autres chaînes d’information ne parlent pas de l’arrestation et montrent à la place des films ou des reportages culturels. Certains fournisseurs TV ont également été mis en pause. Sur place, les journaliste d’Azattyk reportent qu’on leur demande “violemment” d’arrêter de filmer. 

Timur Toktonaliev, journaliste pour l’Institute for War and Peace Reporting (IWPR), regrette un “manque de liberté de la presse et de professionnalisme” au Kirghizstan, pourtant dit pays le plus démocratique de la région. A 23 heures heure locale, les médias n’arrivaient plus à joindre leurs journalistes présents dans la résidence. 

Sur les réseaux sociaux, des milliers de commentaires montrent un peuple divisé, certains fiers d’enfin apporter la justice contre la corruption, d’autres soutenant l’ex-président et dénonçant la violence du gouvernement. 

Une relation tendue depuis plusieurs mois

Cela fait maintenant plusieurs mois que la relation entre Almazbek Atambaïev et de son ancien protégé est tendue. À la tête de l’État jusqu’en novembre 2017, l’homme politique a perdu son statut d’ancien président fin juin après avoir été privé de son immunité présidentielle. Quelques semaines plus tôt, le président kirghiz Sooronbaï Jeenbekov avait en effet ratifié une loi permettant de retirer à tous les anciens présidents kirghiz leur immunité judiciaire. Le camp de l’ex-président avait répondu par une liste de requêtes envers le gouvernement actuel, à remplir d’ici la fin de l’été. 

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Depuis, les partisans d’Almazbek Atambaïev se sont réunis dans sa résidence pour le protéger et le soutenir. Ils avaient organisé des barricades et apporté des pierres. Atambaïev avait déclaré qu’il se battrait jusqu’à la fin et qu’il était armé. Le président avait pourtant assuré qu’il se battrait seul. 

Lire aussi sur Novastan : Kirghizstan : l’ex-président Almazbek Atambaïev organise sa résistance

Le 24 juillet dernier, Almazbek Atambaïev s’est rendu à Moscou sur invitation du président russe Vladimir Poutine. Il a pris l’avion depuis la base militaire de Kant, contrôlée par la Russie, pour éviter de se faire arrêter à l’aéroport. Les deux hommes ont échangé mais les détails de leur rencontre n’ont pas fuités. Officiellement, Vladimir Poutine a apporté son soutien au président actuel Sooronbaï Jeenbekov et appelé à la stabilité dans le pays, qui a déjà connu deux révolutions sanglantes. 

Clara Marchaud
Marion Biremon
Correspondantes pour Novastan à Bichkek

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Le domicile de l’ex-président kirghiz Almazbek Atambaïev a été attaqué par les forces spéciales kirghizes le 7 août 2019.
Capture d'écran 24.kg
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