Kök-börü : « Un jeu pour les hommes courageux »

Les peuples asiatiques se distinguent par leur authenticité culturelle. On ne peut imaginer aucune fête sans les jeux traditionnels kirghiz. L’un des plus populaires est la compétition de cavaliers (au Kirghizstan, on les appelle « djiguite »). Autrefois la participation aux jeux traditionnels était une question d’honneur pour les hommes kirghiz. Aujourd’hui les amateurs des jeux traditionnels kirghizs font tout leur possible pour leur rendre leur gloire d’antan. Les sportifs convoitent d’amener « le jeu pour les vrais hommes » sur l’arène mondiale. Pourtant certains sont d’avis que les jeux traditionnels kirghiz sont des vestiges du passé. Existe-t-il une place dans la société moderne pour ces jeux ?

Il y a longtemps, les Kirghiz voyageaient beaucoup dans tout le pays. Ils méprisaient la sédentarité et ne séjournaient jamais au même endroit. Le cheval était un ami fidèle et une aide indispensable dans les steppes et les montagnes dépeuplées du Kirghizstan.

En ce temps-là, les loups affamés attaquaient souvent le bétail. La plupart des familles kirghizes vivaient dans la misère. Les attaques des loups avides causaient de grands dommages dans les élevages.

Alors les cavaliers courageux (djiguites) ont appris à monter les chevaux les plus vifs  pour poursuivre ces loups sauvages. En utilisant le fouet ( «kamcha » en kirghiz), puis ensuite en les attrapant de la terre sur leur chevaux pour les achever.

L’amusement du peuple

Le temps a passé. Avec le nouveau mode de vie sédentaire, les concours hippiques sont devenus l’amusement du peuple. D’abord le jeu s’appelait « Kök-börü » » (cela signifie «le loup gris»). Au fil du temps la chèvre a remplacé le loup, et maintenant le jeu est connu comme « Ulak – tartysh ».

Auparavant, les jeux traditionnels kirghizs étaient organisés pour commémorer des événements importants : la naissance d’un héritier, l’accueil des visiteurs importants ou la victoire sur des ennemis. Aujourd’hui on organise ces jeux traditionnels pour n’importe quelle fête – le Nouvel an (Nooruz), le mariage , le jour de l’indépendance…

Cependant les hôtes de la fête doivent être riches. La tradition veut que les vainqueurs reçoivent des prix en espèces. Chaque but aux portes de l’adversaire est estimé à 500 soms. Mais c’est un grand plaisir pour les invités d’honneur et le propriétaire de la maison, ce qui compense le coût monétaire.

Description

L’étendue de la plaine de jeux est environ 300х150 mètres.

D’un côté et de l’autre on met les portes, une largeur des portes sont 10 mètres.

Au centre de la plaine de jeux on trace un cercle où se trouve la carcasse du bouc ( « mara», en kirghiz). La carcasse du bouc pèse 30 à 40 kilos.

Les règles du jeu

La compétition dure 20 minutes.

Les deux équipes trois à trois ou quatre à quatre participent aux jeux traditionnels kirghiz.

D’abord les cavaliers doivent s’arracher entre eux la carcasse du bouc.

Ensuite chaque équipe doit mettre cette carcasse dans le but des concurrents.

La participation aux jeux nationaux des hommes demande un grand courage, de l’habileté

et l’esprit du risque (les blessures et les décès sont courants…).

Une compétition sportive internationale

Aujourd’hui, l’amusement du peuple s’est mué en compétition sportive. Ceux qui ont vu une fois dans leur vie le jeu « Ulak-Tartysh » gardent en mémoire les luttes des cavaliers pour le trophée.

Catherine, habitante de Bichkek, a assisté au jeu « Ulak-Tartysh » avec ses amis pour la première fois. Les jeux traditionnels kirghiz se déroulaient aux premiers jours de l’automne à Barskoon. C’était un festival dédié au cheval et aux traditions des nomades kirghiz. Elle a été étonnée par le courage et l’habileté des jeunes djiguites. Catherine se souvient comme si c’était hier de ses impressions. Elle a d’abord eu peur, puis la peur s’est changée contre toute attente en enthousiasme. Elle a eu beaucoup de plaisir à regarder ce spectacle brillant.

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Le jeu national « Ulak-Tartysh » a beaucoup de succès dans la société moderne. Ce jeu est devenu connu non seulement en Asie centrale, mais aussi à l’étranger. Duyshekeev Temir, le secrétaire général de la fédération «Ulak-Tartysh», a déclaré que 5 à 6 000 personnes viennent de toutes les régions du Kirghizstan pour les jeux traditionnels kirghiz.

Cela signifie qu’il est nécessaire d’ouvrir des écoles de sports. La Fédération nationale du jeu « Ulak-Tartysh » tâche d’atteindre le niveau international maintenant. Actuellement, on organise un championnat, des journées nationales sportives autour du cheval, sous de multiples formes.

Les jeux de cheval modernes au Kirghizstan ont de nombreuses similitudes avec les jeux européens du « polo », ou du « horseball. » Les jeux européens « polo », « horseball” et le jeu national « Ulak-Tartysh » sont des sports d’équipe et d’unité. La participation au concours hippiques demande aux participants de maîtriser parfaitement l’équitation et de faire symbiose parfaite avec son cheval. Le horseball est l’équivalent international, seulement, on utilise une balle au lieu de la chèvre traditionnelle et les règles sont plus strictes. Le jeu moderne « Ulak – tartysh », tout en conservant son identité, est devenu connu à l’étranger.

La Fédération Internationale voudrait développer les jeux traditionnels kirghiz à l’étranger. Et en Asie centrale la Fédération du sport a commencé à populariser le horseball. Le horseball a gagné une véritable popularité dans de nombreux pays européens, ainsi qu’en Amérique. Aujourd’hui, le polo est un sport très pratiqué de l’Argentine à l’Angleterre, l’Espagne et même l’Allemagne.

Identité culturelle

Ce type inhabituel de compétition à cheval a fait grand bruit. Avant, le public n’appréciait pas beaucoup ces jeux traditionnels kirghizs. Pour beaucoup l’« Ulak-Tartysh » était une sauvagerie et un vestige du passé. Malgré cela, le jeu national l’Ulak-Tartysh  est toujours d’actualité, et conserve son identité culturelle.

Les jeux nationaux sont un grand patrimoine pour chaque peuple. Ce jeu traditionnel est maintenant clairement rentré dans la modernité, entre folklore pour touristes et amusement national. Il reste cependant violent et dangereux mais reflète la vie du peuple nomade qu’était et que continue parfois à être le peuple kirghiz. Entre protection des troupeaux de la menace des loups et simulation de la guerre et des gestes ancestraux des cavaliers et grands guerriers qu’étaient les Kirghiz, ce jeu fait bien partie du patrimoine culturel du pays, malgré ces aspects controversés à notre époque moderne et mondialisée.

Aliona KHVAN
Journaliste pour Francekoul.com


La biblographie :

  1. Журнал «Вокург Света», Козлодрание под Кара-Кулем / Magazine « Vokrug Sveta », Ulak-Tartysh aux alentours de Kara-Koul
  1. http://www.vladi-polo.com
  2. L’interview avec Duyshekeev Temir, le secrétaire général de la fédération «Ulak-Tartysh»

 

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