Groupe Métal Zarraza Action Kuturgan Fest

Kuturgan Fest : comment Bichkek devient la capitale du métal en Asie centrale

Le 6 octobre dernier, Bichkek, la capitale du Kirghizstan, a été secouée par la seconde édition du Kuturgan Fest, le seul festival international de métal en Asie centrale. Novastan s’est entretenu avec Arseny Jerdev, fondateur et organisateur de l’évènement.

Après une première édition couronnée de succès en mai 2017, le Kuturgan Fest s’est désormais installé dans le paysage de Bichkek. En octobre dernier, la capitale kirghize a accueilli pour la seconde fois un événement unique en son genre dans la région : un festival dédié au métal. Et les organisateurs, encouragés par un public fidèle et de plus en plus nombreux, ne souhaitent pas s’arrêter en si bon chemin. Entretien.

Novastan : Quelle est l’importance de la scène métal au Kirghizstan ?

Arseny Jerdev : La scène métal est assez stagnante au Kirghizstan et a bien changé depuis la fin des années 1990. À cette époque, la scène underground était vivace : on comptait pas moins de trois clubs de rock dans la capitale et de nombreux groupes de métal talentueux comme Necronomicon, Neocrima, Odyn’s Nocturnal North, Extremistic Negative Clan, Infernus, Ellodia, pour n’en citer que quelques-uns. Et, bien entendu, Darkestrah, formé à Bichkek en 1999 et qui poursuit depuis sa carrière en Allemagne. Soit dit en passant, je suis toujours en contact avec Asbath, le leader de Darkestrah, et espère le faire venir jouer ici un de ces jours.

Lire aussi sur Novastan : À la découverte du black metal kirghiz avec Darkestrah

En attendant mon groupe, Kashgar, est le seul groupe de métal actif au Kirghizstan à l’heure actuelle. Il existe également une poignée de groupe de nu-métal ou de hardcore comme Shahid, My Own Shiva, The Last Days of Silence ou Panzer Bulldozer, installé à Saint-Pétersbourg depuis quelques années. Mais c’est à peu près tout. Tous ensemble, nous essayons aujourd’hui de faire évoluer la situation.

Comment les groupes que vous avez mentionnés se sont-ils faits connaître ?

À Bichkek, il n’y a pas de labels et la scène rock ou métal n’est absolument pas promue. Il ne reste qu’un seul club rock, le Zeppelin Bar, qui invite de temps à autre des groupes de Russie. Le club Promzona, également à Bichkek, est plutôt orienté pop, mais a également de bons groupes.

Shahid Groupe Métal Kuturgan Fest

C’est pourquoi j’ai commencé par tout faire moi-même. C’est la seule manière de faire bouger les choses. Le premier album de Kashgar a été enregistré et diffusé sur Bandcamp, une plateforme de musique en ligne, et c’est ainsi pour tous les groupes. Ensuite seulement, nous avons reçu des propositions de labels underground originaires d’Allemagne et de Russie pour sortir des copies physiques de l’album. On doit pouvoir jouer régulièrement et j’ai donc organisé des shows et créé un festival. La scène métal est vraiment restreinte et nous nous efforçons de la faire connaître.

Novastan est le seul site en français et en allemand sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir à partir de 2 euros par mois, ou en devenant membre par ici.

D’où est venue l’idée de créer le Kuturgan Fest ?

L’idée m’est venue après avoir participé au Brutal Assault Fest en République Tchèque en 2015. J’avais la conviction que le Kirghizstan avait besoin d’un festival similaire pour le salut des groupes de métal qui s’y démènent. Alors quand Nick du groupe Zarraza m’a proposé d’organiser un concert pour God Syndrome, groupe originaire de Samara en Russie, je lui ai dit : « Ça marche, mais il faut que ça soit énorme ! » C’est ainsi que le Kuturgan Fest a été créé le 14 mai 2017. Ce fut le premier festival international de métal avec six groupes en provenance de trois pays différents (Kirghizstan, Kazakhstan et Russie). Et on a eu un show d’enfer !

Kuturgan Fest Slam Public

La structure est assez simple : je fais tout moi-même avec l’aide d’une poignée d’amis passionnés de métal. En effet, notre musique fait peur aux sponsors et aux médias locaux. Je m’investis personnellement et grignote sur mon budget familial sans espoir d’avoir un retour sur investissement.

Notre philosophie est de contrer la marée des musiques pop et hip-hop qui brident l’âme des gens. Nous promouvons au contraire une musique qui a une âme et une véritable énergie. Nous essayons d’attirer l’attention du public sur les genres musicaux extrêmes afin de donner aux groupes locaux une plus large audience, voire une renommée à l’international.

Enfin, kuturgan signifie sauvage ou enragé en kirghiz. Et c’est bien ce qui se passe lors de notre festival !

Comment la musique métal est reçue par le public kirghiz ?

Je connais beaucoup de Kirghiz qui écoutent du rock et du métal et nous gagnons une audience plus large chaque année. Cependant, il est vrai que les gens ici préfèrent les genres pop, hip-hop ou bien la musique folklorique.

Il existe encore un clivage culturel qui se retrouve au sein de la musique : par exemple, des gens ici considèrent que toute musique plus osée que Madonna est l’œuvre du démon. D’autres pensent que nous sommes des alcooliques ou bien des drogués. Il est difficile pour eux d’imaginer que notre public est plutôt intelligent et poli, que ce sont des gens bien qui certes préfèrent le slam ou le headbang dans les shows métal que les concerts subventionnés ou danser dans un club.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire par ici.

J’ajoute aussi qu’aucune bagarre n’a éclaté lors de nos festivals. Allez dans n’importe quel night-club de la ville et vous verrez la différence : eux sont « normaux » et écoutent la « bonne musique »…

Comment se déroule le festival ?

On se focalise sur les styles traditionnels de métal (death, trash, black, etc.). La première édition du festival les réunissait tous, avec une dose de hardcore. Le festival Rock Da Bone organisé par Mikhaïl Efimenko de My Own Shiva vise, au contraire, un spectre plus large de musiques extrêmes.

Headbangers Kuturgan Fest

Après, nous restons ouverts à d’autres genres si les groupes sont bons dans ce qu’ils font. Par exemple, cette année, le groupe hongrois Ektomorph était en tête d’affiche de notre show.

Quels sont vos idées pour la suite du projet ?

Pour l’instant, on essaye d’avoir une audience plus large. Et j’espère qu’un jour le Kuturgan Fest pourra se dérouler en plein air, rassemblant des dizaines de groupes sur plusieurs jours !

En avril prochain, on vise haut et ce n’est pas moins que le seul et unique Sepultura, originaire du Brésil et l’un des plus fameux au monde, qui viendra démolir Bichkek ! Ce sera vraiment quelque chose de surréaliste pour la région. Les gens sont déjà excités et on attend de nombreux invités des pays voisins.

Propos recueillis par Julien Bruley
Doctorant en anthropologie, Université de Lille

Édité par Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef adjoint de Novastan

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à nous suivre sur Twitter, Facebook, Telegram, Linkedin ou Instagram ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir notre newsletter hebdomadaire ou nous soutenir en devenant membre de la communauté Novastan.

Le groupe de métal russe Zarraza en pleine action lors du Kuturgan Fest 2018
Lera Pagoudina
Shahid, un groupe de métal kirghiz lors du Kuturgan Fest 2017
Lera Pogoudina
Au Kuturgan Fest, on apprécie le slam et le public est très enthousiaste.
Lera Pogoudina
Des headbangers lors du Kuturgan Fest 2017
Lera Pogoudina
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *