Atambaev

La passation du pouvoir présidentiel au Kirghizstan : l’investiture d’Almazbek Atambaev

Depuis 1991 le Kirghizistan a connu quatre présidents, nombre record pour la région centre-asiatique, mais dont deux ont quitté leur poste suite à des révolutions. En 2005, la première révolution dans l’histoire moderne du Kirghizstan emportait Askar Akaeïv, président issu de l’ancien appareil de la république socialiste soviétique, renversé par une insurrection. Cinq années plus tard, en 2010, une seconde révolution beaucoup plus sanglante faisait s’écrouler le régime clanique de Kurmanbek Bakiev, au prix de 86 victimes. (1) Par la suite, Roza Otounbaïeva a été nommée par referendum au poste de présidente provisoire en même temps que le Kirghizstan adoptait un nouveau système de gouvernement – la démocratie parlementaire. Finalement, au premier décembre 2011, le Kirghizstan a élu un nouveau président – Almazbek Atambaïev.

Atambayev

Almazbek Atambaïev est connu comme homme politique depuis 2000 quand il a pour la première fois, sans succès, tenté de briguer la présidence avec 6% des voix. L’élection victorieuse de 2011 est sa troisième tentative personnelle après élection de 2009 où il a refusé de participer. 80 candidats se sont présentés pour le poste de Président dans un pays dont la population ne compte que 5,4 millions d’habitants. Les candidats étaient d’horizons variés, représentants différentes spécialisations et métiers. Bien que les élections aient été une véritable foire pour des candidats toujours plus nombreux, Almazbek Atambaïev, depuis le début, a été leader et favori des sondages. D’autres candidats sérieux tels qu’Adahan Madumarov et Kamchybek Tashiev, essentiellement supporté dans le sud du pays, étaient dans la course. Cependant, ce qui a permis à Almazbek Atambaïev de surclasser ses concurrents est le fait qu’il a su jeter des ponts entre le nord et le sud et ainsi représenter l’unité du pays. Almazbek Atambaïev devient Président de la République kirghize sous l’égide du parti Social-Démocrate avec 63% des suffrages (2).

Pendant son discours aux enfants le 28 décembre 2011, Almazbek Atambaïev a annoncé ses «écrasantes» idées de transformer le Kirghizstan en un dragon d’Asie Centrale comme Singapour, Thaïlande ou la Corée du Sud. Partant du fait que l’année 2012 serait celle du Dragon en Asie il a affirmé que : « l’an prochain – l’année du dragon, il y a une notion de «dragon asiatique» dans le monde, ces pays asiatiques avec des économies fortes. Nous pouvons aussi devenir un « dragon asiatique ». Croyez-moi, si vous y croyez  fermement, et que chaque jour vous travaillez pour réaliser vos rêves – cela deviendra réalité. » (3)

Atambaïev : point fort de la Russie

L’arrivée d’Atambaïev au pouvoir a provoqué une forte attente du peuple kirghiz, ainsi qu’à l’étranger. Atambaïev est approuvé par la majorité de la population, mais ses actions sont soigneusement observées et critiquées. Dans les médias kirghizs, le Président a plusieurs fois affirmé son côté pro-Russe. Son intention de fermer la base aérienne Américaine à Bichkek (Aéroport Manas) au terme du contrat actuel, en 2014 ; et sa neutralité concernant la base militaire Russe à Kant en sont les plus saillantes des preuves (4).

La question du chômage a atteint presque toute les familles après la chute de l‘Union Soviétique. Le Kirghizistan en 1991 ne pouvait pas créer des emplois pour tous les citoyens et les Kirghizs travaillant en Russie sont devenus le revenu principal de la plupart de la population. Ainsi, les Kirghizs doivent soutenir la relation d’amitié avec la Russie. Aujourd‘hui environ 500 000 Kirghizs gagnent leur vie grâce à un dur labeur à Moscou, Kazan et Saint-Pétersbourg, car le Kirghizstan maintenant n’est pas en état de leur offrir un salaire suffisant. C’est l’exemple le plus évident d’une dépendance économique et politique du Kirghizstan envers le grand frère russe. Si demain, la Russie refuse d’accueillir les migrants kirghizs, le Kirghizstan et les Kirghizs en général seront en position très difficile. (5)

Atambaïev : le dernier espoir pour un avenir pas trop sombre

Les Kirghiz ont expérimenté beaucoup de changements durant les vingt dernières années. La constitution de la République kirghize a dû passer de présidentielle, à parlementaire aujourd’hui. Après ces transformations, le Kirghizstan reste en phase de récupération, qui ne semble pas s’arrêter depuis la fin de l’URSS. Le gouvernement kirghiz après 2010 a dû faire face à l’adoption d’une nouvelle constitution avec un pouvoir se situant désormais principalement au Parlement. Après cette transformation en système parlementaire, le président n’a officiellement plus autant de puissance qu’avant, et Almazbek Atambaïev, après avoir été élu, a donné sa préférence pour la forme de gouvernement parlementaire-présidentiel (6). Ce qui confirme que le Kirghizstan est le seul pays à tenter l’expérience d’un régime parlementaire en Asie Centrale.

Après tous ces changements dans le pays, les Kirghizs ressentent les choses très différemment surtout quand ils ont vécu dans ce pays toute leur vie. La première chose qu’un Kirghiz ressent c’est l’imprévisibilité de ces évènements. Après le conflit ethnique entre Kirghizs et Ouzbeks dans le Sud en 2010, beaucoup d’observateurs doutaient que le Kirghizstan puisse encore exister. Les médias russes fournissaient des rapports disant que la République kirghize était au bord de l’effondrement (7). Pourtant, et heureusement, aucun de ces pronostiques sinistres ne se sont réalisés, et l’Etat kirghiz a réussi à maintenir sa souveraineté.

Néanmoins, en ce moment les Kirghizs veulent avoir un gouvernement stable avec une protection sociale garantie. Si ces objectifs sont atteints, Almazbek Atambaïev aura la réputation d’un véritable leader qui pourrait accomplir ce qui a été dit durant sa campagne. Son mandat laisse à la population l’espoir des lendemains qui chantent. Espoir qui est à la mesure des douleurs que subirent les Kirghizs. L’ensemble des citoyens attendent d’Atambaïev de la probité et des changements importants dans la vie concrète de chaque citoyen, ce que l’on peut raisonnablement attendre au XXIème siècle. La constitution du Kirghizstan stipule que: « La Président est la tête du pays. La Président symbolise l’unité du pays et le pouvoir gouvernemental. » Les Kirghizs espèrent que ces mots ne sont pas vides, mais signifient quelque chose et qu’Almazbek Atambaïev les suivra loyalement. Quelles que soient les épreuves à passer, les obstacles à franchir, les missions à accomplir, ils gardent espoir en leur président et en leur pouvoir, en faisant de leur mieux pour la prospérité de leur « grande Nation ».

Aman JUMABAEV
 Journaliste pour Novastan.org
Etudiant au département de l’anthropologie de l’Université Américaine en Asie Centrale, Bichkek, Kirghizstan 

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Bibliographie :

1.   “Кыргызстан: год после Бакиева / Kirghizstan: l’année après Bakiev”,

2.    Sidorova, Ekaterina, « Атамбаев победил на выборах в президенты Киргизии / Atambaïev a remporté les élections présidentielles au Kirghizistan »,  Life News Online,

3.    Makenov, Adilet, “В Бишкеке состоялась президентская елка с участием детей со всех регионов страны / On a organisé de Noël Présidentielle à Bichkek avec les enfants de toutes les régions du pays”, KNews,

4.    «Atambaev: U.S. military base should be closed in 2014 / Atambaev: base militaire Américaine devrait être fermée en 2014 »,

5.    “Эмиграция Из Кыргызстана Растет Быстрыми Темпами / L’émigration en Kirghizistan est en croissance rapide”, Eurasianet

6.    Lusik, Kirill, « Почему Атамбаев назвал Кыргызстан парламентско-президентской республикой? / Pourquoi Atambaïev a appelé le Kirghizstan comme une république parlementaire – présidentiel? »,

7.    Matusiak, Marek, « Anarchy in Kyrgyzstan / L’anarchie en Kirghizstan », Eastweek Analytical Newsletter, issue 15 (208).

Sources complémentaires :

1.    Sultanov, Asker, « Atambayev takes his office in Kyrgyzstan / Atambaïev prend ses fonctions au Kirghizistan »,

2.    Dzyubenko, Olga, “ The Kyrgyz president who wants to share power / Le Président Kirghize qui veut partager le pouvoir ”,

3.    Schenkkan, Nate,  « Kyrgyzstan Presidential Election raises fears of regional divide / Élection présidentielle au Kirghizistan fait craindre des fractures régionales »,

4.    Kupesheva, Janyl, « Almazbek Atambayev nazval Rossiu osnovnym partnerom Kyrgyzstana /  Almazbek Atambayev a nommé la Russie comme un partenaire principale du Kirghizstan »,

5.    Erkebayev, A., “Выдвижение более 80 кандидатов на пост президента вызывает обеспокоенность / La nomination de 80 candidats à la post de président soulève des préoccupations”,

6.    « Р. Отунбаева официально утверждена президентом переходного периода / Roza Otounbaïeva officiellement approuvée comme une Président de transition du Kirghizistan »,

7.    Mavlonii, Dilbegim, « Столкновение кыргызов и узбеков совпало с 20-летием Ферганских событий / Le collision entre des Kirghizes et des Ouzbeks ont coïncidé avec le 20e anniversaire des événements en Fergana », Radio Azattyk,

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