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La pollution de l’air, problème majeur des habitants de Bichkek

Les habitants de la capitale du Kirghizstan sont de plus en plus préoccupés de la qualité de leur air, parfois plus pollué que Pékin. Alors que l’hiver approche, les politiques kirghiz semblent démunis.

Comme chaque année à l’automne, les habitants de Bichkek remarquent avec plus d’acuité la faible qualité de l’air. Ces dernières années, la pollution de l´air de la capitale du Kirghizstan est devenue un sujet de plus en plus important pour ses habitants, de plus en plus touchés par ses conséquences. Un premier effet a été l’émergence de débats polémiques sur les responsables de cette pollution. Certains affirment que c’est à cause de la construction d’immeubles d´appartements dans des endroits peu conformes écologiquement. D’autres pointent l´impact écologique de l´industrie et la contribution négative des gaz émis par les voitures à Bichkek.

La pollution de l´air devient un défi pour la capitale kirghize, responsable de près de la moitié de la pollution de l’air du pays. D’après le Comité statistique du Kirghizistan, Bichkek représente 46,6% de la pollution du pays. En janvier dernier, des ingénieurs écologistes kirghiz ont mesuré la qualité de l´air de Bichkek. Selon eux, l’air de la capitale kirghize est plus pollué qu’à Pékin. Plus précisément, la teneur mensuelle moyenne en dioxyde d’azote dépasse la concentration maximale admissible fixée par le règlement du gouvernement kirghiz de 2,2 fois, le formaldéhyde de 3,6 et l’oxyde d’azote de 1,8 fois. C´est un véritable défi écologique, qui devient de plus en plus tangible pour les habitants de Bichkek chaque hiver et début de printemps.

Un boom de la construction

Cette mauvaise qualité de l’air kirghiz s’explique par plusieurs facteurs. En premier lieu, les appartements « d’élite », des appartements post-soviétiques avec un style imitant celui occidental, dont les constructions ont explosé à Bichkek après 2010. De 485 nouveaux appartements et maisons construits entre janvier et septembre 2017, on en comptait  622 en 2018, selon le comité statistique du Kirghizistan.

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La construction de ces immeubles n’est pas anodine, compte tenu de la géographie de la ville. De fait, Bichkek est située dans une zone creuse, doublée d’une ventilation naturelle de l’air très insuffisante due à la présence de montagnes proches. Dans ce contexte, les constructions en masse d’immeubles d’appartements à plusieurs étages dans la ville perturbent la ventilation naturelle de la ville. Plus largement, la construction des maisons à Bichkek était à peine conforme aux règles d´aération des rues, due à la position de la ville dans un creux.

Émergences non-contrôlées de nouveaux quartiers

En parallèle de ces constructions d’immeubles, Bichkek grandit chaque année et des nouveaux quartiers se développent. Avec le flux de migrants internes, les environs de Bichkek se sont dotés de zones résidentielles appelées «Novostroïka». Il s’agit de villages illégaux qui se sont formés en partie à la suite de l’appropriation de terrains vacants à la périphérie de la ville après 2010.

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Problème : ces nouveaux quartiers consomment principalement du charbon pour se chauffer et pour alimenter les « banya», le sauna russe, utilisés pour se laver. Une consommation importante expliquée par l´interdiction depuis 2000 de l´alimentation électrique de forte puissance, dite triphasée, pour le chauffage des ménages. Une décision prise après la pénurie d’électricité en hiver au Kirghizstan, qui persiste régulièrement malgré cette interdiction. Comme il n’y a pas de filtres sur les cheminées ou les poêles dans les ménages, l’émission de produits dangereux a un impact énorme sur la qualité de l’air de la ville.

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Auparavant, des écologistes de l´Inspection nationale de la sécurité environnementale avaient déjà vérifié la composition de l’air dans les zones résidentielles de Bichkek, notamment à Bakai-Ata et à Kara-Zhygach, des Novostroïkas dans le sud-est de la capitale. Ils ont constaté que la composition de dioxyde d’azote dans l’air était de 1,1 à 1,3 fois plus que le niveau permis.

Les arbres coupés

Une autre cause de la mauvaise qualité de l’air est la baisse du nombre d’arbres à Bichkek. De fait, l´infrastructure de la ville change aussi par l´agrandissement de rues, verticalement et horizontalement. Les arbres qui hydratent l´air de Bichkek sont normalement autour de rues et dans les parcs. « Bichkek n’est plus une ville verte, mais une ville de la construction », déplorait en 2016 à Rg.ru Beychakan Sultanova, responsable du laboratoire de flore de l’Institut de biologie et du sol de l´Académie nationale du Kirghizstan. Ainsi, la construction tous azimuts impacte principalement les arbres, les fleurs, les arbustes et les pelouses, c’est-à-dire les assainisseurs d’air principaux de la ville.

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Les arbres sont coupés pour agrandir les rues et répondre à l’augmentation du nombre de voitures dans la capitale. Malgré des efforts de société civile sur la protection du climat à Bichkek, les rues deviennent plus grandes, avec moins d´arbres autour d´elles. Suite à cette politique, les habitants de Bichkek ont donné le nom de drovosek («bûcheron» en français), à l’ex-maire Albek Ibraïmov (février 2016-juillet 2018), aujourd’hui soupçonné de corruption, connu pour sa politique d’agrandissement des rues et de coupes des arbres.

Le nombre de voitures en circulation explose

Dans le détail, l’un des grands défis de la pollution aérienne reste la pollution par les gaz d’échappement émis par les voitures à Bichkek. A l’origine, les routes de Bichkek étaient conçues pour environ 45 000 voitures par jour. Aujourd’hui, elles sont 10 fois plus à circuler. En 2015, 460 000 voitures étaient immatriculées à Bichkek, dont 30 000 à 40 000 « marchroutkas », des véhicules de transports en commun répandus au Kirghizstan qui ont un impact significatif sur l’air.

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Cette explosion du nombre de voitures a un impact sur l´émission de gaz toxiques. Selon l’Agence nationale pour la protection de l’environnement et la foresterie, les émissions annuelles totales de polluants dans l’atmosphère à Bichkek s’élèvent à 240 000 tonnes par an, dont 180 000 proviennent de véhicules à moteur.

Ce chiffre s’explique en partie par le fait que la plupart de voitures sont d’occasion, avec un âge souvent très avancé. Les émissions de gaz néfastes par les voitures sont dangereuses pour la santé des habitants, du fait que les voitures sont très proches. Les gaz éjectés par les voitures ne dépassent pas deux mètres, à hauteur de respiration des êtres humains. Au début de l’année 2018, des réunions sur les problèmes de l’air polluée de Bichkek sous la houlette du Premier ministre d’alors, Sapar Issakov, ont été organisées. Mais les solutions plus pratiques pour Bichkek n’ont pas encore été trouvées par le nouveau gouvernement de Moukhammetkaly Abylgaziev.

Une concentration industrielle nocive

Au-delà du logement et des habitants, d’autres facteurs expliquent la pollution à Bichkek. Parmi eux, on trouve la construction civile et l’industrie, qui fonctionnent en grande partie au charbon à Bichkek et ses alentours.

Comme la capitale kirghize reste le centre économique et industriel du pays, un grand nombre d’industries locales, grosses consommatrices de charbon, s’y concentrent. D’après le Comité statistique du Kirghizstan, le niveau de dioxyde de nitrate est plus élevé que les normes admissibles dans les « zones industrielles » de Bichkek, sans préciser l’état des normes. Selon le Service météorologique du Kirghizstan, la teneur en dioxyde d’azote a dépassé la concentration maximale autorisée en 2016 et a progressé de 49% par rapport à 2012.

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Les émissions combinées des centrales thermiques de Bichkek, en particulier en hiver pendant la période de chauffage, constituent un autre facteur de pollution atmosphérique. Le chauffage de la plupart de bâtiments publics, des écoles, des universités, des hôpitaux ainsi que des appartements à Bichkek sont normalement liés à la Centrale thermique centrale de Bichkek, qui utilise du charbon pour fournir de la chaleur et de l’eau chaude.

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Les politiques kirghiz timides sur la question

Après des discussions assez régulières sur la qualité de l’air et en prévision de l’hiver, le gouvernement kirghiz a commencé à s’intéresser à la pollution atmosphérique à Bichkek. En janvier dernier, alors qu’un scandale national touchait le gouvernement après l’arrêt du chauffage central de Bichkek, le Premier ministre Sapar Issakov a notamment chargé Aibek Kaliyev, directeur de la société de portefeuille énergétique national du Kirghizstan, licencié depuis, de réduire les émissions de cendres et de particules de la centrale de cogénération et thermique dans l’atmosphère.

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Pour l’instant, il n’y a qu’un projet timide mené par le gouvernement contre la pollution de l’air. En octobre dernier, Kirghizhydromet, l’institut météorologique du Kirghizstan, a acheté deux instruments de mesure du niveau de pollution de l’air à Bichkek.

Une nouvelle répartition des habitants

Comme chaque hiver et le début du printemps la pollution de l´air ambiant est élevée, les médias kirghiz discutent largement de l´augmentation du niveau de dioxyde de carbone dans l’air de Bichkek. L’agence de presse Akipress, l’une des plus actives au Kirghizstan notamment sur Internet, a traité de la pollution de l’air 25 fois en janvier dernier, contre un seul article en juin.

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Cependant, l’impact de la pollution de l’air devient de plus en plus lourd sur la santé des habitants, comme en témoigne l’augmentation du nombre de maladies respiratoires à Bichkek. De fait, d’après une étude réalisée par des ingénieurs et des pneumologues kirghiz, les maladies respiratoires ont connu une recrudescence ces dernières dizaines d’années dans la capitale, sans que cette tendance soit observable dans les autres régions du pays.

En réaction à ces facteurs,  les habitants de Bichkek commencent d’ores et déjà à habiter dans le sud de Bichkek, près des montagnes, où l’air est moins pollué. Mais encore faut-il en avoir les moyens. De fait, la pollution de l’air est un problème nouveau surtout pour les classes sociales aisées, qui préfèrent vivre dans les quartiers moins pollués. Ce qui pose une autre question de ségrégation écologique et sociale de la société entre des banlieues plus polluées où habitent les pauvres et les banlieues dans le nord de la capitale, où la classe aisée habite.

Gulnara Anapiiaeva
Co-fondatrice de Novastan

Relu par Etienne Combier

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L’air de Bichkek est pollué à cause de plusieurs facteurs, notamment l’explosion du nombre de voitures.
Alex J. Butler
Les arbres au Kirghizstan sont recouverts d’une peinture blanche à leur base, officiellement pour lutter contre les parasites.
greys
Le chauffage de la ville de Bichkek, collectif, est assuré par cette usine, 4 mois de l’année.
Living Asia
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