Le drapeau chinois et le drapeau du Kirghizstan

La situation au Xinjiang « n’est pas l’affaire du Kirghizstan » pour l’ambassadeur chinois à Bichkek

Selon l’ambassadeur chinois au Kirghizstan, les camps au Xinjiang sont nécessaires et ne sont pas l’affaire du pays. Les manifestations antichinoises des derniers mois au Kirghizstan ne visent qu’à saper les relations avec la Chine, ce qui selon lui est impossible du fait des bonnes relations qu’entretiennent les présidents des deux pays.

L’ambassadeur de la République populaire de Chine en République kirghize, Xiao Tsinghua, a fermement déclaré lors d’une conférence de presse à Bichkek le 8 février dernier que la situation dans la région autonome du Xinjiang est une affaire interne de la Chine.

Cette région du nord-ouest du pays est le lieu d’une répression farouche contre les Ouïghours, une minorité turcophone et musulmane majoritaire dans cette région. Les Ouïghours ainsi que d’autres minorités turcophones sont victimes depuis 2016 de lois sécuritaires particulièrement drastiques, allant même jusqu’à la constitution de camps de concentration depuis 2017.

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Pour Pékin, ces camps sont des « camps de rééducation » pour « lutter contre le terrorisme islamiste ». Pour d’autres, il s’agit d’un génocide culturel.

Une première réaction officielle

Le diplomate chinois a réagi officiellement pour la première fois aux manifestations récurrentes contre la politique chinoise au Kirghizstan, mais aussi et surtout contre les répressions des minorités turcophones dans la région autonome ouïgoure.

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La dernière manifestation en date, le 17 janvier dernier, avait rassemblé quelque 500 personnes sur la place centrale de Bichkek, la capitale kirghize. Suite à cette manifestation, 21 personnes ont été arrêtées, mais n’ont écopé que d’une amende d’environ 45 dollars.

La Chine mal comprise par les Kirghiz ?

Selon le diplomate chinois, lors des manifestations antichinoises, la politique chinoise au Kirghizstan a été interprétée de manière erronée. « Les projets, les prêts de la Chine et le nombre de citoyens chinois établis au Kirghizstan ont suscité beaucoup d’attention. J’ai suivi la façon dont les journaux en République kirghize parlent de l’expansion de la Chine. Il y avait des mots sur un piège de la dette. J’ai lu des slogans et des appels entendus lors de rassemblements. À la lumière de ces événements, je voulais dire quelque chose pour faire comprendre la Chine au peuple kirghiz. Faire comprendre au Kirghizstan l’amitié entre la Chine et la République Kirghize », a déclaré Xiao Tsinghua.

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Selon le diplomate chinois, les rassemblements antichinois au Kirghizstan ont pour objectif de saper les relations entre les deux pays. Pour autant, il n’a pas précisé s’il y voyait une intervention étrangère.

Cette ingérence étrangère est une version abordée par une partie des autorités kirghizes. Selon Asylbek Kojobekov, vice-directeur du Comité de la sécurité nationale (GKNB), les rassemblements antichinois montent en puissance dans tous les pays de l’ex-Union Soviétique, Kirghizstan inclus. Pour autant, selon ce représentant du GKNB cité par le journal kirghiz, Vetcherni Bichkek, « il y a certaines forces qui poussent cette question, mais il n’y a aucune évidence sur l’intervention de forces externes ».

Des camps « nécessaires pour la stabilité »

« Le fait que ces militants se soient exprimés lors de rassemblements n’est pas crédible. Nous devons croire la position officielle du gouvernement chinois. Il n’y a pas de camps de rééducation politique. Oui, nous avons créé une institution de formation pédagogique. C’est nécessaire pour la stabilité. Ceci est le plus important. Personne ne les retient là-bas », a expliqué Xiao Tsinghua.

Selon d’autres sources indépendantes, ce sont au moins un million de personnes qui sont internées contre leur gré au Xinjiang. On compte également de nombreuses disparitions inexpliquées, notamment parmi l’intelligentsia ouïghoure.

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Xiao Tsinghua a ajouté que ces « établissements d’enseignement » sont nécessaires pour prendre des mesures préventives dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme.

Les Kirghiz dans les camps « sont des citoyens chinois »

Dans le détail, l’ambassadeur chinois a souligné qu’il existe des Kirghiz ethniques dans la région autonome ouïgoure de Chine, mais qu’ils ne sont pas citoyens du Kirghizstan. « Lors des manifestations ici (à Bichkek, ndlr), les gens pensent que les Kirghiz qui vivent là-bas (au Xinjiang, ndlr) sont des compatriotes. Mais ce sont des citoyens chinois », a-t-il affirmé. Une affirmation qui joue sur la distinction entre citoyenneté et nationalité, encore très importante dans les anciens pays soviétiques. Si la citoyenneté équivaut à des droits politiques (vote, santé etc…), la nationalité fait référence à l’ethnie et a tendance à définir plus directement l’identité de la personne. Les manifestants kirghiz à Bichkek faisaient ainsi probablement référence à la nationalité kirghize des personnes emprisonnées, pourtant citoyens chinois.

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Ce qui n’empêche pas nécessairement Pékin d’agir. Au Kazakhstan voisin, grâce aux négociations de l’Etat kazakh avec la Chine, quelque 2000 citoyens chinois ethniquement kazakhs ont été autorisé à migrer au Kazakhstan, suite aux polémiques et manifestations contre le sort qui leur était réservé dans les camps dans la région ouïghoure.

En guise de conclusion, l’ambassadeur chinois s’en est remis au président kirghiz Sooronbaï Jeenbekov pour conserver de bonnes relations. « Nous apprécions hautement la déclaration et ce qu’il a dit récemment », a appuyé Xiao Tsinghua. Le président kirghiz a effectivement condamné les manifestations antichinoises début janvier, expliquant que ces manifestations n’ébranleront pas les bonnes relations avec la Chine, qui, comme il le rappelle, donne de nombreux crédits et dons à la République kirghize.

La rédaction

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