Kirghizstan Almazbek Atambaïev Procès Arrestation Meurtre Politique

L’ancien président kirghiz Almazbek Atambaïev condamné à 11 ans de prison

Ce mardi 23 juin, Almazbek Atambaïev a été condamné à 11 ans et 2 mois de prison pour corruption, ainsi qu’à la confiscation de certains de ses biens. L’ancien président et plusieurs autres coaccusés étaient jugés dans l’affaire de la libération illégale d’un chef mafieux, en 2013. Arrêté en août 2019 lors d’une opération des forces de sécurité, Almazbek Atambaïev est également inculpé pour meurtre dans une autre affaire.

Fin de partie pour Almazbek Atambaïev ? Ce mardi 23 juin, un tribunal de Bichkek a condamné l’ancien président kirghiz, au pouvoir de 2011 à 2017, à 11 ans et 2 mois de prison. Selon l’agence de presse kirghize AKIpress, ce dernier, jugé dans l’affaire de la libération illégale du chef mafieux Aziz Batoukaïev, a été reconnu coupable de corruption en vertu de l’article 319 du code pénal kirghiz. Toutefois, l’addition aurait pu être plus salée : le 17 juin dernier, le procureur avait requis 15 ans de prison à l’encontre de l’ex-président, comme l’a rapporté Radio Azattyk, la branche kirghize du média américain Radio Free Europe.

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La cour a également décidé de déchoir Almazbek Atambaïev de ses titres honorifiques et décorations officielles, ainsi que de confisquer une partie de ses biens. D’après la liste publiée par AKIpress, cinq voitures, dix terrains, des entreprises, des comptes bancaires et plusieurs bâtiments vont être saisis par la justice. Néanmoins, cette décision n’est pas finale : l’ancien président, qui n’était pas présent à l’énoncé du verdict, officiellement pour des raisons de santé, peut encore faire appel.

Deux autres coaccusés condamnés

Dans la même affaire, deux autres anciens hauts responsables ont également été condamnés. Ainsi, l’ancienne procureure générale Indira Joldoubaïeva, reconnue coupable d’abus de pouvoir, devra payer une amende de 5 millions de soms (environ 58 900 euros) et a aussi été déchue de tous ses titres honorifiques. Son avocate a immédiatement annoncé son intention de faire appel. « Nous pensons que la condamnation d’Indira Joldoubaïeva est illégale et non fondée. Ma cliente a été reconnue coupable d’abus de pouvoir. Cependant, elle ne possédait aucune fonction administrative pour abuser de quelque chose. Elle n’a pu donner aucun ordre au juge », a-t-elle déclaré, selon des propos relayés par le média kirghiz 24.kg.

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En outre, Kalybek Kachkynaliev, un ancien conseiller du président de l’administration pénitentiaire, a été condamné à deux ans de prison ferme. Il a toutefois été libéré, puisqu’il a déjà purgé sa peine. En revanche, l’ancien médecin Abdoukhalim Raïmjanov, accusé d’avoir contribué à produire le faux certificat médical ayant servi à la libération frauduleuse d’Aziz Batoukaïev, n’a pas été condamné, les faits étant désormais prescrits.

Une affaire qui remonte à 2013

Les faits reprochés à Almazbek Atambaïev, âgé de 63 ans, et à ses coaccusés remontent à plusieurs années, alors que ce dernier était au pouvoir. En effet, en avril 2013, le chef mafieux Aziz Batoukaïev avait été soudainement libéré de la prison de Naryn, dans le centre du pays, avant de s’envoler pour la Tchétchénie. L’homme, d’origine tchétchène, y était incarcéré depuis 2006, date à laquelle il avait été condamné à 16 ans d’emprisonnement pour son implication dans le meurtre de quatre personnes, dont un parlementaire kirghiz. Aziz Batoukaïev avait été libéré après qu’un certificat médical avait affirmé qu’il était atteint d’un cancer en phase terminale.

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Comme l’a rapporté Radio Free Europe, une commission d’enquête du parlement kirghiz s’était, dès le mois de mai 2013, aperçue que le certificat médical était un faux et que la libération d’Aziz Batoukaïev était illégale. Après l’élection de Sooronbaï Jeenbekov à la présidence, la justice s’est progressivement intéressée au rôle joué par l’ancien chef de l’État dans cette libération. Initialement convoqué comme simple témoin dans cette affaire, il avait, en juillet 2019, refusé d’obtempérer et accusé le président Sooronbaï Jeenbekov d’orchestrer cette affaire pour l’écarter. « Pourquoi devrais-je me rendre au ministère de l’Intérieur ? Je ne prendrai aucun papier entre mes mains. Je ne les lirai même pas. Vous ne pouvez pas violer la loi si effrontément », avait-il alors déclaré, selon des propos rapportés par 24.kg.

Une arrestation rocambolesque en août 2019

Las, l’ancien président, qui n’a cessé de proclamer son innocence, a été rattrapé par la justice. Après que ce dernier a refusé d’obéir à trois assignations à comparaître au ministère de l’Intérieur, les forces spéciales ont finalement lancé un spectaculaire assaut contre sa résidence de Koï-Tach, le 7 août 2019. Toutefois, les forces de sécurité ont rencontré une vive résistance de la part d’Almazbek Atambaïev et de ses partisans, au point d’être repoussées une première fois. Le 8 août, un nouvel assaut a donc été donné, conduisant à l’arrestation de l’ancien président.

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Au cours de la première tentative, un colonel des forces de sécurité a été mortellement blessé à l’intérieur de la résidence. Depuis, la justice accuse Almazbek Atambaïev d’être l’auteur des tirs, lui-même ayant reconnu s’être servi d’un fusil de précision. Le 13 décembre 2019, le ministre de l’Intérieur kirghiz, Kachkar Jounouchaliev, a ainsi annoncé que l’ancien président était officiellement inculpé pour « meurtre d’un officier de sécurité ». Dans cette autre affaire, le procès de l’ex-président et de 13 de ses coaccusés a débuté le 23 mars, à Bichkek. Ce dernier refuse de comparaître, arguant de problèmes de santé, et les audiences ont été plusieurs fois repoussées.

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En 2017, Almazbek Atambaïev était devenu le premier président du Kirghizstan indépendant à orchestrer une transition pacifique à la tête de l’État. Il avait pourtant tenté de contourner la constitution kirghize, qui n’autorise qu’un seul mandat présidentiel, avant de se raviser et d’adouber son successeur, Sooronbaï Jeenbekov. Leurs relations se sont néanmoins rapidement dégradées, les deux hommes s’engageant dans une lutte à couteux tirés pour le pouvoir. Ce 23 juin, Sooronbaï Jeenbekov semble avoir, au moins temporairement, remporté la lutte : son adversaire politique est devenu le premier président à être arrêté, jugé, puis condamné sur le territoire kirghiz.

Quentin Couvreur
Rédacteur pour Novastan

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Ce 23 juin, l’ancien président kirghiz Almazbek Atambaïev a été reconnu coupable de corruption, et condamné à plus de 11 ans d’emprisonnement (illustration).
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