Gour Emir Mausolée Tamerlon Samarcande Ouzbékistan

L’Asie centrale vue par les voyageurs européens

L’Asie centrale a toujours fasciné les voyageurs, qui ont été nombreux au cours de l’histoire à vouloir découvrir ce cœur de la Route de la Soie. Retour sur les parcours d’éminents voyageurs européens à travers l’histoire.

Lorsque l’on pense à un grand voyageur européen, l’un des premiers noms qui vient est Marco Polo. Malheureusement, il faut distinguer le vrai du faux : il n’est jamais allé en Inde, en Indonésie ou en Afrique. Certains spécialistes doutent qu’il se soit rendu jusqu’en Chine. Des études plus récentes montrent qu’il était bel et bien présent à la cour de Kubilai Khan à Pékin au XIIIème siècle, mais qu’il n’y a eu aucun rôle notable.

Marco Polo raconte un voyage qui passe par l’Afghanistan et l’actuel Xinjiang chinois. Il parle ainsi d’une plaine désertique dans le Pamir et fait une brève référence à la ville de Samarcande, peuplée dix fois plus par des Musulmans que par des Chrétiens. Le voyageur oppose souvent la présence de communautés chrétiennes et musulmanes.

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Marco Polo désigne la région entre Kachgar et Qiemo comme « Grande Turquie ». Il décrit la région comme entièrement musulmane. Son voyage l’emmènera au sud du désert du Taklamakan avant de rejoindre le territoire de Hami (actuel nord-est du Xinjiang), également appelé Ouïghouristan. On peut imaginer que les Ouïghours vivaient principalement dans cette région et que d’autres populations se trouvaient au sud du Xinjiang. Marco Polo trouve chez les Ouighours « quelques sarrazins » et des chrétiens nestoriens, une branche du christianisme très développée chez les peuples turco-mongols.

Un prêtre chez Tamerlan

Mis à part Marco Polo, un prêtre dominicain a décrit l’Empire timouride pour les autorités de l’Europe catholique en 1403, mais il est difficile d’identifier exactement qui était vraiment l’auteur. Il serait un missionnaire du nord-ouest de l’Iran actuel et aurait eu pour but d’ouvrir des relations commerciales entre les deux puissances.

Dans ce texte, les Turcs et les Tartares sont clairement différenciés, les premiers faisant référence aux Ottomans, les seconds aux Turco-Mongols timourides. Les deux empires sortent d’une guerre qui a vu la victoire de Tamerlan. Néanmoins, les deux populations restent très proches et l’auteur décrit les Tartares en les comparant aux Turcs. Les Tartares sont tous « de la secte des sarrazins » : on peut donc penser que l’islamisation des turco-mongols est achevée au début du XVème siècle.

Tamerlan Samarcande

Tamerlan faisait respecter une justice stricte avec des sanctions particulièrement violentes pour ceux qui y contrevenaient. Il était généreux envers les personnes âgées, les pauvres et les étrangers. Tamerlan affirmait parler avec un ange qui lui donnait son savoir, mais aussi la mission de conquérir le monde qu’il ne mènera jamais à son terme. Il mourra en 1405.

Le faux derviche

Autre explorateur : Arminius Vambery. D’origine hongroise, il fait partie de ceux qui pensent que les langues magyares sont de la famille des langues turques. Parfaitement turcophone et turcophile, il se rend en Asie centrale en 1863, zone interdite aux Européens en ce temps, déguisé en derviche ottoman de la confrérie Naqshbandiyya.

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Une étape de son voyage l’emmène de Khiva à Boukhara, toutes deux dans l’Ouzbékistan actuel. Les deux villes rivalent dépendent de deux khanats éponymes différents. À Khiva se trouvent de nombreux mausolées et les femmes marchent dans la rue et parlent aux hommes. La ville est peuplée d’Ouzbeks et de Turkmènes. Les premiers sont citadins, les seconds sont vus comme nomades, pillards, difficilement soumis à l’autorité du khan qui les réprime violemment. Entre Khiva et Boukhara se trouve le désert d’Akkamish, peuplé de Kirghiz. Le persan est la langue parlée à Boukhara dans un dialecte différent de celui de Perse.

Le trajet entre Khiva et Boukhara suit le cours de l’Amou Darya. Il y a également un passage par un désert non-nommé, probablement le Kyzylkoum. Plusieurs personnes meurent de soif pendant cette traversée. En chemin, l’auteur trouve des derviches « à l’état de squelette » à cause de l’utilisation d’une drogue, le bhang. Ces religieux la consomment pour atteindre un autre niveau de spiritualité, mais l’auteur en décrit avant tout les effets négatifs sur l’homme.

Boukhara est une très jolie ville, mais son bazar serait bien moins beau que ceux de Téhéran, Ispahan ou Tabriz. Cependant, toutes sortes de costumes s’y vendent, à tel point que Vambery l’appelle « le Paris de l’Asie centrale » : les populations nomades kirghizes, kalmoukes ou kiptchakes quittent « leur désert » et viennent y renouveler leur garde-robe. Un commerce de thé est également présent, tenu par des Chinois musulmans, sans qu’il ne soit clair s’il s’agit de Ouïghours (Turcophones musulmans de Chine) ou de Hui (Chinois Hans musulmans).

Des Russes et des Français à Samarcande

Lorsqu’en 1900, deux jeunes médecins français, Durrieux et Fauvelle se rendent à Samarcande, l’Asie centrale a bien changé depuis le voyage de Vambery. Elle est désormais « pacifiée » sous le contrôle des Russes. L’époque de Tamerlan est loin : la ville est séparée entre ville indigène et ville russe où se trouve une gare. Elle est donc facile d’accès et ne présente plus de dangers pour les Européens.

Les Sartes, habitants de la ville, sont décrits sous l’image de l’oriental mystérieux et calme, à l’inverse des Turkmènes perçus comme pouvant être brutaux. Pour les auteurs, Samarcande est démographiquement plus turque qu’iranienne, contrairement à Boukhara. D’autres communautés sont présentes : Persans, Arabes, Afghans, Tatares et Nogaïs (confédération turque présente surtout dans la région de la Volga), ces derniers servant d’intermédiaire entre la ville et les autorités russes.

Les bâtiments phares de la ville sont présentés, notamment la place du Registan. Les auteurs décrivent aussi l’influence des derviches et de la confrérie soufie de la Naqshbandiyya (Vambery est d’ailleurs cité). Les derviches fument l’opium et boivent de l’alcool. Le commerce en ville est impressionnant, tout comme  la robustesse des chevaux et des ânes capables de faire le trajet aller et retour à la Mecque.

Jusqu’à aujourd’hui…

Aujourd’hui encore, de nombreux voyageurs se rendent en Asie centrale. À l’image de Sylvain Tesson et Priscilla Telmon qui racontent leur parcours des Tian Shan jusqu’à la mer d’Aral, trajet qu’ils font à cheval afin de vivre comme les nomades. Outre les steppes, ils passent également par des centres historiques, Och, Kokand, Samarcande, Boukhara, Khiva…

Gaz et pétrole à Boukhara

La période soviétique a bien évidemment bouleversé les modes de vie, les nomades sont peu nombreux et les voyageurs français à cheval attirent la curiosité, voire la suspicion des habitants. Ceux-ci sont beaucoup plus ouverts sur le monde de par la mondialisation. Pour ne prendre qu’une anecdote, un Ouzbek rencontré connaît chaque joueur de l’équipe de France de football. L’Asie centrale vit les lourdeurs administratives et la corruption. La vodka est un élément qui revient à répétition.

Le voyage de Sylvain Tesson et Priscilla Telmon a la particularité de se dérouler juste après la période soviétique et avant le 11 septembre 2001, ce qui est une période particulière. En effet, les pays ont pris leur indépendance et commencent donc à construire leurs identités nouvelles. La transition économique touche à sa fin, et la situation sécuritaire a grandement changé après l’intervention américaine en Afghanistan. Aujourd’hui l’Asie centrale présente encore un nouveau visage, et chaque lecteur peut désormais le découvrir par soi même.

Thomas Ciboulet

Le Gour Emir, mausolée de Tamerlan, à Samarcande en Ouzbékistan
Jean-Pierre Dalbéra
La statue de Tamerlan, ou Timur pour les Ouzbeks, trône au milieu de la circulation dense de Samarcande.
Etienne Combier
Entrée de la compagnie d’exploitation du pétrole et du gaz à Boukhara en Ouzbékistan
Sludge G,
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Commentaires
  • Bonjour.
    On ne saurait citer tout le monde mais deux personnes éminentes me semblent manquer à l’appel qui méritaient d’être citées ici
    La grande exploratrice suisse Ella Maillart, tout d’abord, qui voyagea à plusieurs reprises en Russie , en Asie et passa par ce qui devint l’Ouzbékistan, le géologue-explorateur Joseph Martin, célèbre chez les Russes en son temps, mort d’épuisement et sans doute de la malaria lors d’un de ses voyages, enterré à Ferghana.

    27 juin 2017

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