Drogue, afghanistan, asie centrale

Le Kirghizstan dans la lutte contre le trafic de drogue

L'usage de drogue est destructeur pour la population : le nombre d’héroïnomanes en Asie centrale est estimé à 282 000 personnes. La présence de narcotrafiquants favorise par ailleurs l'insécurité et instabilité des États. Depuis 2003, afin de soutenir la lutte contre le trafic de drogue dans la région, l'Union européenne et les Nations unies réalisent ensemble un programme de prévention.

Selon les données du Service fédéral russe de contrôle de drogue, publiée sur le site Rg.ru : « Au cours des dix dernières années, la production de drogue en Afghanistan a été multipliée par 40. Chaque année en Afghanistan, l’équivalent de 150 milliards de doses individuelles d’héroïne sont produites, ce qui représente 20 fois plus que la population mondiale ». Ensuite, la plupart de ces substances sont envoyées sur le marché russe.

Le Kirghizstan est situé sur la "Route du Nord", par laquelle transitent les narcotiques originaires de l’Afghanistan et du Pakistan, passant par les cinq pays d’Asie centrale. Une fois arrivées au Kirghizstan – pays de transit – les substances narcotiques se dirigent vers les marchés russe et européen. Sur le territoire du Kirghizstan, certaines espèces végétales poussent naturellement et servent pour la fabrication ultérieure des stupéfiants. Selon les données du Programme d'Action contre les Drogues en Asie centrale,  « les plus courantes sont le cannabis et l'éphédra, qui sont cultivées dans plusieurs régions du nord-est pays (Issyk-Koul, Naryn ou Talas). Les données de l'étude par l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (UNODC) menée en 2006 ont révélé que la quantité de consommateurs de drogues kirghizes, pour l'essentiel des héroïnomanes, était estimée à 26 000 personnes, dont 25 000 par injection. »

L'usage de drogues peut conduire à la contamination par des maladies comme le SIDA et l'hépatite. De plus, la présence de narcotrafiquants favorise la formation de groupes armés, l'augmentation des crimes, et peut donc mener à une certaine instabilité de l’État. À travers tous les pays d'Asie centrale – Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan et Kirghizstan – passent des drogues, des armes, des membres de groupes armés. Pour prévenir leur propagation et faire face à ce problème, il est nécessaire de trouver des solutions communes aux cinq pays.

Le progrès principalement au Kirghizstan

Considérant l’importance et l’actualité de ce problème pour les pays d'Asie centrale, en particulier le Kirghizstan, une partie des bailleurs de fonds, tels que l'Union européenne (UE), ont décidé d'aider la République. Pour cela l’UE a élaboré le Central Asia Drug Action Programme (CADAP), dont l'objectif principal consiste à empêcher la diffusion des drogues dans la région.

trafic de drogue en Asie centrale, Isabella Damiani, carteLe programme de prévention de la propagation des drogues en Asie centrale a été lancé en 2003 avec le soutien financier de l'Union européenne. Il est mis en œuvre par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Selon le site du CADAP« il vise à développer des stratégies pour enrayer la diffusion des drogues, et mettre la responsabilité pénale liée à la toxicomanie en conformité avec les normes et les stratégies internationales. L'objectif du CADAP est d'apporter aux pays d'Asie centrale une expertise technique, légale et politique et une meilleure connaissance des normes européennes et internationales en matière de lutte contre le trafic de drogues.» 

Ce programme est important non seulement pour l'Asie centrale, mais aussi pour l'UE, car il est essentiel de supporter la stabilité dans la région et également de prévenir la propagation des drogues et des armes sur le territoire de l'UE. Le programme se concentre notamment sur une aide juridique dans le domaine de la régulation des drogues en Asie centrale, la fourniture de traitements modernes pour les patients, et sur la sensibilisation auprès des populations.

Le programme est entré dans la cinquième étape de son développement (« CADAP 5 ») et est en voie d'achèvement. Ses objectifs sont « d'encourager les gouvernements d'Asie centrale à s'engager dans des stratégies durables dans le domaine de la toxicomanie et de mettre les systèmes actuels de poursuites pénales des toxicomanes en accord avec les stratégies et les normes internationales»,  informe le site du CADAP.

L'expert polonais Paweł Moczydłowski a exprimé son opinion sur le programme CADAP: « Par rapport à la situation dans le passé, je vois certains progrès dans les cinq pays, mais surtout au Kirghizistan. Les choses bougent plus lentement dans les autres pays. Avec le soutien de l'Union européenne, le Turkménistan n'a pas seulement le plus grand nombre d'unités de traitement dans son système pénitentiaire ; il est aussi le seul pays qui participe au programme et qui a mis en place une zone propre qui fournit des logements séparés pour les détenus qui suivent un traitement, où on leur prodigue également des conseils et une aide à la réinsertion. De nouvelles installations sont prévues pour les prisons en Ouzbékistan et au Kazakhstan.»

Agir à la fois sur l'offre et sur la demande

Le programme CADAP est un succès pour une autre raison. En effet, d'après European Monitoring Center for Drugs and Drug Addiction, « le nombre estimé de consommateurs de drogues injectables au Kirghizistan, sur la base de l'enquête de surveillance comportementale biologique (bio-behavioural surveillance, BBS), était de 18 934 en 2010 et de 30 083en 2009», soit une baisse de 37% ».

Il semblerait que ce programme d’une durée de plus de dix ans soit voué à la réussite. Toutefois, malgré les résultats plutôt positifs qui ont été obtenus grâce à la mise en place du projet CADAP dans la République du Kirghizistan, des experts étrangers ont identifié que, pour la dernière année (2014) « plus de 70 tonnes de drogues ont transité à travers le pays. Selon le chef du Service d'Etat pour le contrôle des drogues de la République kirghize, ces chiffres seraient surestimés. », pour citer le site Tushtuk.

Selon les dernières données fournies par les représentants du Service national de la lutte contre les drogues du Kirghizstan pour 2013, 21 tonnes 994 kg de narcotiques auraient été saisies. Cela indique d’une part que le programme a donné de bons résultats: les normes internationales et l'expérience partagée par les organisateurs du projet CADAP ayant essentiellement amélioré le travail des organes compétents. Des améliorations sont cependant possibles. Ces données démontrent d’autre part que le Kirghizistan demeure un des principaux pays de transit pour le narcotrafic.

Depuis plus de dix ans, l’Union européenne a investi beaucoup d'efforts et de crédits pour lutter contre le trafic de drogue en Asie centrale. Le programme CADAP vise à enseigner aux autorités compétentes les normes internationales et européennes en matière de lutte contre le trafic de drogue. Le programme serait toutefois plus efficace en se concentrant sur une réduction de la demande de drogues au Kirghizistan et en Russie. Il serait également efficace d’inclure dans ce programme l'Afghanistan, pays fournisseur. Agir à la fois sur la demande dans les pays consommateurs et sur l’offre en Afghanistan permettrait d’obtenir un résultat beaucoup plus efficace que maintenant et les problèmes en Asie centrale concernant ce trafic pourraient ainsi se trouver amoindris. La principale interrogation demeure cependant de savoir quels pourraient être les instruments des pays d’Asie centrale – pays de transit par excellence – dans le but d’agir sur l’offre et/ou sur la demande de narcotiques. Dans un contexte régional changeant et complexe, où les intérêts de plusieurs puissances se rencontrent, la question demeure ouverte.

Anastassia Griadassova et Evguéniia Degtiareva

Relu par Sylvain Mahuzier et Pierre Falconnetti

 

Références :

1. "Les doses mortes", agence d'informations russe

2. Guliza Chudubaeva, « Les données des experts sur le volume de drogues que passe par KR sont faux », 

3. "L'Asie centrale, plaque tournante du trafic de drogue", Cairn.info

4. Central Asia Drug Action Problem CADAP, Kirghizstan.

5. European Monitoring Center for Drugs and Drug Addiction, Country Overview: Kyrgyzstan, Problem Drug Use

6. Bernd Kubisch, "Breaking Free of Addiction, In the Spotlight"

7. "Sur les mesures prises pour lutter contre le trafic illicite de stupéfiants, de substances psychotropes et de précurseurs", Service National de la Lutte contre les Drogues du Kirghizstan

8. Le programme sur la prévention de distribution des drogues en Asie Centrale, CADAP, Phase 5

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