Rita Karasartova Candidate Présidentielle Kirghizstan

Le Kirghizstan devient « totalitaire » selon Rita Karasartova, candidate à la présidentielle

Dans une interview pour Novastan, Rita Karasartova, militante des droits de l’Homme et candidate aux élections présidentielles, livre ses inquiétudes quant à la situation politique actuelle du Kirghizstan.

Directrice de l’Institut pour l’Analyse de la Société, structure chargée d’accompagner les parties civiles aux procès et de surveiller la mise en place de la réforme judiciaire promise par la nouvelle constitution de 2010, Rita Karasartova est la première femme à s’être déclarée candidate aux élections présidentielles d’octobre 2017 au Kirghizstan. Avec un budget serré qu’elle espère récolter par crowdfunding, la défenseure des droits de l’homme veut montrer que le Kirghizstan n’a pas besoin d’un président fort, ni riche, et dénonce l’empiétement du gouvernement actuel sur la société civile.  Interview.

Pour quelles raisons avez-vous décidé de vous porter candidate au poste présidentiel ?

Au Kirghizstan, nous gâchons énormément d’argent pour les élections. Et il existe un mythe selon lequel seuls les oligarques peuvent faire campagne. Beaucoup de jeunes ne tentent même pas leur chance parce qu’ils pensent qu’ils n’ont pas assez d’argent.

Je veux démontrer qu’on ne peut pas toujours acheter les votes. Le Kirghizstan est fatigué. Quand nos citoyens arrivent devant les urnes, ils demandent : « Pour qui puis-je voter ? Qui parmi eux est honnête ?  Pourquoi ce sont toujours les mêmes ? »

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Par ailleurs, la participation féminine n’est pas très importante, parce qu’on considère, dans notre société, que l’homme est chef et que la femme doit rester au foyer. Pourtant, dans l’histoire de notre pays, des femmes ont déjà dirigé le pays et le dirigeaient très bien. Nous voulons donc montrer que c’est possible.

Selon vous, vers quelle direction se dirige actuellement le Kirghizstan ?

Nous nous dirigeons d’une démocratie vers un totalitarisme. Tout le pouvoir se concentre entre les mains du président. Cela n’est pas écrit dans la constitution, mais le président a usurpé tous les organes juridiques et policiers, ainsi que le Comité national de Sécurité. Aujourd’hui, le président peut diriger n’importe quelle branche du gouvernement. Et ni le Parlement, ni les tribunaux ne sont prêts à dénoncer cette situation. Il n’y a aucun système de contrôle et de contrebalance. C’est pour cela que je dis que c’est un régime autoritaire.

Donc, d’après vous, la situation politique du Kirghizstan s’est empirée sous Almazbek Atambaïev ?

Oui. En 2010, suite à la révolution, le Kirghizstan a adopté une constitution plus démocratique, mais le gouvernement n’a pas eu le temps de la mettre en place.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans la politique actuelle du Kirghizstan ?

Je suis très préoccupée par le rôle du Parlement au Kirghizstan. Je voudrais qu’il se lève sur ses pieds et que nous devenions une République parlementaire, que nous affaiblissions le président. Mais nos politiciens font tout pour préserver ce régime présidentiel et nous continuons à vivre comme avant, dans un pays pas très démocratique.

Quels problèmes aimeriez-vous résoudre ?

Nos politiques disent tous qu’il nous faut un président fort, capable de prendre toutes les décisions. Je voudrais avant tout montrer que notre problème, c’est justement ce président fort, qui sait tout, qui peut tout. Je voudrais montrer qu’au contraire, s’il lègue le pouvoir au Parlement et aux autres institutions étatiques, s’il renonce à son emprise sur le système judiciaire, s’il donne plus de liberté au Premier ministre, alors notre pays commencera à se développer.

Estimez-vous que ces élections seront justes ?

L’opposition s’est déjà affaissée avec son principal candidat en prison (Omurbek Tekebayev, ndlr). Le gouvernement intimide les différents partis. Et nos jeunes candidats sont prêts à poursuivre la politique d’Almazbek Atambaïev. Pour moi, c’est ce qu’il y a de plus triste.

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Je doute très fortement que ces élections seront honnêtes. Du fait que le président soit si puissant, nos prétendants sont prêts à baisser la tête et à tout accepter pour arriver au pouvoir.

Que pensez-vous des récents procès contre la presse et contre les défenseurs des droits de l’Homme ?

Si les tribunaux prennent des décisions contraires à la loi, il faut que le nouveau gouvernement qui sera élu en octobre change cela.

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Aujourd’hui, nos tribunaux dépendent entièrement du cabinet présidentiel et ils sont très faibles.

Cette opposition du gouvernement à la liberté d’expression est nouvelle ?

Oui, et c’est très triste, parce que le Kirghizstan a une longue tradition orale. Nous n’avions rien d’écrit. Tout ce qui s’est transmis des parents aux enfants l’a été par l’art oral. Nous avons un dicton ici : ils peuvent nous couper la tête, mais jamais la langue. Et cette liberté d’expression ne date pas d’il y a 20 ans et de l’indépendance du Kirghizstan. C’est quelque chose qui remonte à très loin, quelque chose qui est dans notre sang. Nous ne pouvons pas nous taire, nous devons obligatoirement dire quelque chose. Donc oui, c’est très triste, car nous ne pouvons cesser d’être kirghiz.

Propos recueillis par Marion Biremon
Rédactrice en cheffe adjointe de Novastan

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Rita Karasartova, candidate à l’élection présidentielle d’octobre 2017 au Kirghizstan
Marion Biremon
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