Issyk-koul Hiver Kirghizstan

Le Kirghizstan et ses habitants à travers les images du photographe Elliott Verdier

Le photographe français s’est rendu plusieurs mois au Kirghizstan pour y réaliser un projet photographique. Il dépeint un pays pris entre mélancolie et espoir.

Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement par Knews. Elliott Verdier partage pour Novastan une photo par semaine, publiée chaque lundi.

En août dernier, de retour en France après quatre mois passés à sillonner le Kirghizstan, Elliott Verdier a partagé sa vision du pays en publiant une série de photographies. Comme le rapporte le pure-player Bird In Flight, le photographe est lauréat 2016 du prix de la fondation Marcel Bleustein Blanchet et finaliste de nombreux autres concours de photographie.

« J’aime aller dans des coins où les gens comme moi, issus de la classe moyenne parisienne, ne vont jamais ; rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontré autrement », explique-t-il. « Je veux parler d’un monde qui ne fait pas les grands titres, mais qui est concerné par d’importants problèmes de société. Je trouve de la beauté chez les personnes nostalgiques, mélancoliques et sensibles. »

Partir à la découverte du pays

C’est après un voyage à travers la Mongolie qu’Eliott Verdier commence à s’intéresser à l’Asie centrale.

Boris Vassilievitch Tchoumakov Elliott Verdier Balyktchi Kirghizstan

« Je me souviens avoir regardé une carte et m’être demandé ce qu’était le Kirghizstan. Et, honte à moi, je n’en avais pas la moindre idée ! J’ai commencé à me documenter et j’ai trouvé très peu d’informations. C’est comme ça qu’en juin 2016, j’ai décidé d’y aller un mois pour découvrir le pays par moi-même. J’ai commencé à travailler sur ce projet en octobre 2016 et je l’ai terminé en février 2017 », précise-t-il.

Un système touché par la corruption

Le photographe raconte avoir été arrêté par les forces de l’ordre au Kirghizstan. Il considère que la corruption est une chose banale dans le pays.

Roulotte Givre Mailuu Suu Kirghizstan

« Je suis entré au Kirghizstan sans problème, mais un jour, la police m’a arrêté. Je prenais des photos dans une zone industrielle. Deux agents de police m’ont vu et ont décidé que j’étais agent secret ; ils m’ont appelé « James Bond » ! Ils m’ont pris en photo et ont relevé mes empreintes digitales. Heureusement, mes amis sont arrivés quelques heures plus tard et  ont résolu la situation. Je pense que les policiers cherchaient seulement à me soutirer de l’argent, étant donné que la corruption est très répandue au Kirghizstan, mais ils ne sont pas arrivés à leurs fins. »

Jeunes, ouvriers et anciens combattants

Elliott Verdier raconte à quel point les gens qu’il a rencontrés au Kirghizstan sont tous différents, tout en livrant ses impressions sur le pays.

« Les personnes qui apparaissent sur mes photos sont très différentes les unes des autres : il y a ceux que je venais juste de rencontrer dans la rue, il y a des anciens combattants que j’ai côtoyé pendant de nombreuses heures, et des jeunes avec lesquels j’ai passé de nombreuses soirées. Et aussi des ouvriers des mines de charbon, des pêcheurs, des chasseurs. Certains ont accepté d’être pris en photo au bout de plusieurs mois et il a fallu autant de temps pour trouver le bon endroit et la bonne lumière pour réaliser les portraits. Malheureusement, j’ai manqué de temps pour photographier toutes les personnes qui m’avaient donné leur accord. »

Lire aussi sur Novastan : La jeunesse kirghize en recherche d’un avenir

 « Quand je suis arrivé à Bichkek pour la première fois, j’ai été surpris de voir à quel point sa jeunesse était moderne. C’est dommage que dans la conscience collective, le Kirghizstan soit considéré comme isolé et sauvage. A Bichkek, j’ai rencontré toutes sortes de gens que j’aurais pu croiser en bas de ma rue dans divers endroits que j’ai visité, comme à Paris », se souvient le photographe.

Etang Bichkek Automne

« Beaucoup de choses n’ont pas changé, elles ont juste vieilli »

Le photographe a trouvé le pays très nostalgique et triste. « J’ai d’abord remarqué ce trait chez les personnes âgées : elles sont déboussolées par le fait qu’avant, leur pays était bien organisé et que maintenant, on y rencontre toutes sortes de problèmes. Beaucoup de choses là-bas n’ont pas changé, elles ont juste vieilli. Les villes bien sûr, mais aussi les mentalités, même chez les plus jeunes. J’ai aussi ressenti un sentiment de fierté : à l’époque, l’Union soviétique était puissante et le Kirghizstan en faisait partie. Mais aujourd’hui, c’est un pays oublié et sans voix. »

Elliott Verdier précise que le but principal du projet est de trouver un équilibre entre la mélancolie et l’espoir. « J’aime penser que c’est la première et dernière fois que ces gens ont été pris en photo avec un appareil photo grand format. C’est laisser ainsi un souvenir unique d’eux », considère le photographe.

Si vous souhaitez découvrir d’autres photos d’Elliott Verdier, cliquez ici.

Traduit du russe par Alexia Choffat

Edité par Daisy Lorenzi

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