Le « Robert de Niro » kirghiz

On n’abandonne jamais de vrais artistes, quel que soit le temps et l’espace les séparant de nous. Cette formule est depuis longtemps connue. Elle s’avère vraie pour tous les fervents  amateurs d’art, pour tous ceux dont les noms ne sont pas oubliés, mais aussi pour tous ceux qui laissent un souvenir pendant des siècles. On peut, également, approprier cette affirmation à Suimenkoul Chokmorov, un merveilleux acteur et artiste, une star de cinéma kirghiz et vrai fils de sa patrie.

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Le cinéma kirghiz est un des plus jeunes dans le monde. Il n’a pas plus de soixante ans. Certes, cette période de temps n’est pas considérable pour le développement véritable de l’art cinématographique. Cependant, malgré cela le cinéma kirghiz a réussi à mettre au monde un grand nombre de tableaux artistiques pénétrants, glorifiant la vie, l’amour et la mort, le chagrin et l’espoir, le désespoir et le courage. Ainsi, nous rendons hommage aux créateurs de ces tableaux – maîtres du cinéma kirghiz – Bolot Shamshiev, Alguimantas Vidugiris, Tolomush Okeev pour « Le tir au col de Karash », « Hommes sans femmes », « La pomme rouge », « Ulan », « Salue le feu », « Les coquelicots écarlates de l’Issyk-Koul » etc. Ces films immortels n’auraient pas existé sans l’interprétation géniale et subtile des rôles principaux par Suimenkoul Chokmorov.

Il n’était pas seulement un artiste de grand talent mais avant tout un fils de son peuple, un patriote de ses terres. Les montagnes si proches, les rivières tumultueuses et les cris des faucons sont gravés dans sa mémoire depuis l’enfance. Né le 9 novembre 1939 au village kirghiz de Chontash, dans une atmosphère de vie rurale l’artiste connaissait les traditions nationales qui valorisaient principalement le soutien mutuel, l’estime des personnes âgées et la proximité de la « mère-nature ».Il n’était pas seulement un artiste de grand talent mais avant tout un fils de son peuple, un patriote de ses terres. Les montagnes si proches, les rivières tumultueuses et les cris des faucons sont gravés dans sa mémoire depuis l’enfance. Né le 9 novembre 1939 au village kirghiz de Chontash, dans une atmosphère de vie rurale l’artiste connaissait les traditions nationales qui valorisaient principalement le soutien mutuel, l’estime des personnes âgées et la proximité de la « mère-nature ».

Non content d’avoir glorifié son Kirghizstan natal à l’époque de la République Socialiste Soviétique de Kirghizie, Suimenkoul a représenté durant toute sa vie un exemple d’une personnalité inspirée, résistante, imprégnée d’idéaux poétiques. Il aurait pu devenir handicapé à cause d’une maladie des articulations, qui s’est manifestée quand il avait huit ans ; ce petit garçon a dû abandonner l’école et passer beaucoup de temps en réclusion. Pourtant, il n’est pas devenu invalide, en dépit des circonstances qui auraient pu « casser » un homme adulte. Bien au contraire, Suimenkoul est devenu un grand athlète afin de surmonter sa maladie. Les années qu’il a dû passer en réclusion aidant son frère ainé à faire paître les moutons et contemplant la nature de ses terres, les paysages époustouflants des montagnes, les levers et les couchers du soleil ont engendré en lui l’envie irrésistible de peindre.

Désormais, ce jeune kirghiz ordinaire rêve de devenir un peintre. Il deviendra un vrai professionnel qui aime montrer ces peintures représentants des souvenirs indélébiles de son enfance, sa patrie, et les tourments de l’âme humaine.

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Cependant, Suimenkoul Chokmorov était destiné à révéler la vie non seulement sur la toile, mais dans toutes ses manifestations. Ainsi, il est devenu l’acteur de cinéma qui a présenté au Kirghizstan et au monde entier les images immortelles d’un homme d’honneur Bakygul, d’un combattant intrépide contre le mal Karabalta, d’un rêveur Daniyar, d’un intellectuel réflexif  Temir… Sa figure bien bâtie, son beau visage et ses yeux expressifs ont contribué à incarner les héros à l’écran. Pendant les années soviétiques quand il vivait, ses travaux l’ont hissé au statut d’idole de millions de ses compatriotes.

La nature a doté Suimenkoul Chokmorov non seulement d’une grande volonté, de talent artistique, d’une belle apparence mais aussi un savoir-faire artistique unique. Beaucoup considèrent la profession d’acteur comme facile, intéressante et souhaitable. Mais, non, c’est loin de la vérité. Un tel mythe est répandu à cause de la spécificité même de ce métier, dont les produits (personnages) sont inséparables de l’artiste. Tandis que beaucoup d’autres artisanats, comme la poterie, la bijouterie, la menuiserie, représentent des produits séparés de l’apparence de leurs artisans, comme, par exemple, les boucles dorées ou une chaise en bois où on voit le résultat du travail, mais pas l’image des producteurs. Pourtant, les produits des artisans du cinéma sont des personnages indissolubles de leurs auteurs. C’est une des raisons principales qui poussent à réaliser une carrière cinématographique. Malheureusement, ces gens-là sont très loin de l’art, ils ont pour but d’être connus, admirés et entendus, d’un seul mot, pour vaincre leurs complexes. Certains d’entre eux deviennent vraiment riches et célèbres, sont populaires et réclamés. Ainsi, la plupart des spectateurs se sont formées une fausse perception de la carrière artistique : si Claudia de la maison voisine a pu le faire, moi, je peux aussi, il ne faut que me coller des cils plus longs et me comporter « comme dans la vidéo de la chanteuse Lopez ».

Etre un acteur, ce n’est pas signer des autographes, ce n’est pas s’habiller avec de belles robes, ce n’est pas non plus donner des interviews dans les magazines, ni « briller » sur le tapis rouge. Tout cela est simplement les éléments liés à la réussite. Malheureusement, l’image d’un acteur doué est souvent celle d’un « dandy » sur la première page des magazines au papier glacé, et pas celle d’un artiste dans le sens propre de ce mot qui travaille laborieusement sur ses personnages.

Heureusement, Suimenkoul Chokmorov a été privé de cette fausse perception. Il a réussi sa carrière cinématographique non parce qu’il voulait la popularité, non parce qu’il avait des « connexions » avec de personnes influentes, mais seulement parce qu’il était un véritable artiste – capable d’incarner ses héros sur la toile comme à l’écran.

Aïdjan SARYGULOVA
Journaliste pour Francekoul.com
Etudiante au département des relations internationales de l’Université Slave Kirghizo-Russe, Bichkek, Kirghizstan

Traduction du russe : Artiom ISMAÏLOV

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Bibliographie :

1.  K. Ashimov, V. Furtichev, « Le cinéma de la Kirghizie sovietique », Moscou, 1979

2.  Magazine « L’écran sovietique », n. 12, 1982

3.  http://ru.wikipedia.org/wiki/Чокморов,_Суйменкул

 

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