Le Vélo de la Soie : deux vétérinaires à vélo à travers l’Asie centrale

Claire Guinat et Timothée Vergne sont deux aventuriers vétérinaires français ayant décidé de partir à vélo a travers l’Asie centrale. La particularité de leur projet : réaliser un reportage sur l’interaction entre l’homme et l’animal le long de la Route de la Soie. Partis le 11 juillet, leur route les a conduit à travers le Kirghizstan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et maintenant l’Iran en direction de Téhéran, leur ligne d’arrivée.

Le 11 juillet 2016, Timothée et Claire récupèrent leurs vélos à l’aéroport de Bichkek, la capitale du Kirghizstan. Deux mois plus tôt, ils ont quitté leur poste de chercheurs à la faculté vétérinaire de Londres pour réaliser « Le Vélo de la Soie », une expédition qu’ils préparent depuis 18 mois. Ce projet consiste à traverser l’Asie centrale à vélo, à la rencontre d’hommes et de femmes dont le quotidien gravite autour de l’animal, afin récupérer leurs témoignages. Pour réaliser cette expédition, ils ont reçu le soutien de la marque de vélo B’TWIN (Décathlon), des magasins Cyclable, du laboratoire vétérinaire CEVA Sante Animale et de l’école nationale vétérinaire de Toulouse.

Première étape du voyage : une mise en jambe salutaire de 500 km autour du lac Issyk-Koul, à l’est du Kirghizstan. « C’était une partie facile et agréable, idéale pour prendre ses marques », racontent-ils.  Les dénivelés sont négligeables, les automobilistes, bien que nombreux, très respectueux, les routes très bonnes, le temps clément et les villages nombreux limitant les problèmes de ravitaillement en eau et en nourriture ».

Les choses sérieuses ont commencé ensuite, lorsqu’ils ont dû pédaler (ou pousser leur vélo) sur des centaines de kilomètres le long de pistes isolées de très mauvaise qualité et grimper plusieurs cols à plus de 3000 m d’altitude pour rencontrer certains héros de leur reportage.

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Sur une route kirghize

Chasse à l’aigle

Les montagnes et la steppe autour de Bokonbaïeva ont longtemps été une aire de nidification pour les oiseaux de proie d’Asie centrale comme l’aigle et le faucon. C’est en partie pour cette raison que cette région du centre du Kirghizstan abrite de nombreux « berkutchis », les adeptes de la chasse à l’aigle. « La chasse à l’aigle est un art », leur raconte Ruslan, l’un d’entre eux. « Il faut être courageux, patient et téméraire pour dompter un grand animal sauvage comme l’aigle royal. Beaucoup de jeunes y aspirent, mais peu y réussissent ».

Ruslan a appris la chasse à l’aigle il y a plus de 15 ans, et passe maintenant la saison d’hiver à chasser en montagne. « Mon oncle était lui-même un berkutchi. C’est lui qui m’a tout appris. A l’âge de 11 ans, j’ai piégé avec lui mon premier aiglon sauvage. Je l’ai rapporté à la maison et ai commencé mon premier travail de dressage ». En hiver, Ruslan chasse la biche et le lapin pour leur viande. Les proies telles que le renard, le chacal et le loup sont chassées pour leur peau et leur fourrure, leur viande étant cette fois destinée aux aigles.

Ruslan

La chasse avec des oiseaux de proie a longtemps été le sport favori des dirigeants d’Asie centrale, et Gengis Khan aurait possédé plus d’un millier de rapaces. Aujourd’hui, avec l’avènement des épiceries et des marchés de bétail, les berkutchis se font de plus en plus rares. Néanmoins, Ruslan est fier de continuer à faire vivre cette tradition.

L’épreuve du Pamir

« Pour qui aime la solitude et les grands espaces, le Tadjikistan est le paradis ! » s’enchante Claire. « Dès le passage de la frontière sur la fameuse M41, nous nous retrouvons dans un paysage désolé où, certains jours, les marmottes et les yaks sont les seules traces de vie que nous rencontrons. » Malgré la difficulté liée à l’état des routes et à l’altitude, ils gardent le moral comme en témoigne Timothée: « A notre plus grand bonheur, les sections non-goudronnées ne sont jamais plus longues que quelques dizaines de kilomètres. Il faut bien parfois pousser le vélo pour traverser une rivière ou contourner certains pans de route emportés par les crues printanières, mais ça fait partie de l’aventure, non ? ».

A voir : leur court métrage sur le franchissement du col Ak-Baital (4655m), sommet de l’expédition

Claire et Timothée se rendent vite compte qu’ils ne sont pas seuls : la traversée du Pamir est en effet un itinéraire très prisé des cyclotouristes. « On s’est vite rendu compte que notre projet cycliste avait une ambition toute relative. Certains cyclos que nous avons rencontrés étaient sur la route depuis déjà deux ou trois ans ! ».

Route Pamir

A mesure qu’ils se dirigent vers l’ouest du Tadjikistan, ils quittent progressivement les haut-plateaux et redescendent en altitude. Les arbres refont leur apparition, les rivières se font plus bouillonnantes, la circulation s’intensifie, l’agriculture et l’élevage réapparaissent enfin. Un retour salutaire à la civilisation !

Akjol, vétérinaire Pamiri

Surnommée le « toit du monde », la région du Pamir représente 45% du territoire Tadjik mais seulement 3% de sa population. Son relief extrêmement montagneux, ses conditions climatiques rudes associées à de fréquents séismes et des inondations, rendent la vie difficile. Dans le nord, la population se réduit donc à quelques éleveurs kirghizes qui font paître leurs troupeaux de yaks, de moutons et de chèvres dans ces zones où seules des broussailles poussent autour de rares cours d’eau. C’est là qu’Akjol exerce son métier de vétérinaire rural.

Akjol

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« L’élevage dans les prairies d’altitude reste une source de revenus essentielle pour les habitants de la région » explique–t-il à Claire et Timothée. « Ici, les bêtes sont élevées pour leur viande, leur lait qui sert à produire de la crème et du yaourt et leur laine et leur cuir qui servent à confectionner des vêtements et autres ustensiles. Leurs bouses séchées sont aussi utilisées en tant que combustible.» Il est 14h, Akjol les invite à monter dans sa Lada cabossée pour aller voir une vache qui n’arrive plus à se lever. En route, il commente : « En ce moment, c’est l’été, la route est facile. Mais l’hiver, les températures sont largement négatives, les vents violents et la neige abondante. C’est la galère ! Mais même s’il est dur, j’aime ce métier ! » Arrivés chez l’éleveur, c’est un diagnostic sans stéthoscope et sans thermomètre qu’il va falloir conduire : « Ici, la médecine vétérinaire est rudimentaire, nous manquons cruellement de moyens et d’infrastructures. »

Vache Pamir

A l’attaque des déserts

Si le Pamir présente une difficulté physique certaine à cause de la mauvaise qualité des routes, de l’altitude et des importants dénivelés, la suite du périple est un défi psychologique ! L’Ouzbékistan et le Turkménistan sont deux pays immenses et désertiques. Il y fait chaud, les routes sont plates et droites  sur des centaines de kilomètres et les paysages ne varient pas. « Pendant les étapes ouzbèkes et turkmènes, on a beaucoup râlé », avouent-ils, « mais il faut quand même reconnaitre que les routes y sont de bien meilleure qualité qu’au Tadjikistan, nous permettant souvent d’avancer à une vitesse moyenne dépassant les 20 km/h. Impensable au Tadjikistan, même pas en rêve ! ».

Leur arrivée à Samarcande a été un des moments les plus excitants et émouvants de leur vie de voyageur. « En préparant ce projet, nous avons rêvé de cette ville mythique pendant des mois, s’imaginant que le jour ou nous pourrions pédaler autour des madrasas et mosquées colorées du Registan n’arriverait jamais ». Bien que controversée car n’abritant plus beaucoup de ruines authentiques, Samarcande a le mérite de présenter avec fierté ses monuments, témoins de son apogée.

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Claire Timothée Ouzbékistan

De la suite dans les idées

Claire et Timothée sont maintenant en Iran et pédalent vers Téhéran où leur expédition prendra fin. «Le projet ne s’arrêtera pas la ! » nous préviennent-ils. « Quand nous serons rentrés, nous nous engagerons dans une phase intense de communication pour témoigner le plus largement possible de notre projet et promouvoir la culture centrasiatique à travers notre œil de vétérinaire. Avec nos milliers de vidéos et photos, nous espérons pouvoir produire un long-métrage et écrire quelques articles. Pourquoi pas un livre ? »

Un grand merci au Vélo de la Soie pour leur témoignage. Pour les soutenir et tout simplement pour en savoir plus sur ce projet, suivez Claire et Thimothée sur leur page Facebook et leur blog Le Vélo de la Soie. Bonne route a eux !

La rédaction

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