La danse traditionnelle kirghize autour de la yourte

Les danses nationales kirghizes, une création de l’URSS ?

Aujourd’hui, il est très difficile d’imaginer un événement quelconque sans des chansons et des danses. Si une danse reflète la culture et le caractère d’une nation, au Kirghizstan, le visiteur pourra trouver une culture de la musique riche, ainsi qu’un folklore et de l’art. Pourtant, l’art de la danse dans la vie quotidienne de kirghizes n’est apparu que récemment.

Une opinion répandue affirme que le gouvernement de l'Union Soviétique a inventé les danses nationales kirghizes. En effet, pour l’exposition d’art « L’art du peuple d’URSS » en 1927 à Moscou, les organisateurs avaient besoin des  danses nationales de chaque République pour les manifestations culturelles. Cette opinion parait solide tant il était difficile d’imaginer pour les filles et les familles de cette époque de vouloir être exposées en dansant. Selon la tradition, les filles doivent être modestes et presque invisibles pendant les fêtes de famille et la danse apparait en contradiction avec cet objectif. Avec la révolution d’Octobre et la renaissance culturelle qui s’est ensuivie, bon nombre de traditions ont été bousculées.

Toutefois, les kirghizes pré-soviétiques ont eu leurs danses. Cette hypothèse est argumentée par des références à la danse dans l'épopée nationale « Manas ». Quelques lignes de cette poésie épique indiquent que la notion de danse a existé pour les kirghizes, par exemple : « Ayant bu le vin, on commence à danser ».

En outre, l’envie de danse a pris des formes différentes au Kirghizstan. Les kirghizes exprimaient leurs sentiments dans un mouvement similaire dans les rites liés au mariage, à la naissance d'un enfant, la fête de la récolte et plusieurs autres. Les jeux nationaux kirghizes pour les jeunes tels que « Ak-Terek-Kok Terek» ou «Jooluktashtamai » par exemple, mais aussi les manastchi, narrateurs de l'épopée « Manas », qui possèdent un art du mouvement impressionnant. En racontant l’épopée, le manastchi est assis sur un tapis. Utilisant ses mains et son corps, en mouvements constant, il interprète l’épopée accompagné d'expressions faciales. Nous pouvons également observer la réminiscence de la danse avec le komuz, l'instrument de musique kirghize. L’interprète,  en souhaitant amuser les spectateurs, lance son komuz au-dessus de sa tête, sur son épaule,  met sur le plancher et fait les mouvements spécifiques avec ses mains et doigts.

Une interprète jouant du koumouz la tête en bas. Сrédit Flickr : El-Len

Par conséquent, il serait juste de dire que les  «inventeurs » soviétiques de la danse kirghizes ne les ont pas inventées mais plutôt renouvelées. Cependant, le processus de reconstruction des danses nationales a été difficile car elles ont disparu depuis longtemps dans la vie de kirghizes.
Les représentants de l’art soviétique tels que Vlasov, Féret, et Kholfin ont été attirés par ce défi. Parmi eux, Nicolas Kholfin occupe une place particulière dans le développement de l'art de la danse kirghize professionnelle. En tant que chorégraphe expérimenté, il a commencé son travail par une recherche détaillée de l'histoire du Kirghizstan. Il a ainsi analysé les ornements caractéristiques pour les kirghizes, les conditions et les pratiques de certaines tâches spécifiques dans la vie quotidienne, par exemple, la construction des yourtes. Aussi les caractéristiques de la nature du Kirghizstan et les décorations intérieures d’habitations et les coutumes kirghizes ont été une source d’inspiration. Par exemple,  le processus de fabrication d’une natte en feutre est devenu la base du « Kyiyz », la première danse kirghize professionnelle.

La rénovation de l'art professionnel du Kirghizstan a eu lieu dans des conditions difficiles, avec une utilisation politique par les nationalistes du manque de personnel et des difficultés d'organisation. En appuyant sur l’absence de formes achevées de la danse kirghize, les théoriciens affirmaient la non-viabilité de cette forme d’art.  Par conséquent, ils ont retardé le développement artistique de la danse, mais aussi celui de la musique. Selon eux, elle était inutile et n’était pas intéressante pour le peuple kirghiz. Cependant, une forte incitation à pratiquer dans les cercles d’études pour les jeunes a insufflé un développement actif de la danse. Ces cercles ont été organisés dans la capitale et les villes principales et ont attiré de nombreux amateurs d’art.  Cela a démontré que la culture spirituelle peut grandir à nouveau.

Dans les années 1920, il y avait quarante studios artistiques, principalement de théâtre et de chant. Le11 octobre 1926, le studio de drame et de la musique était créé à Frunze (Bichkek) par des cercles d’études pour les jeunes. L'objectif était de promouvoir l'art dramatique et musical aux masses kirghizes, mais aussi d’assurer la formation des artistes ainsi que la collection de chansons folkloriques. L'objectif final restant de créer un théâtre professionnel. Le studio se transforme en théâtre d’état en 1930. Les danses folkloriques se développaient parallèlement à l'émergence du ballet classique, tandis que les concours d’artistes amateurs  identifiaient les talents qui ensuite partaient pour étudier à l’Ecole Chorégraphique de Leningrad (Saint-Pétersbourg). Aux alentours de 1942, ces talents ont fondé une compagnie majeure du ballet classique rattachée au théâtre de ballet académique, membre de l’Ordre de Lénine.

Danseuse traditionnelle Crédit : Opéra Ballet

En 1938, la troupe de théâtre kirghiz comporte 37 artistes, dirigés par Nicolas Kholfin, chorégraphe en chef qui a reçu le titre de maitre émérite des arts en 1958. En 1937, le théâtre d’Etat avait pu accueillir quelques 300 000 spectateurs avec son premier drame musical « Altyn Kyz » (Une fille d’Or) sur une musique de Vlassov et Fere. Un vrai succès.

La reconstruction des danses kirghizes a mené au développement du ballet classique. Cela a aidé à élever la culture nomade à un niveau différent. L'art de la danse a pris ses racines dans les cœurs des habitants de Bichkek. Les danses populaires sont devenues des classiques de la scène, avec l’exemple du "kyiyz", d’"Anar", le premier ballet kirghiz ou son successeur, "Aichurek". Depuis, les danses nationales sont devenues des parties importantes et obligatoires dans la célébration des fêtes, avec de nombreux studios de danse qui participent à des concours internationaux. Dans la vie quotidienne, il n’y a pas de bar sans musique ou de lieux de rencontres pour les amateurs de danses, où les jeunes interprètent les différents types de danses à tendances mondiales. Pourtant, le ballet classique connaît à l’heure actuelle de nombreuses difficultés.

Asyl TURSENBEKOVA
Journaliste pour Francekoul.com
Etudiante en Affaires Européennes à l'Université Americaine d'Asie Centrale

Relu par Etienne Combier

Sources :

1. Толомушева, Гульбара. « Танецбылибудет.» МСН online. http://www.msn.kg/showwin.php?type=newsportal&id=6459
2. Бегалиев. « Кыргызские Танцы.» Фрунзе.1966
3. Уразгельдиев Роберт. «Кыргызские Танец.»  Бишкек. Адабият 1991
4. Уразгельдиев Роберт. «Кыргызский Балет:Страницы Истории Кыргызской Хореографии.» Фрунзе. 1983

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