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Les Kirghiz du Pamir pourraient bientôt disparaître

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Le gouvernement kirghiz débat d’une éventuelle réinstallation des Kirghiz du Pamir afghan à l’intérieur du Kirghizstan pour garantir la survie de ce peuple de moins en moins nombreux. Cette solution humanitaire est loin de faire l’unanimité. 

Aujourd’hui, environ 2 000 Kirghiz vivent dans le Pamir côté Afghanistan. Ce massif montagneux, principalement présent au Tadjikistan et en Afghanistan, est l’un des plus hauts du monde et l’un des plus inhospitaliers. Les Kirghiz du Pamir survivent dans des conditions dantesques.

Le gouvernement kirghiz fournit annuellement de l’aide humanitaire à sa diaspora en Afghanistan, mais le nombre de Kirghiz du Pamir continue à diminuer. De 3 600 en 2010, ils ne sont aujourd’hui plus que 1 050 dans le Petit Pamir et 825 dans le Grand Pamir, selon les informations du journal 24.kg.

Des conditions de vie extrêmes

En cause : des conditions de vie rudes, à plus de 4 500 mètres d’altitude, et rudimentaires. Isolés géographiquement, les Kirghiz du Pamir continuent à vivre dans la tradition et la pauvreté. Ils sont pour la plupart malnutris, à base de viande et de riz seulement, et souffrent de nombreuses maladies, selon les rapports faits après chaque convoi humanitaire. « Ils meurent même de grippes et de rhumes », se désole Jipar Mambetova, directrice du service des migrations kirghiz, dans une interview pour 24.kg.

D’après elle, c’est aussi la région avec le plus fort taux de mortalité infantile, survenant souvent dans les premiers jours suivant la naissance. L’hôpital le plus proche, récemment ouvert par la fondation Aga Khan, se trouve à trois jours des campements nomades, et n’est pas entré dans les mœurs.

La population est aussi devenue largement masculine, entraînant des mariages consanguins ou précoces, avec des enfants d’à peine dix ans, précise Jipar Mambetova.

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La réinstallation n’a pas eu lieu

 « Les Kirghiz du Pamir veulent venir vivre au Kirghizstan. Ils veulent s’y marier, fonder une famille. S’ils restent en Afghanistan, ils mourront sans même se marier : là-bas il n’y a presque plus de jeunes filles, ou alors la dote coûte trop cher (environ 100 moutons, ndlr)», explique Umut Khakim, un Kirghiz afghan qui vit désormais en Turquie, à Radio Free Europe. « Mais s’ils émigrent tous au Kirghizstan, il ne restera plus de Kirghiz du Pamir d’ici quelques années », regrette-t-il.

Les Kirghiz du Pamir devaient bénéficier d’une première réinstallation au Kirghizstan au printemps 2017, mais celle-ci n’a pas eu lieu : ils n’ont, en grande majorité, encore aucun document qui leur permet de voyager et de s’enregistrer dans l’état civil.

Le président kirghiz opposé à un rapatriement

Mais le président Almazbek Atambaïev s’est récemment opposé à cette démarche : selon lui, les efforts du gouvernement devraient se concentrer sur l’éducation des enfants et l’amélioration des conditions de vie de ce peuple.  « Je viens moi-même d’un village. Nous avons amené mes grands-parents ici en ville, et ils souffrent », s’est-il justifié, dans des propos rapportés par Radio Free Europe. « Ce qu’il faut faire, c’est éduquer ici les enfants des Pamir puis les renvoyer chez eux et apporter de l’aide.  Ils peuvent ne pas survivre si on les rapatrie ici.»

Au sein du gouvernement, le sujet continue à faire débat. Le député Mirlan Bakirov, qui a déjà fait plusieurs voyages dans le Pamir afghan, considère qu’il est au contraire nécessaire de réinstaller ce peuple au Kirghizstan, d’autant plus que des terres leur ont déjà été attribuées dans les régions de Naryn et du Chon-Alai. « On a des Kirghiz dans les quatre coins du monde. Mais dans le Pamir, les conditions de vie sont très difficiles», explique-t-il à Radio Free Europe.

Le chef des Kirghiz afghans avait discuté de cette réinstallation avec le gouvernement kirghiz dès l’indépendance du pays en 1991, mais cette question a été retardée pendant plus de quinze ans. Ce n’est qu’en 2007 qui le Kirghizstan a organisé sa première expédition dans le Pamir ; depuis, le gouvernement y consacre dix millions de soms (environ 127 000 euros) par an.

Marion Biremon
Rédactrice en chef adjointe de Novastan

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