Architecture Monuments historiques Asie centrale Brutalisme Brutaliste Restauration Destruction

Les monuments brutalistes soviétiques brutalisés en Asie centrale

Rénovations ne prenant pas en compte l’intérêt architectural des monuments, destruction sans aucune considération… L’architecture de type « brutaliste » issue des années soviétiques ne sont pas encore considéré comme un patrimoine à conserver en Asie centrale, ni d’ailleurs le reste des monuments historiques.

Novastan reprend et traduit un article initialement publié par le média spécialisé sur l’Asie centrale et basé en Russie, Fergananews.

Lorsqu’un voyageur arrive en Asie centrale, l’architecture est probablement la première chose qui lui saute aux yeux. Parmi les adjectifs en tête, le mot « brutal » pourrait lui venir en tête. D’où le terme « architecture brutaliste », qui décrit si bien la réalité des bâtiments d’Asie centrale. Le brutalisme désigne un style architectural issu du mouvement moderne, qui connait une grande popularité entre les années 1950 et 1970 avant de décliner peu à peu, bien que divers architectes s’inspirent encore des principes de ce courant. Il se distingue notamment par la répétition de certains éléments comme les fenêtres, ainsi que par l’absence d’ornements et le caractère « brut » du béton.

Comme l’explique le chercheur et historien de l’art à l’université de Montréal Boris Chukhovich, l’expression “architecture brutaliste” peut être interprétée de deux façons. Ceux qui connaissent l’histoire de l’architecture se remémorent sans doute le style moderniste qui s’est affirmé dans le monde entre 1950 et 1980, quand les architectes ont commencé à s’intéresser au potentiel esthétique du béton, enlevant la nécessité de toute forme de décoration supplémentaire. L’origine même du terme provient de l’expression “béton brut” [en français dans le texte], qu’on peut traduire comme du béton non retouché, dans son état primaire. En Asie centrale ce style a également émergé.

Toutefois, c’est dans son autre forme que le brutalisme sera traité dans ce texte, à savoir le traitement brutal et l’irrespect envers les “monuments de l’architecture”, détruits à coups de bulldozers, reconstruits à la guise du propriétaire ou souffrant du manque d’entretien. Ce type de brutalisme est particulièrement présent en Asie centrale.

Officiellement, l’héritage centrasiatique est préservé…

Les nouvelles officielles d’Asie centrale semblent affirmer que la question de l’héritage est résolue avec succès et qu’il ne reste plus qu’à le promouvoir sur la scène internationale. Par exemple, l’administration kazakhstanaise vient de rendre public son nouvel objectif de déterminer les meilleures œuvres représentatives d’un “code national ». Dans le cadre du projet de “modernisation de la conscience collective”, une commission spéciale doit faire ce choix pour ensuite, grâce au soutien de consultants internationaux, procéder à la diffusion massive de ces chefs d’œuvre à l’étranger.

En Ouzbékistan, c’est un projet de longue date – “Héritage culturel de l’Ouzbékistan les événements internationaux” – qui a vu son financement devenir prioritaire. Ce projet vise à cataloguer les objets culturels et artistiques centrasiatiques présentés dans des événements russes et européens. Pour renforcer l’aura internationale du programme, l’Ouzbékistan a désigné un congrès spécial, composé d’une centaine de chercheurs étrangers réunis à Tachkent, la capitale, pour  composer les premiers tomes de ce catalogue.

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Même le Turkménistan cherche à organiser de pareilles conférences permettant une ouverture maximale sur l’international, notamment à Berlin, malgré sa réputation d’être un des pays les plus fermés au monde. Ce qui provoque d’autant plus d’intérêt chez des chercheurs qui se saisissent de l’occasion pour voir la réalité turkmène, peu importe que cela soit derrière le vitrage d’autobus spécialement affrétés ou sous l’objectif des caméras de télévision spécialement invitées.

… mais en réalité, la situation reste inquiétante

Cependant, malgré l’attention qu’accordent les politiciens et les élites de la culture à l’étude et la promotion des trésors nationaux à l’étranger, la situation au sein des Républiques centrasiatiques reste inquiétante, voire dans certains cas catastrophiques. Les projets à l’étranger constituent dans ce sens de véritables “Villages Potemkine” qui cachent derrière une belle façade la perte de précieux fragments des cultures soviétique, tsariste et médiévale, notamment architecturaux.

Plus largement, la situation n’est idéale ni dans la capitale kirghize Bichkek ou dans l’ancienne capitale kazakhe Almaty, et encore moins dans la capitale tadjike Douchanbé ou celle turkmène, Achgabat. De fait, ces villes font l’objet de “pogroms” micro et macro-architecturaux.

Tachkent, capitale centrasiatique en danger

Cependant, la situation est bien pire encore à Tachkent, la capitale ouzbèke. Les nouveaux dirigeants de la République, loin d’avoir interrompu la reconstruction des quartiers historiques de la capitale, les ont même accélérés. L’objectif est de toute évidence de reconquérir pour la capitale ouzbèke le titre “d’Étoile de l’Orient” local, perdu face à la concurrence des projets néo-totalitaires que sont Achgabat et Astana.

Les monuments faisant obstacle à ces plans napoléoniens sont effacés de la surface terrestre, détruits sous de fumeux prétextes de relocalisation ou totalement reconstruits en ne laissant dans le meilleur des cas que quelques éléments de la composition ou du décor. Les échos de telles opérations arrivent à Boris Chuhovich, président de l’observatoire « Alerte Heritage », chaque mois, si ce n’est chaque semaine. Dans cette folle course à la construction, tout le monde a déjà oublié la destruction de la Place Pédagogique, la “reconstruction” de l’avenue Navoï, la “déconstruction” de l’orphelinat Kaufmann, la destruction du château d’eau construit par Svarichevskiy. Plus récemment, les discussions sur les forums ont porté sur la progressive “Disneylandisation” du Parc Navoï ou la construction d’un delphinarium à la place de constructions historiques datant des années 1930-1960.

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De toute évidence, le processus ne fait que prendre de l’ampleur. Il y a peu de temps, des connaissances virtuelles ont envoyé à Boris Chukhovich des photographies du nouveau schéma directeur d’aménagement de la ville de Tachkent. C’est conformément à ce plan que sont planifiées les futures destructions de quartiers historiques comme Kal’kaouz, Sebzar, et d’autres, qui regroupent des monuments historiques du XIXème siècle. Des plans similaires ont été conçus à l’époque stalinienne et suspendus au tournant des années 1960-1970 quand les constructions anciennes ont été reconnues comme héritage culturel et artistique.

Des quartiers officiellement protégés, mais en voie de destruction

A partir de l’exemple du quartier “Kal’kaouz”, les urbanistes de la ville comme Andreï Kossinskï, Iossif Notkine, Aleksandr Aleksandrovitch et d’autres ont imaginé à cette époque des propositions innovantes pour préserver le tissu urbain historique tout en n’empêchant pas le développement d’un système moderne de transports et d’infrastructures sociales. En parallèle de ces travaux, les chercheurs d’instituts spécialisés dans la restauration et l’urbanisme ont affirmé l’identité du patrimoine architectural et ont déterminé diverses normes pour sa préservation : de la simple sauvegarde à la création de zones protégées, dans le cadre desquelles les nouvelles constructions devaient être exclues ou restreintes au maximum.

Pour en revenir aux photographies envoyées, il est évident qu’aujourd’hui ces quartiers, que les spécialistes ont décidé de conserver méticuleusement en raison de la concentration de monuments historiques qu’on y retrouve, sont destinés à la destruction. De fait, le quartier tachkentois du Chahristan (en ouzbek, « Shahriston ») et les rues environnantes sont l’équivalent pour Tachkent de ce qu’est la Casbah pour Alger ou les médinas pour les villes marocaines.

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D’ici peu de temps, selon Boris Chukhovich, il sera possible de vérifier si les photos transmises sont conformes ou non à la réalité. Quoi qu’il en soit, il n’est pas excessif d’affirmer que la période post-indépendance, placée sous le signe du “retour aux origines” et de “réaffirmation de l’identité traditionnelle” a fait une croix sur la vieille ville.

Les Soviétiques intéressés par la sauvegarde du patrimoine

Dans les premières années de l’indépendance, la destruction des monuments historiques construits dans la vieille ville ou bien dans d’autres quartiers était qualifiée comme une pratique coloniale brutale ou bien l’expression du “volontarisme soviétique”, un terme à connotation négative utilisée en URSS pour critiquer l’attitude de certains dirigeants, notamment Nikita Khrouchtchev (1953-1964), dont l’attitude était jugée trop autoritaire.

Pourtant, c’est bien dans les deux dernières décennies du régime soviétique que les questions de protection  des monuments historiques ont intéressé des professionnels de ce domaine. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le contenu du journal Architecture et constructions en Ouzbékistan. Rares étaient les numéros qui étaient publiés sans un ou plusieurs articles sur la thématique évoquée. Près de 25 ans après l’effondrement de l’URSS, force est de constater qu’en critiquant les Soviétiques pour leurs péchés réels ou supposés, les nouvelles autorités ont poursuivi, voire accéléré, les destructions des quartiers historiques de la ville qui apparaissent aujourd’hui comme définitives et irréversibles.

Une société civile ouzbèke atone

Dans le même temps, que fait la société civile ? L’absence d’une quelconque initiative significative de la société civile souligne clairement le vide laissé dans le pays après l’ère d’Islam Karimov, décédé en septembre 2016 et ayant occupé le pouvoir depuis 1989. Il n’existe pas dans le pays d’organisations non-gouvernementales œuvrant réellement à la protection des centres urbains historiques.

De plus, même en ligne, où la destruction de Tachkent de tels ou tels monuments a été vivement discutée, dans des discussions publiques ou privées, on se concentre en règle générale sur les constructions datant de l’époque tsariste et soviétique.

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Pour donner un point de comparaison, il est possible de se référer à l’exemple de la Tunisie, comparable en plusieurs aspects à l’Ouzbékistan. Même à l’époque du dictateur Ben Ali (non moins cruel qu’Islam Karimov en ce qui concerne les relations avec les dissidents et les “islamistes”), il existait dans le pays plus de vingt associations dédiées à la protection des vieilles médinas.

Ces associations n’étaient pas seulement localisées dans la capitale ou dans les célèbres villes dont l’histoire remonte au Moyen-Âge, comme Kairouan, Monastir ou Sousse, mais aussi dans des communes ne comptant pas plus de 10 000 habitants. En Ouzbékistan, de pareilles associations n’existent même pas à Boukhara et Samarcande, pourtant deux villes au passé historique extrêmement riche. C’est pourquoi il est possible d’appliquer en Ouzbékistan n’importe quel ordre du gouvernement sans avoir à prendre en compte l’opinion de la société civile.

L’architecture soviétique a souffert

Dans le détail, c’est l’architecture soviétique qui a le plus souffert. Ces dernières années, de nombreux clichés de bâtiments détruits ont été publiés sur Internet. Mais la situation est encore plus grave que ce que beaucoup imaginent. Ce ne sont pas les complexes architecturaux disparus ou totalement reconstruits, comme la place Lénine à Tachkent ou l’esplanade centrale avec le siège de Karakoumstroï à Achgabat, qui sont les meilleurs indicateurs de l’état réel des choses. Ce ne sont pas non plus les mosaïques soviétiques photo-fixées, véritable mode qui a fait le tour des Républiques post-soviétiques.

mosaïque, Tachkent, immeuble, façade

Les meilleurs indicateurs sont les principales constructions du modernisme centrasiatique, grâces auxquelles la région a figuré pendant un court temps, dans les années 1960-1970, dans les pages des plus grands journaux spécialisés sur l’architecture. Parmi les meilleurs exemples, n’importe quel historien de l’architecture citerait en premier lieu le Palais des Arts de Tachkent, la bibliothèque d’Achgabat et le Palais de la République d’Almaty.

Le Palais des Arts à Tachkent, devenu une salle commerciale

La construction du Palais des Arts coïncide avec la période de « dégel » qu’on lie habituellement à la déstalinisation du pouvoir soviétique. C’est pendant cette période qu’a eu lieu une rupture partielle avec l’esthétique stalinienne, ce qui a favorisé une réforme de l’architecture qui a conduit à la remise en cause au rejet du style stalinien. Pendant un court laps de temps, entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, les autorités ont arrêté d’imposer aux architectes le motto stalinien (brejnévien par la suite) de l’architecture « nationale dans sa forme et socialiste dans son contenu ».

Le Palais des Arts, couramment surnommé par les Tachkentois « Panorama », « Panoramkoï » en russe, a vu le jour suite à un concours organisé par l’Union des architectes d’Ouzbékistan en 1961.

Architecture Monuments historiques Asie centrale Brutalisme Brutaliste Restauration Destruction Palais des Arts

L’équipe gagnante a présenté trois projets, parmi lesquels a été choisi le plus simple : un foyer en verre de deux étages en forme de parallélépipède, construit dans le « style international » accolé à une salle circulaire d’inspiration brutaliste et ayant la forme d’une base de colonne dorique avec les « cannelures » qui y sont typiquement associés.  Le contraste entre ces deux éléments, le foyer léger et transparent d’une part, et la salle massive et bétonnée d’autre part, constitue l’essence esthétique de l’ensemble.

Un bâtiment ultra solide

La séparation physique qui existe entre ces deux éléments répond également aux conditions sismiques de la région, et a très rapidement fait preuve de son utilité après le séisme qui a touché Tachkent en 1966. Le Palais des arts était alors la seule salle de cinéma de la ville à être restée intacte. Grâce à sa scène mobile et ses différents régimes de sonorisation et d’éclairage, le bâtiment ne se limitait pas au cinéma. Il était aussi possible d’assister à des représentations théâtrales ou des concerts et le bâtiment était également utilisé pour des rencontres officielles ou des assises. En 1976, une « petite salle » a été construite, jouxtant le côté nord-est du bâtiment. Cet ajout a été pensé par Sergo Soutiagine, un des architectes à l’initiative du bâtiment. Les formes modernistes de la nouvelle salle, alliant brique et travertin, une roche calcaire employée en construction et décoration intérieure, s’inscrivent étonnement bien dans l’ensemble, dominé auparavant par le béton et le verre.

Architecture Monuments historiques Asie centrale Brutalisme Brutaliste Restauration Destruction Palais des Arts

Le Palais des Arts a été inscrit formellement dans la liste des monuments historiques de la ville. Cependant, cette garantie s’est révélée dénuée de sens. Avec l’avènement du « marché », le nouveau propriétaire du bâtiment, les studios publics du cinéma ouzbek «Ouzbekkino », désireux d’en retirer un maximum de profits, a procédé à de substantielles modifications.

Des retouches mal réalisées

De 1998 à 2008, à la place des vastes foyers ont été aménagées 8 salles supplémentaires d’une capacité de 72 à 210 places. De plus, aucune mesure n’a été prise par les artisans de ces modifications dans le but d’adapter ces nouveaux aménagements à l’esthétique minimaliste du Palais. A en juger les photos prises de ces modifications, le travail a été réalisé par un groupe de voyous, qui ont décoré les nouvelles salles avec de voyants éléments « classiques », « orientaux » et « modernes » dans le style « Empire karimovien ». Les façades sont demeurées dans l’ensemble intactes, à l’exception des colonnes extérieures soutenant le foyer : elles ont été décorées en 2000 avec des « chapiteaux ».

Ces retouches, dont la pertinence d’une grande partie d’entre elles n’a pas été discuté avec les architectes initiaux, ont partiellement modifié l’apparence extérieure du Palais et ont enlaidi l’intérieur, ayant seulement une visée fonctionnelle. L’urbaniste, historien et théoricien de l’architecture Iossif Notkine a critiqué spécifiquement les intérieurs du cinéma « Panorama », qui ne comportaient initialement rien de « traditionnel » ou « d’oriental ». Initialement, ces intérieurs offraient « une dramaturgie visuelle et dynamique permise par une articulation massive et lumineuse, la succession et l’inattendue découverte des cadres et des perspectives, dans la diversité des différentes zones fonctionnelles finement entremêlées », ce qui constituait une modernité radicale et représentait les « gènes » des visions et des intuitions héritées de la culture urbaine locale.

La destruction de ces intérieurs a effacé le délicat travail de mise en scène des architectes qui accompagne le parcours des spectateurs vers les salles de cinéma : la « cathédrale du cinéma » est polluée par les transformations commerciales et les bibelots. Il est d’autant plus étonnant que ni les communautés virtuelles,  ni les spécialistes (en particulier ceux qui étudient spécifiquement les objets de la culture ouzbèke dans les collections étrangères) ne se sont pas plus émus de la brutalité du propriétaire, alors même qu’il s’agissait de la plus célèbre création architecturale de Tachkent et, du point de vue de Boris Chukhovich, la meilleure de tout ce qui a été construit dans la capitale de l’Ouzbékistan.

Architecture Monuments historiques Asie centrale Brutalisme Brutaliste Restauration Destruction Palais des Arts

En même temps, le bâtiment a besoin aujourd’hui non seulement d’une rénovation fondamentale, mais surtout d’une reconstruction de certains éléments de structure, le remplacement de certains mécanismes techniques, du système électrique et de la plomberie. Cette reconstruction doit s’accompagner d’un travail précis de restauration des façades et des intérieurs, et aucune altération de la part du propriétaire ou de n’importe quel commanditaire ne peut être tolérée. Le risque d’une catastrophe qui surviendrait pendant  le déroulement de ces travaux existe, comme l’illustre la récente « reconstruction » du Palais de la République à Almaty.

Le Palais de la République à Almaty : « réplique soviétique du rêve américain »

En 1962, la construction du nouvel aéroport de Washington, conçu par Eero Saarinen, a été achevée. Cette construction originale a été largement popularisée et s’est retrouvée en une de nombreux journaux. La toiture, rappelant une toile de tente tendue, et servant en même temps de toit, d’auvent et de plafond pour la salle centrale, ainsi que le principe du plan libre à l’intérieur du bâtiment qui est ainsi déconnecté de la couverture du bâtiment ont fortement impressionné les architectes soviétiques, qui œuvraient à la même époque pour « éliminer la masse » dans une optique d’architecture moderniste.

Architecture Monuments historiques Asie centrale Brutalisme Brutaliste Restauration Destruction aéroport Washington-Dulles

Les répliques soviétiques du « rêve américain » ne se sont pas faites attendre : cinq ans plus tard, le « rêve soviétique » est apparu au pavillon de l’URSS à l’Exposition universelle de 1967 de Montréal et présente un travail architectural similaire. C’est également dans le même genre qu’a été lancée la construction d’un grand cinéma à Almaty, qui présente clairement les mêmes signes de ce style architectural : une toiture étendue et expressive, l’auvent prolongée par le plafond du foyer, la couverture indépendante de l’organisation intérieure, et in fine l’impression visuelle que la toiture flottait.

Le Palais d’Almaty a été construit six ans après le cinéma Panorama de Tachkent. La période de « dégel » était déjà terminée et les nouvelles règles architecturales, si elles n’imposaient pas de représenter la « forme nationale » dans les structures, requéraient quand même qu’il existe un lien entre les deux au niveau de la description et l’interprétation. Les commentaires sur le Palais ne faisaient ainsi pas  référence à Eero Saarinen mais mentionnaient la « tente orientale » (G. Verjbitskiï), « le thème traditionnel pour le Kazakhstan de la tente » (A. Riabouchine, A. Ikonnikov) et associaient le bâtiment à « la tradition au Kazakhstan d’habiter dans des tentes et des campements » (Y. Iarolov). Certains journalistes comparaient l’auvent au chapeau traditionnel kazakh. C’est précisément sous cette forme de chef d’œuvre « d’architecture nationale » que le bâtiment est entré dans la culture populaire.

Architecture Monuments historiques Asie centrale Brutalisme Brutaliste Restauration Destruction Palais République Almaty

Le bâtiment est devenu aussi polyvalent que le Palais des Arts de Tachkent : les habitants pouvaient y voir des films, écouter de la musique, assister à des pièces de théâtre ou des discours politiques. Comme dans la capitale ouzbèke, cette création architecturale permettait de compenser l’absence dans l’architecture socialiste d’édifices comme les cathédrales, ayant pour objectif de symboliser l’action collective et d’unir dans un espace symbolique les habitants de la ville. La presse et les flyers publicitaires ont utilisé l’image de cet édifice comme un « symbole » de la capitale kazakhe de l’époque.

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En 1982, le Palais a été inscrit dans la liste des monuments historiques et culturels du Kazakhstan. Ce statut a été confirmé par un décret du gouvernement en date du 21 mars 2008, mais comme à Tachkent, cette protection s’est révélée seulement théorique. En 2010-2011, la place Abaï qui accueille le Palais de la République a subi une rénovation. A cette occasion, c’est presque une nouvelle construction qui est apparue sur la place, rappelant de très loin l’édifice précédent. Les journaux ont écrit que le projet de reconstruction avait été mené en concertation avec un des architectes du premier édifice encore vivant, Lvov Oukhobotov. Mais les conditions de cette collaboration n’ont pas été rendues publiques.

La bibliothèque d’Achgabat, joyau perdu

La bibliothèque d’Achgabat, la capitale turkmène, était une icône du modernisme centrasiatique. Le Turkménistan est longtemps resté aux yeux d’un observateur étranger comme faisant partie des Républiques ex-soviétiques les plus marginales et les moins développées.  La construction de bâtiments remarquables par leur architecture revenait principalement à des architectes de Moscou, de Léningrad et plus rarement, de Tachkent.

L’architecte en chef de la ville d’Achgabat de 1961 à 1987, Abdullah Akhmedov fait exception à cette règle. De son point de vue, l’architecture devait être conçue par des architectes locaux, connaissant parfaitement leur ville et ayant un rapport sensible à celle-ci.

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Le projet d’Abdullah Akhmedov pour une bibliothèque à Achgabat est rendu public en 1960. A cause de pauses dans la construction et de mesures conservatoires, la construction a duré près de 15 ans. Mais, au lieu de vieillir prématurément, le projet ne devenait que plus moderne et actuel tandis que son architecte passait du statut d’architecte talentueux de la génération des années 1960 à celui de leader de la génération des architectes des années 1970. La version initiale du projet, selon les dires de l’auteur, était « immature » et ressemblait à beaucoup d’autres projets des années 1960. Le bâtiment imaginé au départ, avec ses cours intérieures montées sur pilotis dans l’esprit du Corbusier, n’était pas excessivement futuriste mais détonait pourtant par rapport aux sérieux bâtiments de style stalinien qui lui faisaient face.

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A la mort cette décennie faste des années 1960, le fondement idéologique de la culture soviétique a évolué. Les points les plus utopiques du programme du Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS), comme l’instauration du communisme pour 1980, sont passés en arrière-plan, en parallèle du ralentissement économique. Dans la culture, la conceptualisation du futur a laissé sa place à la recherche des racines.

Une représentation du mouvement brutaliste

En retravaillant le projet de bibliothèque, les architectes ont réagi à ces changements. La construction légère a laissé place à un temple du Livre et ses formes, émergeant de la dalle de béton, devenaient associées aux anciennes fortifications s’élev ant des buttes de terre. Les historiens de l’architecture turkmène ont souligné en particulier la ressemblance entre les façades voilées et la forteresse Kyz-Kala de Merv, datant du Haut Moyen-Âge.

La bibliothèque est devenue un des représentants en URSS, et même dans le monde, du mouvement brutaliste des années 1970. Les façades et l’intérieur sont exclusivement réalisés en béton, sans plâtrage ni plaquage décoratif. « Au départ, je pensais tapisser le bâtiment avec des petits carreaux de béton,  mais après le lancement de la construction, j’ai découvert des spécialistes capables maîtrisant un niveau remarquable de maîtrise de coulage du béton », se souvient Abdullah Akmhedov. « Après quoi j’ai décidé d’amender le projet pour que les bâtisseurs ne construisent qu’en béton pur ».

C’est également en béton qu’ont été réalisées les compositions structurales présentes dans les cours du bâtiment, même si certains artistes (Vadim Kosmatchev, Ernst Neïzvestniï) ont toutefois préféré créer leurs œuvres monumentales en métal et bois. La construction a été achevée en 1975, accompagnée de commentaires positifs dans les revues spécialisées.

Une construction adaptée aux conditions climatiques

L’état physique de la construction reste encore aujourd’hui exemplaire, ce qui est assez inhabituel pour le modernisme soviétique, et même pour le modernisme à l’Ouest, où les constructions du Corbusier ou de Louis Kahn nécessitent souvent des réparations urgentes et critiques. Cette conservation peut être expliquée par deux facteurs : en premier lieu, le climat sec et chaud d’Achgabat est idéal pour les constructions en béton ; en second lieu, le perfectionnisme professionnel d’Abdullah Akhmedov et de son confrère architecte et contre-maître Moucheg Danielïants, ont permis  de créer des chefs d’œuvre tant d’un point esthétique que technique.

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Toutefois, le changement politique dans le pays fait peser une sérieuse menace sur le bâtiment. Après l’effondrement de l’URSS, le Turkménistan est devenu un des pays les plus fermés au monde. Son architecture est désormais dominée par des bâtiments issus d’un mélange de style néo-stalinien et post-moderne et obligatoirement recouverts de marbre blanc accompagnés de motifs en dorures. Situé en plein centre de la ville, en face du palais présidentiel, la bibliothèque ne s’inscrit pas vraiment dans ce style.

Un style politique

Assez rapidement, le premier président turkmène Saparmourat Niazov (1985-2006), aussi appelé Turkmenbashi, a fait recouvrir la façade de marbre blanc et d’arabesques dorées. Par chance, cette doublure extérieure de la façade est placée en retrait de 40 à 50 centimètres par rapport du mur en béton original. Par conséquent, si désir il y avait de restaurer ce dernier, cela se ferait relativement sans difficultés. Le fonds de la bibliothèque a été transféré dans un autre bâtiment, ne laissant qu’une fraction très restreinte : « littérature jeunesse ».

La place devant la bibliothèque a été totalement réaménagée, les accès en béton au bâtiment ont été détruits et de temps en temps, d’inquiétantes rumeurs courent sur la destruction prochaine du bâtiment. Malgré la renommée internationale du bâtiment, le bâtiment n’est pas inscrit dans le registre des monuments architecturaux et culturels. C’est pourquoi, malgré son excellent état de conservation, il peut effectivement être facilement détruit à n’importe quel moment, si jamais le nouveau chef de l’Etat Gourbangouly Berdimouhamedov le demande, dont les différentes opinions se diffusent dans toutes les sphères de la société, y compris l’architecture.

L’avis de l’architecte pas obligatoire

Dans son exposé, Boris Chukhovich  a volontairement désigné trois histoires parmi des dizaines d’autres pour présenter des exemples de dégradation, voire de destruction de monuments architecturaux. C’est précisément pour les œuvres architecturales emblématiques de l’architecture moderne que les manques de la législation, l’absurdité des pratiques actuelles et la méconnaissance de ce qu’il faut faire ou ne pas faire avec l’héritage architectural sont les plus criants.

Dans le cas particulier du Palais de la République d’Almaty, l’autorisation donnée par un des architectes initiaux pour la modification de l’apparence du bâtiment est perçue au Kazakhstan comme un argument sérieux. En tout cas, il y a été fait référence lors d’une table-ronde organisée à Almaty en juillet 2017, notamment par Tokhtar Eraliev, architecte principal de l’académie d’architecturale de « Kazgor » et directeur de la « reconstruction » du bâtiment.

S’il ne s’agissait pas d’un monument culturel, cet argument aurait pu être effectivement acceptable. La pratique juridique internationale n’est pas homogène pour cette question et évolue fréquemment. La Convention de Berne reconnaît ainsi dans l’ensemble aux architectes les mêmes droits que pour les écrivains par exemple, mais comporte également un grand nombre de nuances, prenant en compte l’altérité qui peut exister entre l’architecture et les autres formes d’arts dans leur rapport à la société. En ce qui concerne les lois nationales dans le monde, elles se différencient grandement au niveau de la description des droits respectifs ou des responsabilités de l’architecte-auteur et du propriétaire d’un bâtiment concerné : aux Etats-Unis, par exemple, le propriétaire d’une construction peut lui apporter n’importe quelle modification ou même la détruire, sans demander l’avis de l’architecte. A contrario, en France, la modification de l’apparence extérieure ou de l’organisation intérieure implique une série de conditions, qui rendent notamment obligatoire la consultation de l’architecte au cours de la procédure et de la recherche d’un compromis acceptable par tous. Les législations des Etats d’Asie centrale se différencient également sans doute entre elles et les représentants de la société civile auraient dû étudier de manière approfondie la question juridique de ce débat.  Au Kazakhstan, des groupes organisés d’activistes ont d’ailleurs pour but de sauvegarder l’héritage du modernisme soviétique.

L’importance des conventions internationales

Dans le détail, l’inscription des monuments dans la liste des monuments culturels et artistiques engendre un autre problème juridique : la relation du propriétaire d’un bâtiment à la société. Le statut de monument attaché à une construction crée des obligations juridiques pour n’importe quel propriétaire, qu’il soit privé ou public : maintenir la construction dans son état initial et procéder aux réparations nécessaires. Les trois monuments modernistes cités appartenaient au moment de leur altération à des entreprises publiques ou même à l’Etat directement, comme la bibliothèque d’Achgabat).

Même la volonté de l’auteur lui-même de modifier l’essence de son œuvre, inscrit dans une liste de monuments à protéger, serait illégitime. En effet, selon les conventions internationales (charte de Venise, Convention de Paris de 1973), les gouvernements, ainsi que  les personnes physiques et morales ont l’obligation de conserver en règle générale l’intégrité des constructions faisant partie de l’héritage culturel. Cela signifie que le propriétaire ou même le gouvernement ne peuvent changer à sa guise l’apparence d’un bâtiment, tant qu’il est protégé par le statut de monument. Il aurait été plus simple de lutter contre les atteintes à l’héritage architectural au Kazakhstan, au Kirghizstan ou encore au Tadjikistan, ces pays étant dotés de comités nationaux de l’Icomos. Ce « Conseil International des monuments et des sites » est une organisation internationale non-gouvernementale qui œuvre pour la conservation des monuments et des sites du patrimoine culturel dans le monde. La présence de l’Icomos facilite le lancement de la procédure juridique pour assurer la protection internationale aux monuments menacés.

L’Icomos, gardienne du temple

Dans le même temps, la situation des comités nationaux de l’Icomos démontre la régression, visible depuis la période soviétique, en matière de protection de l’héritage. Le comité soviétique de l’Icomos était plus qu’une simple fonction nominale au moment de son établissement à la fin des années 1960. Il servait aussi de base institutionnelle pour organiser de grandes conférences internationales en URSS et permettait aux chercheurs soviétiques de connaître les pratiques des chercheurs d’autres pays. En 1981, deux groupes régionaux ont été créés : un pour la région baltique, installé à Vilnius, et l’autre pour la région caucasienne, installé à Tbilisi. En 1982, ce processus a atteint l’Asie centrale, avec des représentants du Kirghizstan, du Tadjikistan, d’Ouzbékistan et même du Karakalpakistan se sont réunis à Tachkent pour fonder le bureau régional centrasiatique de l’Icomos.

Le bureau a initié ou catalysé de nombreux projets, notamment des conférences organisées par les plus grands chercheurs, comme par exemple Galina Pougatchenkova, ayant diverses relations avec des chercheurs hors de l’URSS. Les spécialistes de l’Asie centrale les plus renommés participaient aux conférences et à l’issue des conférences, des décisions concrètes étaient prises, notamment concernant les classements des monuments au sein des Républiques et les techniques pour travailler à leur contact. Avec l’effondrement de l’URSS, cette toile institutionnelle a été détruite et les comités nationaux, trois ans après leurs renaissances dans trois Etats centrasiatiques, restent toujours à un état embryonnaire.

Le brutalisme, un rappel de 1789 en France ?

Malgré tout, l’absence de l’Icomos peut s’avérer problématique. En Ouzbékistan, où l’Icomos n’a jamais pu créer de comité national, la situation est encore plus dramatique. Aujourd’hui, les fonctionnaires communiquent sur de coûteux programmes de conservations d’objets « de l’héritage national » exposé dans des collections étrangères, qui a priori ne connaissent aucune menace. Mais dans le même temps, à l’intérieur de la République, n’importe quelle structure peut être endommagée ou détruite, si cela correspond aux intérêts financiers du propriétaire ou aux politiques autoritaires de l’élite administrative. Comme le souligne Boris Chukhovich, la société civile et les nouveaux talents parmi les professionnels du secteur en Ouzbékistan auraient pu profiter de l’intérêt de leurs nouveaux gouvernements pour l’international afin d’initier la création de nouveaux comités nationaux d’Icomos et rendre public tous les cas de mauvais traitements infligés à des structures remarquables sur le territoire des Républiques post-soviétiques.

Au niveau du Turkménistan, il semblerait que la communauté internationale n’ait pas la possibilité de réagir à ce qu’il se passe dans le pays, ou bien seulement de l’extérieur. L’ouverture dans le pays d’un nouveau comité, capable de réagir aux actions du gouvernement ou au moins de les orienter, semble à ce stade encore illusoire.

Plus largement, Boris Chukhovich estime que la destruction d’objets de l’héritage architectural, observable dans les pays de l’ancienne URSS en général, et dans les pays d’Asie centrale en particulier, rappellent un peu  les événements en France après la révolution de 1789. Déjà à cette époque, les monuments devenaient victimes de la bataille idéologique orientée contre le passé « féodo-clérical » et contre l’émergence de la nouvelle classe bourgeoise, motivée par les intérêts économiques et propriétaire de fait du patrimoine matériel et immobilier de l’aristocratie. La Charte de Venise et la Convention de Paris n’existaient même pas en ébauche, et c’est pourquoi de nombreux châteaux, monastères, abbayes, églises ont été détruits à un rythme industriel. En fait, la Bastille elle-même était un riche monument de l’architecture médiévale, ce qui n’a empêché personne de faire de sa destruction une fête nationale, triomphalement fêté jusqu’à aujourd’hui. Pour autant, Boris Chukhovich espère que dans notre cas, l’histoire ne se terminera pas avec « la prise de la Bibliothèque Marx » ou « la chute du cinéma Panorama ».

Boris Chukhovich
Curateur indépendant, chercheur à l’Université de Montréal

Traduit du russe par Dimitri Rechov

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Les monuments historiques sont particulièrement maltraités en Asie centrale, même lorsqu’ils sont protégés. Ci-dessus, un plan immobilier à Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan.
Boris Choukhovich / Fergananews
Iossif Notkin, Aleksandr Aleksandrovitch et autres. Projet de quartier « Kal’kaouz », première moitié des années 1980’.
Boris Choukhovich / Fergananews
Quartier « Kal’kaouz », travail de diplomation de Dmitri Slivak sous la supervision d’Aleksandr Aleksandrovitch. 1985.
Boris Choukhovich / Fergananews
Extraits du schéma directeur de la ville de Tachkent avec les indications sur les échéances de destructions de quartiers. En rouge, les bâtiments à détruire pendant la 1ère phase. En bleu, ceux à détruire pendant la 2nd phase. En jaune, ceux dont la destruction est prévue « à plus long-terme ».
Boris Choukhovich / Fergananews
Les mosaïques sont omniprésentes dans la capitale ouzbèke.
The Magazine
Le Palais des Arts, dans les années 1960 (à gauche) et aujourd’hui (au centre et à droite).
Boris Choukhovich / Fergananews
Cinéma « Panorama » (Palais des arts) à Tachkent. Le foyer à la fin des années 1970.
Boris Choukhovich / Fergananews
Cinéma « Panorama » (Palais des arts) à Tachkent. L’intérieur aujourd’hui.
Boris Choukhovich / Fergananews
Terminal international de l’aéroport Washington-Dulles. 1962. Eero
Boris Choukhovich / Fergananews
A gauche, le pavillon de l’URSS à l’exposition universelle de 1967 (se tenant à Montréal) Architectes : Mikhaïl Possokhin, Achot Mdoïants, Boris Tkhor. A droite, le palais Lénine, Alma-ata [NDLR : nom d’Almaty à l’époque soviétique), 1970.
Boris Choukhovich / Fergananews
Le Palais après sa reconstruction.
Boris Choukhovich / Fergananews
La bibliothèque Marx (1er projet), 1960, Achgabat.
Boris Choukhovich / Fergananews
Bibliothèque Marx, années 1970, Achgabat.
Boris Choukhovich / Fergananews
La bibliothèque Marx en 2013.
Boris Choukhovich / Fergananews
La bibliothèque Marx en 2013.
Boris Choukhovich / Fergananews
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