Les nouvelles ambitions de la recherche française en Asie centrale

L’Institut français d’études sur l’Asie centrale veut se renouveler avec une nouvelle directrice, Catherine Poujol. Experte du Kazakhstan, elle s’est installée mi-septembre à Bichkek. Avec des ambitions sérieuses.

Faire rayonner de nouveau l’Institut français d’études sur l’Asie centrale (IFEAC). C’est en résumé ce qu’ambitionne de faire Catherine Poujol, sa nouvelle directrice. Installée depuis le 19 septembre à Bichkek (Kirghizstan), cette chercheuse reconnue parmi ses pairs remplace Olivier Ferrando, qui a relancé l’institution en 2012.

« Si on a cherché à mettre professeur ayant enseigné plus de 30 ans l’histoire de l’Asie centrale à la tête de l’IFEAC, c’est pour donner un signal fort à la région », affirme Catherine Poujol, que Novastan a rencontrée. « L’institut ambitionne de renforcer son rôle régional », décrit-elle. Et pour cela, « il faut faire beaucoup de choses ».

Continuer à alimenter la recherche française dans la région

Retrouver, et non trouver, du fait de l’histoire récente de l’IFEAC. Fondé en 1993 avec pour mission de « soutenir les chercheurs français et centrasiatiques travaillant sur la région en archéologie et dans toutes les disciplines des sciences humaines et sociales », l’IFEAC a vécu des années mouvementées au tournant des années 2000.

En 2010, l’institution qui était alors basée à Tachkent (Ouzbékistan) est fermée unilatéralement par les autorités ouzbèkes. L’institut n’a plus accès à sa bibliothèque, extrêmement riche en documents anciens. L’IFEAC déménagera en 2012 pour Bichkek mais n’a toujours pas pu récupérer ses quelques 12.000 documents. Alors que de nouveaux ambassadeurs arrivent dans la région, Catherine Poujol espère renouer le contact.

Décrivant un « formidable outil qui a permis l’avènement de trois générations de chercheurs », Catherine Poujol veut continuer d’ancrer l’IFEAC dans la région. « Il nous faut de nouveaux doctorants, avec de nouveaux sujets de thèse », affirme-t-elle, un clin d’œil appuyé au ministère des Affaires étrangères français, dont l’IFEAC dépend financièrement.

Un institut virtuel

En attendant, Catherine Poujol a un projet majeur : faire de l’IFEAC un institut virtuel. L’ambition est de travailler sur des axes de recherche avec d’anciens étudiants devenus professeurs. Ce travail, à distance, sera concrétisé par des venues régulières des chercheurs à Bichkek. L’IFEAC serait ainsi un pivot sans être un centre physique, qu’il ne peut pas se permettre actuellement. « Je reconstitue un groupe de chercheurs autour de l’IFEAC », résume Catherine Poujol.

Dans le détail, l’IFEAC veut travailler sur quatre axes de recherche transversaux à la région : lieux de mémoire, gestion des risques, mondialisation et migration, les hommes et leurs territoires. Pour réaliser ce travail, Catherine Poujol compte sur des chercheurs comme Sophie Hohmann, Marlène Laruelle ou encore Didier Chaudet, son second « pressenti », pour l’aider. Ce dernier est devenu son adjoint.

Dans l’ensemble de ses projets, Catherine Poujol ne veut pas distinguer entre Européens et locaux. « Nous allons faire des programmes mixtes sur quatre ans. Il faut que l’IFEAC soit plus visible dans la zone », insiste-t-elle.

Privilégier la micro-histoire

Enfin, celle qui se décrit comme ayant formé de nombreux étudiants devenus collègues veut privilégier la micro-histoire, celle des personnes et du quotidien, l’histoire des villes, des terroirs. Elle cherche également à renforcer la pluridisciplinarité et le comparatisme en développant de nouvelles technologies, qu’elles soient techniques ou de savoir.

Ainsi, un dernier objectif serait « d’impulser une collecte de la mémoire matérielle et immatérielle, alors que les personnes détentrices de la mémoire du XXème siècle sont en train de mourir », lance-t-elle. Ces souvenirs, qu’ils soient oraux ou physiques, pourraient être consignés pour aider de nouvelles générations de chercheurs. « Si on ne le fait pas aujourd’hui, nous aurons des regrets », affirme Catherine Poujol.

Propos recueillis par Etienne Combier

Catherine Poujol était auparavant professeur à l’Inalco.
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