Les Peace Corps ne sont plus présents qu’au Kirghizstan

Suite à des pressions politiques, les Corps de la Paix (Peace Corps) ont été forcés de quitter le Turkménistan le 31 août dernier. Le Kirghizstan reste ainsi le seul pays d'Asie Centrale où cette agence du gouvernement des États-Unis poursuit encore sa mission, portée par des volontaires. Ceux-ci travaillent dans des pays en développement en s’engageant dans des projets d’éducation, de préservation de l’environnement, de technologie, d'information ou de santé.

Le bénévole des Corps de la Paix avec ces étudiants pendant la pause.
Le bénévole des Corps de la Paix avec ces étudiants pendant la pause.  Crédit : Peace Corps Kirghizstan

Les Peace Corps sont un organisme "dévoué à la paix mondiale et à l’amitié entre les peuples". Depuis sa création en 1961, 210 000 bénévoles ont travaillé dans 139 pays. L’organisation a été établie par le président américain John F. Kennedy et a célébré ses 50 ans l'année dernière. Ses trois principaux objectifs sont d’aider les pays en développement intéressés à éduquer des cadres, de promouvoir une meilleure compréhension des Américains par les locaux d'autres pays et réciproquement. 

Depuis une période récente cependant, l’agence a dû quitter certains pays où elle agissait face à certains défis.

Le site eurasianet.org nous informe que l’Ambassade des Etats-Unis à Achgabat (Turkménistan) a annoncé dans une déclaration, publiée le 31 août, que les  18 derniers bénévoles des Corps de la Paix vont terminer leur travail en septembre et que le bureau de l’organisation va fermer vers la fin de l'année 2012. Depuis 1993, 743 bénévoles ont travaillé dans toutes les régions du Turkménistan, promouvant un mode de vie plus sain et enseignant la langue anglaise. Même si l’Ambassade insiste que la mission des Corps de la Paix au Turkménistan a réussi à réaliser son programme relatif au développement et à l'échange culturel dans ce pays, il est vraisemblable que le gouvernement turkmène, méfiant à l’égard de ce programme, rendait son travail de plus en plus difficile.

« La fermeture du programme n'est pas une surprise à la lumière des récents problèmes liés à l’obtention de visa pour les bénévoles. Le Turkménistan, un pays fermé, considérait peu confortable d'avoir des étrangers bien intentionnés sur son sol » – précise le journaliste Nicholas Clayton. En 2005, le programme de l’agence avait déjà du être arrêté en Ouzbékistan. En 2011, c’est au tour du Kazakhstan de subir le même sort dans des circonstances délicates. Selon la version officielle des Corps de la Paix, ainsi que celle du gouvernement kazakh, l’agence a pris cette décision après avoir considéré que le Kazakhstan était un pays assez développé et que sa présence n'était plus nécessaire.

Toutefois, selon le témoignage de Casey Michel, un ancien bénévole au Kazakhstan, les Corps de la Paix ont été contraints de partir à cause de la dégradation des relations avec le gouvernement. Cela se traduisait notamment par une surveillance accrue des appartements et des possessions de certains bénévoles par les services de sécurité kazakhs. De plus, des membres des Corps de la Paix ont été victimes de viols et d’attaques par des personnes ivres. Le refus des officiels kazkahs de rencontrer les administrateurs des Corps de la Paix n’a rien arrangé au problème. Pendant leur travail au Kazakhstan, les bénévoles ont aidé les habitants des régions rurales à développer des petits commerces et des projets communautaires. Ils aidaient aussi dans des orphelinats et des hôpitaux  et enseignaient l’anglais dans les écoles des villages.

Des anciens bénévoles américains du Kazakhstan affirment que même si ce pays est plus développé que le reste de l’Asie Centrale, cela ne touche principalement que les villes, alors que la pauvreté est omniprésente dans les zones rurales avec de nombreux problèmes sociaux.

Quelles sont les raisons de cette décision brusque après dix-huit années d’activité dans le pays et des projets inachevés, des leçons suspendues? Est-ce parce le Kazakhstan n’en avait plus besoin, ou les Corps de la Paix rencontraient-ils réellement des difficultés liées à la sécurité de leurs employés et de leurs bénévoles? Ou y avait-il d'autres raisons, plus politiques?

Un bénévole des Corps de la Paix avec sa famille d’accueil
Un bénévole des Corps de la Paix avec sa famille d’accueil. Crédit : Peace Corps Kirghizstan 

En ce qui concerne le Turkménistan, cette méfiance de la part du gouvernement à l’égard de cette organisation, qui n'est ni politique, ni religieuse, reste difficile à expliquer. Pour mettre ces questions en lumière, nous avons rencontré Seth  Fearey, le directeur des Corps de la Paix au Kirghizstan. D’entrée de jeu, il nous précise que les Corps de la Paix ne veulent s’implanter que dans des pays où leur aide est à la fois nécessaire et désirée. Ces conditions s’appliquent ainsi au Turkménistan, qui selon lui est en train de fermer ses frontières aux influences étrangères. Le gouvernement du Turkménistan a d'ailleurs également demandé à des bailleurs de fonds étrangers de quitter le pays. Il est donc logique que l'organisation ne pouvait pas y rester.

Généralement, les Corps de la Paix décident de quitter des pays où ils agissent et d'ouvrir de nouveaux bureaux ailleurs pour des raisons économiques. Mais d'autres facteurs peuvent aussi intervenir.  « Actuellement nous quittons la Roumanie et la Bulgarie, mais, en même temps, nous ouvrons des bureaux en Tunisie et au Népal. Il est très probable qu'il y ait davantage de fermetures et de nouvelles ouvertures de postes pour les raisons mentionnées. » – ajoute-t-il. Si le départ de l’organisation est compréhensible pour les grands pays comme la Russie ou des pays plutôt développés,  le cas du Kazakhstan est plus difficile à appréhender. « Le pays est assez riche en valeur absolue, mais il y a beaucoup de gens qui ne bénéficient pas de cette richesse et les Corps de la Paix avaient des activités précieuses dans les communautés à faible revenu. Le rôle de la fierté nationale compte aussi pour beaucoup » avoue Monsieur Fearey. Le directeur estime par ailleurs que le Kazakhstan pourrait, en principe, créer sa propre version, nationale, de cette organisation.

En ce qui concerne le Kirghizstan, les Corps de la Paix y existent depuis 1993. Durant cette période, 940 bénévoles ont travaillé dans des domaines comme le développement de communautés, l'éducation, le développement des affaires et le secteur de la santé. Actuellement il y a 80 bénévoles américains au Kirghizstan. Concernant l’évolution de son programme dans le pays, Monsieur Fearey nous assure que la mission des Corps de la Paix y est très stable. Les trois domaines du programme de l’organisme sont actifs, même si les événements de juin 2010 ont réduit ses capacités d’intervention. «Nous avons été attristés par les événements de 2010 et nous avons dû réduire le nombre de bénévoles, ne pouvant plus les envoyer dans le Sud. Nous espérons que nous serons en mesure d'y retourner et d'augmenter le nombre total de bénévoles» – ajoute-t-il.

Le petit coin d’Amérique au Kirghizstan
Le petit coin d’Amérique au Kirghizstan. Crédit : Peace Corps au Kirghizstan

A la fin de notre entretien nous avons demandé à Monsieur Fearey de nous préciser quels intérêts américains étaient représentés par les Corps de la Paix et quels avantages ils apportent aux pays d’accueil.  « Les Corps de la Paix soutiennent des personnes et des organisations locales dans la poursuite de leurs objectifs. Les gens acquièrent des compétences allant de la langue anglaise à la technologie informatique, en passant par des nouvelles méthodes agricoles et comment rester en bonne santé. Les organisations apprennent quant à elles comment mettre en place leurs opérations pour devenir plus efficaces, comment pénétrer de nouveaux marchés, gérer leurs finances, et prendre de bonnes décisions en affaires.» nous explique-t-il. Il va même plus loin en affirmant que « pour les États-Unis d’Amérique, les Corps de la Paix font tomber les barrières avec le monde en développement. Les gens dans les pays d’accueil apprennent à connaître l'Amérique directement, d’un Américain qui vit avec eux pendant deux ans. Les bénévoles découvrent quant à eux le monde en développement et partagent ce qu’ils ont appris avec des amis et des proches, mais aussi des étudiants. Les États-Unis d’Amérique bénéficient également d’un grand vivier de leaders talentueux et éprouvés, qui pourront aider la société américaine à se développer, réussir et prospérer en harmonie avec ses voisins et le reste du monde».

Kyial ARABAEVA
Journaliste pour Francekoul.com

Relu par Etienne Combier 

References :
http://pik.tv/en/news/story/46447-central-asia-kicks-out-peace-corps
http://www.neweurasia.net/turkmenistan/central-asia-kicks-out-peace-corps/
http://www.peacecorps.gov/about/
http://registan.net/2011/11/20/leaving-kazakhstan-a-pcv-perspective/
http://www.peacecorps.gov/learn/wherepc/easteurope/kyrgyzrepublic/
http://russian.eurasianet.org/node/59570
http://rus.azattyq.org/content/turkmenistan_korpus_mira_viza/24538361.html
http://bishkek.usembassy.gov/peace_corps2.html

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *