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Liberté de la presse : l’Asie centrale stagne

Les cinq pays centrasiatiques ont conservé en 2017 leur statut de pays peu libéraux en matière de liberté de la presse, selon Reporters sans frontières.

Les années passent et la situation de la liberté de la presse ne semble pas s’améliorer en Asie centrale. Dans son dernier rapport annuel publié le 24 avril dernier portant sur l’année 2017, Reporters sans frontières (RSF) estime que les cinq pays centrasiatiques ne progressent pas, voire régressent dans le domaine. Plus largement, l’ONG craint que la haine du journaliste n’affecte de manière durable la liberté de la presse dans les quelques 180 pays qu’elle a surveillé en 2017.

Dans un article dédié à l’espace post-soviétique, RSF estime que la région est tirée vers le bas et mentionne un « reflux historique », notamment tiré par la Turquie et la Russie. Tour d’horizon.

Le Kirghizstan chute

En 2017, le pays le plus libéral d’Asie centrale a chuté de 9 places pour terminer à la 98ème place sur 180 pays, ce qui en fait l’une des pires baisses cette année, relève RSF. Le pays retrouve son niveau de 2014, après une fin de mandat d’Almazbek Atambaïev particulièrement violente contre les journalistes et une campagne présidentielle mouvementée. L’ONG pointe de « sérieuses préoccupations » pour l’évolution de la liberté de la presse dans le pays.

Depuis plusieurs années, le Kirghizstan est en recul dans le classement. A un plus haut en 2016, avec la 85ème place, Bichkek a perdu 4 places en 2016 pour finalement arriver à la 98ème place. Le pays reste encore loin de son plus bas historique, atteint après les évènements tragiques de Och, en 2010.

Le Tadjikistan végète

Depuis 2015, le Tadjikistan gravite autour de la 150ème place. En 2017, Douchanbé pointe à la 149ème place, soit le même classement qu’en 2016. Le régime d’Emomalii Rahmon a continué de garder une poigne de fer sur l’information diffusée dans le pays, notamment en bloquant par intermittence certains services sur Internet. « Les médias en sont désormais réduits à chanter les louanges du “Leader de la Nation”, Emomalii Rahmon », s’inquiète RSF.

La situation n’a pas toujours été aussi catastrophique au Tadjikistan. Jusqu’en 2010, le pays le plus pauvre d’Asie centrale était également le plus libre, avec un classement oscillant autour de la 100ème place. La violente destruction du Parti islamiste pour la reconstruction du Tadjikistan (PRIT) en 2015, seul parti d’opposition, a fait perdre près de 30 places au pays, qui n’a rien fait pour en changer depuis.

Le Kazakhstan cloué

De même qu’à Douchanbé, les médias ne vivent pas une époque facile au Kazakhstan. Le pays pointe à la 158ème place du classement en 2017, perdant une place par rapport à 2016. Le régime de Noursoultan Nazarbaïev a été particulièrement répressif envers les médias ces dernières années, allant même jusqu’à promulguer une loi ouvertement liberticide en décembre 2017.

« Après avoir fait taire les derniers médias critiques, [le Kazakhstan] cadenasse le journalisme d’investigation », affirme RSF. Historiquement, le Kazakhstan pointait à la 125ème place en 2008, avant de dégringoler en 2009 et 2010 pour atteindre les environs de la 160ème place sur 180 pays.

Ouverture en Ouzbékistan

Le seul motif de satisfaction pour RSF dans son dernier rapport annuel est la situation en Ouzbékistan. L’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev en décembre 2016 a permis au pays de gagner 4 places en 2017 pour atteindre la 165ème place. Un classement encore très peu libéral mais qui n’avait pas autant évolué depuis 2011-2012, lorsque Tachkent avait progressé de la 162ème place à la 157ème, son plus haut.

Lire aussi sur Novastan : « C’est une époque de changement en Ouzbékistan, y compris pour les médias », juge Harlem Désir

L’ONG relève la libération de plusieurs prisonniers politiques et de journalistes en 2017, ainsi qu’une certaine libération de la parole. Cependant, deux journalistes ont été arrêtés l’année dernière. RSF estime ainsi que leur sort « aura valeur de test ».

Le Turkménistan, éternel dernier

Le dernier du classement centrasiatique est également l’un des derniers dans le monde. A la 178ème place depuis 2014, même si le nombre de pays considérés a parfois augmenté, Achgabat ne montre aucun signe de répit envers les journalistes. Les seuls médias autorisés restent ceux officiels, qui dressent un portrait très flatteur du président Gourbangouly Berdimouhamedov, au pouvoir depuis 2006.

« Le score du pays continue de se dégrader à mesure que les coups redoublent contre les derniers journalistes indépendants », s’alarme cependant RSF, qui pointe notamment la répression survenue lors des derniers Jeux asiatiques en salle, en septembre 2017. Les journalistes étrangers avaient alors été constamment espionnés.

La rédaction

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L’Asie centrale reste un mauvais élève pour la liberté de la presse dans le monde.
RSF
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