Inde Chine Asie centrale influence diplomatie

L’Inde et la Chine ont de plus en plus d’intérêts en Asie centrale

Les deux géants asiatiques s’intéressent de plus en plus à l’Asie centrale, du fait de sa position stratégique mais aussi et surtout pour ses ressources.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par le Central Asian Analytical Network.

Les deux géants que sont l’Inde et la Chine regardent chacun de plus près en Asie centrale depuis plusieurs années. Côté chinois, on retrouve l’incontournable projet des Nouvelles Routes de la Soie, qui vise à relier la Chine à l’Europe par le rail et la route. Côté indien, l’intérêt est plus récent, mais il s’est rapidement accentué ces derniers mois. Dans son article paru le 27 septembre dernier, Dipanjan Roy Chaudhury explique que l’Inde se considère comme un stabilisateur et un leader politique important pour la sécurité en Asie centrale. Les États de la région désirent donc approfondir les liens les unissant à New Delhi.

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L’Ouzbékistan apparaît comme un pion local majeur dans la politique poursuivie par l’Inde concernant l’Afghanistan, en matière de lutte contre le terrorisme et de satisfaction des besoins énergétiques du pays. En outre, la seule base militaire indienne située hors de son territoire se trouve au Tadjikistan, non loin de la frontière afghane.

L’Inde veut jouer un rôle de premier plan

Le journaliste indien expose que l’Asie centrale, ne jouissant d’aucun accès à la mer et dépendant énormément de la Chine en raison de sa position géographique, s’efforce d’éveiller l’intérêt de New Delhi, dans le cadre de la stratégique d’équilibre qu’elle prône. Dipanjan Roy Chaudhury considère que la quasi-totalité des pays de la région tentent de renforcer leur coopération en matière de défense avec l’Inde, dont l’influence financière croissante lui procure une position économique exceptionnelle et lui permet de jouer un rôle de premier plan en Asie centrale.

Inde Chavkat Mirzioïev Visite 30 Septembre 2018 Ouzbékistan

De son côté, le « Times of India » s’attarde plutôt sur les 3 milliards de dollars (2,65 milliards d’euros) de contrats bilatéraux signés après la visite du président ouzbek Chavkat Mirzioïev les 30 septembre et 1er octobre dernier. Ils concernent la formation militaire, l’agriculture et les domaines apparentés ainsi que les secteurs des sciences et techniques, de la santé publique et de la médecine.

Une forte volonté de coopération avec l’Ouzbékistan côté indien

Par ailleurs, certains accords de coopération prévoient un régime sans visa pour les détenteurs de passeports diplomatiques des deux parties. Les deux pays vont également coopérer dans le domaine de l’aéronautique à des fins pacifiques. Enfin, le conseil commercial Inde-Ouzbékistan, créé à New Delhi pour faciliter le dialogue entre les deux partenaires, va permettre la signature de contrats commerciaux.

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Le « Times of India » relate également que les autorités indiennes ont accordé un crédit à hauteur de 200 millions pour construire certaines infrastructures en Ouzbékistan. De manière plus concrète, le quotidien indien Economic Times décrit un accord entre les autorités indiennes et ouzbèkes sur le développement de la coopération dans le domaine atomique à usage pacifique.

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Selon l’auteur, Tachkent pourrait proposer son territoire à New Delhi pour installer un système de défense. Pour le journaliste, la présence de techniques et matériel militaires russes dans l’arsenal des deux États encourage la prolongation et la consolidation des relations militaires qu’ils entretiennent. L’Inde et l’Ouzbékistan souhaitent obtenir des recettes à hauteur d’un milliard de dollars (883 millions d’euros) au cours des deux prochaines années.

L’Afghanistan, relation clé entre New Dehli et l’Asie centrale

L’Afghanistan est l’autre point important de coopération entre l’Inde et l’Ouzbékistan. Durant la visite ouzbèke, Chavkat Mirzioïev et le Premier ministre indien Narendra Modi ont conclu un accord concernant la gestion de l’Afghanistan. L’homme fort indien a par ailleurs affirmé que « l’Inde et l’Ouzbékistan s’efforcent de créer un environnement sûr et serein dans la région. Nous apprécions les efforts de nos partenaires pour soutenir la paix et la stabilité en Asie centrale. Je peux vous certifier que l’Inde vous soutient dans vos efforts. Nos deux pays n’aspirent qu’à compter avec un Afghanistan démocratique, stable et prospère ».

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Au-delà de l’Ouzbékistan, le magazine The Week estime que « l’Inde poursuit sa propagande en Asie centrale ». L’auteur explique que, dans le cadre de cette propagande, le président indien Ram Nath Kovind s’est rendu à Douchanbé au début du mois d’octobre, où il a rencontré le président tadjik, Emomalii Rahmon. Pour l’auteur, l’Inde « apporte la lumière » au Tadjikistan. En effet, New Delhi désire encourager le gouvernement tadjik à approvisionner sept provinces du pays en énergie solaire. Le président indien a par ailleurs déclaré que l’Inde était ravie de contribuer à la mise en service de deux laboratoires anglophones dans les installations militaires tadjikes.

Le président de l'Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev, et son épouse, Ziorat, devant le Taj Mahal durant la visite d'Etat du président ouzbek en Inde

Le journal The Print va encore plus loin. Selon le journaliste Sujan Dutta, la base militaire indienne d’Ayni au Tadjikistan pourrait représenter un avantage décisif pour New Delhi par rapport à Islamabad, la capitale pakistanaise. L’article explique que le président Kovind a été à la rencontre d’un contingent de militaires indiens dans le cadre de sa visite au Tadjikistan du 7 au 9 octobre derniers. L’Inde contrôle en outre l’hôpital de Farkhor, dans le sud du Tadjikistan, à proximité de la frontière afghane. Ces éléments témoignent de l’intention de l’Inde de s’installer durablement chez son voisin tadjik. Sujan Dutta en arrive par la suite à la conclusion que la présence de New Delhi dans la région risque d’être incompatible avec les intérêts russes. Le Tadjikistan est en effet membre de l’Organisation du Traité de Sécurité collective, une organisation militaire créée sous l’égide de la Russie.

La Chine demeure prédominante en Asie centrale

De son côté, la Chine ne reste évidemment pas les bras croisés. Le Premier ministre chinois Li Keqiang s’est rendu à Douchanbé sitôt après la visite du président indien. Un évènement largement publicisé en Chine par la chaîne de télévision CGTN, qui diffuse ses programmes en anglais. Li Keqiang a rencontré le président Emomalii Rahmon et le Premier ministre Kokhir Rasulzoda. Le représentant de Pékin a souligné la nécessité de renforcer la coopération en matière d’économie, de commerce, d’investissements, mais aussi de transports, d’énergie et d’infrastructures douanières. Les négociations entre Li Keqiang et son homologue tadjik ont abouti à la signature de plusieurs accords de coopération politique, commerciale et douanière.

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La Chine reste la principale source d’investissements étrangers du Tadjikistan et son troisième plus important partenaire commercial. Rien que pour les deux premiers mois de 2018, le volume du commerce bilatéral a atteint 196 millions de dollars (173,3 millions d’euros), soit une hausse de 38,4 % par rapport à la même période en 2017.

La Chine insiste sur l’entraide

Pour le journaliste de CGTN Tsui Huntsian, et ainsi du gouvernement chinois, Pékin veut rendre la région sûre et prospère plutôt que de s’y confronter à d’autres puissances. Le journaliste insiste sur la nécessité de l’entraide pour les pays de la région, faute de quoi leur développement pourrait s’en ressentir et les troubles reprendre de plus belle. La Chine est enthousiaste à l’idée d’une coopération visant à promouvoir la paix, l’équité et la sécurité en Asie centrale.

L’auteur estime par ailleurs que la situation au Tadjikistan était auparavant désastreuse en raison du manque de ressources et de transports inadaptés. Dans une déclaration qui a plus trait à de la propagande qu’à de l’information, Tsui Huntsian affirme que la République était alors l’un des pays les plus pauvres et les moins développés de la région, entretenant même certains conflits territoriaux avec ses voisins. Au nom du principe de respect mutuel et de coexistence pacifique, les gouvernements chinois et tadjik ont pu régler leurs différends territoriaux et entamer un partenariat stratégique total, « véritable modèle de coexistence pacifique entre deux États voisins », selon le journaliste.

Le Tadjikistan, un Etat vassal pour Pékin ?

Avec cette grande confiance réciproque, le gouvernement et les entreprises chinoises ont soutenu la stratégie mise en place par Douchanbé pour développer son secteur de l’industrie. Avec l’aide de Pékin, le Tadjikistan a établi un réseau routier et d’énergie sur tout son territoire. La Chine est devenue le principal partenaire commercial du pays et sa première source d’investissements étrangers.

Xi Jinping Emomalii Rahmon Chine Tadjikistan Rencontre BRICS

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Pourtant, des éléments de la politique menée par Pékin en Asie centrale préoccupent toujours certains observateurs. La Chine considèrerait en effet « le Tadjikistan comme son vassal personnel ».

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Edité par Etienne Combier

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L’Inde et la Chine cherchent à asseoir leur influence en Asie centrale (photo d’illustration prise à Shanghaï)
Johnathan via Visual Hunt
Le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a été reçu en grande pompe en Inde à la fin du mois de septembre.
President.uz
Le président de l’Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev, et son épouse, Ziorat, devant le Taj Mahal durant la visite d’Etat du président ouzbek en Inde
President.uz
Emomalii Rahmon et Xi Jinping ont affiché leur amitié officiellement.
Prezident.tj
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