Ouzbékistan Inde ministre Chavkat Mirzioïev Sushma Swaraj

L’Inde se rapproche de l’Asie centrale

Du 2 au 5 août dernier, la ministre des Affaires étrangères de l’Inde s’est rendue en visite officielle au Kazakhstan, au Kirghizstan et en Ouzbékistan. L’occasion de resserrer les liens avec les partenaires du nord. 

C’est une tournée diplomatique encore assez rare de la part de l’Inde. La ministre des Affaires étrangères de l’Inde Sushma Swaraj s’est rendue du 2 au 5 août dernier au Kazakhstan, au Kirghizstan puis en Ouzbékistan. La ministre en a profité pour avancer les intérêt de New Dehli en Asie centrale.

Sushlma Swaraj a abordé de nombreux sujets avec ses homologues centrasiatiques : coopération économique, scientifique, culturelle, sécuritaire… Avant sa première étape à Astana, la capitale kazakhe, la ministre indienne a fait une rapide escale à Achgabat, au Turkménistan. Une photo d’elle avec le ministre des Affaires étrangères turkmènes, Rashid Meredov, a été publiée sur Twitter par le porte-parole du ministère indien, Raveesh Kumar.

L’Asie centrale, une zone d’importance pour l’Inde

L’Asie centrale revêt une importance particulière pour l’Inde. Des échanges ont toujours existé entre les deux régions, politiques, économiques, religieux (bouddhisme, islam) et culturels. Dans le contexte actuel, New Delhi s’intéresse à l’Asie centrale pour contrecarrer les projets chinois de la Belt and Road Initiative, obtenir de nouveaux canaux d’approvisionnement en hydrocarbures et sécuriser ses frontières occidentales par rapport aux crises afghane et pakistanaise.

Lire aussi sur Novastan : L’Inde, un autre géant en Asie centrale ?

Depuis 2014, le parti nationaliste hindou BJP est au pouvoir, avec Narendra Modi comme Premier ministre. Ce dernier a mené des politiques ambitieuses de rapprochement avec de nouveaux Etats : un tour du monde arabe, une visite en Israël, l’intégration de l’Inde à l’Organisation de Coopération de Shanghai… C’est dans ce contexte de renouveau diplomatique qu’il faut lire la récente visite de Sushma Swaraj en Asie centrale. Narendra Modi s’est d’ailleurs déjà rendu deux fois en Asie centrale, en 2015 et 2017.

Le soft power indien au coeur de la visite

Lors de ses déplacements, Sushma Swaraj s’est adressée aux communautés indiennes présentes dans les différents pays. La ministre a également eu un mot de soutien pour les entreprises indiennes qui s’exportent dans la région et pour les étudiants qui favorisent les échanges culturels. Sushma Swaraj a affirmé que son gouvernement est particulièrement proche des Indiens de la diaspora, mettant un point d’honneur à défendre les communautés expatriées, tant pour des raisons électorales que pour garantir une sécurité aux entrepreneurs promouvant l’Inde à l’étranger.

Sushma Swaraj a par ailleurs appelé les dirigeants des pays d’Asie centrale à travailler avec les universitaires spécialistes de l’Inde et les communautés indiennes sur place afin de favoriser la coopération. À Tachkent, la capitale ouzbèke, la ministre a même rencontré des indianistes et des professeurs d’hindi. Ces différentes allocutions vont dans la stratégie indienne de promouvoir son soft power, dans le champ économique mais aussi largement dans le champ culturel. Toujours à Tachkent elle a été reçue par le président ouzbek, Chavkat Mirzioïev, où ils ont discuté de sa visite très prochaine en Inde.

Il est encore tôt pour savoir quels seront les fruits portés par cette visite. Elle démontre une réelle volonté de l’Inde de s’implanter en Asie centrale, autant avec les précédents voyages de Narendra Modi dans la région que les invitations de Sushma Swaraj aux dirigeants centre-asiatiques pour se rendre en Inde. New Delhi espère donc devenir une puissance régionale et y travaille sérieusement. On peut également noter un premier pas positif : le gouvernement kazakh est prêt à approfondir la coopération en terme de défense avec l’Inde. Alors que les relations entre le Kazakhstan et les géants russe et chinois ne sont pas au beau fixe, l’Inde pourrait être une alternative intéressante.

L’histoire comme outil d’influence

Ce statut d’alternative a été énoncé régulièrement par la ministre lors de ses visites. En Ouzbékistan, Sushma Swaraj s’est recueillie devant la statue de Lal Bahadur Shastri, le deuxième Premier ministre de l’Inde qui s’était rendu en voyage officiel à Tachkent en 1966, sous l’Union Soviétique, afin de trouver une solution avec le Pakistan sur la question du Kashmir. Au Kazakhstan, la ministre a rappelé les 2500 ans d’histoire entre les deux pays.

Outre les intérêts très actuels, Sushma Swaraj inscrit la coopération dans un cadre historique. Tout d’abord pour rendre un certain prestige à l’Inde, mais aussi pour inscrire les liens entre New Delhi et l’Asie centrale dans un processus historique. En somme, affirmer qu’il est naturel que l’Inde et l’Asie centrale aient des liens puisque cela a toujours été le cas dans l’Histoire. Cette vision des choses cherche également à contrecarrer la Chine, qui inscrit sa stratégie de Nouvelle route de la soie, là aussi dans un contexte historique évident. En rappelant le passé indien dans la région, l’Inde veut se présenter en alternative naturelle à la Chine pour les républiques centrasiatiques.

Thomas Ciboulet
Rédacteur pour Novastan 

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à nous suivre sur Twitter, Facebook, Telegram, Linkedin ou Instagram ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir notre newsletter hebdomadaire ou nous soutenir en devenant membre de la communauté Novastan.

La ministre des affaires étrangère indienne Sushma Swaraj s’est rendue au Kazkazkhstan, au Kirghizstan et en Ouzbékistan, comme ici (à gauche, en rouge), reçue par le président ouzbek à Tachkent
president.uz
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *