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L’Ouzbékistan et le Kirghizstan parviennent à un accord sur mille kilomètres de frontières

Les deux pays centrasiatiques ont réussi à s’entendre sur un sujet brûlant depuis la chute de l’URSS. Une signature officielle entre les deux chefs d’Etat devrait avoir lieu prochainement.

Novastan reprend et traduit ici un article paru originellement sur Nezavissimaya Gazeta.

Après le Kazakhstan et le Turkménistan, c’est au tour de l’Ouzbékistan et du Kirghizstan de conclure un accord frontalier. Ce dernier a été signé et porte sur près de 1000 kilomètres de frontière. Abdullaziz Kalimov, ministre des Affaires étrangères d’Ouzbékistan, annonce que l’accord, qui reflète l’absence de conflit frontaliers entre les deux pays, sera signé à Tachkent par les présidents Chavkat Mirzioïev et Almazbek Atambaïev lors d’une visite dont les détails restent à préciser.

Si ce succès diplomatique est important, il reste 300 kilomètres de frontière divisés en 58 portions ne faisant toujours pas l’objet d’un accord.

La marque du nouveau président ouzbek

« Nous avons réussi à coopérer avec le Kirghizstan sur de nombreux points, notamment sensibles, comme la démarcation et la délimitation de nos frontières. Nous sommes tombés d’accord sur environ 1000 kilomètres et nous préparons un accord pour graver dans le marbre ces frontières reconnues par nos deux pays », a affirmé Abdullaziz Kalimov.

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« L’Ouzbékistan et ses partenaires sont convaincus que toute négociation relative à des questions aussi sensibles doivent se fonder sur les principes de bon voisinage, de respect mutuel et de prise en compte des intérêts de chacun », a-t-il ajouté.

Les enclaves, épines du pied des gouvernements centrasiatiques

Après la chute de l’URSS, l’ensemble des nouveaux États indépendants en Asie centrale ont hérité de problèmes frontaliers. La frontière administrative de trois Républiques (le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Kirghizstan) traversait la vallée de Ferghana sans considération du relief et de l’appartenance ethnique des populations locales. Cette division arbitraire s’est ensuite muée en frontière d’État.

La présence d’enclaves ne simplifie pas l’équation : on trouve au Kirghizstan six enclaves, quatre ouzbèkes et deux tadjikes. En Ouzbékistan, une petite enclave kirghize existe à Barak, d’à peine 4 kilomètres carrés.

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Les enclaves, éloignées du territoire principal de leurs pays, sont à l’origine de la plupart des problèmes frontaliers de la région et il n’est pas rare que ces derniers dégénèrent en confrontations sanglantes se soldant parfois par des morts.

Volonté de changement des deux côtés

Depuis la fin de l’URSS, Bichkek et Tachkent n’ont pu s’entendre que sur la délimitation d’à peine la moitié de leur frontière commune, longue de 1270 kilomètres. Mais comme l’a confié à Nezavissimaya Gazeta le politologue Cherzod Koudratkhodjaev, à chaque problème, sa solution. Selon lui, l’Ouzbékistan et le Kirghizstan ont aujourd’hui la ferme intention de conclure leurs différends frontaliers.

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Sadyk Safayev, vice-président de la chambre haute du parlement ouzbek, a fait remarquer que « l’Ouzbékistan dispose aujourd’hui d’une politique régionale active qui accorde une priorité à ses voisins. Après tout, c’est la règle de base de la diplomatie. » Une déclaration qui va dans le sens des signaux donnés par Chavkat Mirzioïev dès octobre 2016, alors qu’il occupait le poste de président par intérim.

« L’Ouzbékistan est prêt au dialogue »

« Ces derniers mois, nous avons pris à bras le corps ce qui doit l’être de puis toujours », a dit le sénateur. « L’Ouzbékistan est prêt au dialogue pour les questions les plus épineuses. Bien sûr les désaccords existent entre voisins, c’est naturel. Mais il ne faut pas faire l’autruche et nous devons nous résoudre à des compromis réfléchis. Je pense que c’est ce qui différencie la politique extérieure des nouvelles autorités ouzbèkes de celles de leurs prédécesseurs », souligne Sadyk Safayev, faisant référence au premier président ouzbek Islam Karimov, décédé en septembre 2016.

Comme le rappelle Nezavissimaya Gazeta, des ministères et départements de haut niveau en Ouzbékistan ont reçu comme mission d’élaborer un plan d’action pour la délimitation et la démarcation de la frontière d’État pour le premier trimestre 2017. Cette volonté s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie pour le développement de l’Ouzbékistan sur la période 2017-2021.

Le Tadjikistan, partenaire plus délicat pour résoudre les problèmes frontaliers

Pour l’Ouzbékistan, trouver un terrain d’entente avec le Tadjikistan sera plus ardu qu’avec le Kirghizstan. Des portions non-démarquées de la frontière traversent des villes et villages, ce qui ne fait qu’exacerber le problème. Des pourparlers sont en cours et les relations entre les deux pays se normalisent peu à peu, comme en témoigne la réouverture des liaisons aériennes entre les deux capitales au début du mois d’avril. Reste encore à résoudre le problème relatif au transport de marchandises.

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Comme l’a fait remarque Sadyk Safayev, les voisins se doivent aussi de trouver des solutions quant à l’ouverture des axes routiers. « Il est bien sûr question des voies de communication, mais aussi de la levées de barrières qui entravent les relations, le commerce et les visites mutuelles », a-t-il souligné. Et le sénateur de conclure en affirmant qu’une levée des restrictions dans le secteur des transports entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan mènerait à une croissance de 30% du volume d’échanges commerciaux.

Traduit du russe pour Novastan par Thomas Rondeaux

Un poste frontière entre Kirghizstan et Ouzbékistan.
United Nations Development Programme in Europe and Central Asia
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Commentaires
  • Bonjour.
    Merci pour la publication de cet article.
    J’ai simplement une petite remarque, ou plutôt question d’ordre général: il me semble utile de dater clariement vos articles, en haut de page; pourquoi la rėdaction de Novastan n’affiche pas clairement la date de publication de chaque article ?
    Cordialement.

    25 avril 2017

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