Girls Activists of Kyrgyzstan

Militantes avant l’âge : la fièvre de l’égalité

De quels droits les femmes bénéficient-elles ? Quelle égalité entre hommes et femmes au Kirghizstan ? Autant de questions restées souvent sans réponse, parfois même sans locuteur, dans un pays où 8 femmes sur 10 subissent des violences régulières, où les mots « femme » et « au foyer » ne sont qu’interchangeables. Novastan fait le point sur la situation. Chapitre 1 : « Militantes avant l’âge : la fièvre de l’égalité »

Qu’est-ce qui amène une jeune fille à quitter sa chambre d’adolescent pour crier ses droits sur tous les toits ?  L’association « Les filles militantes du Kirghizstan » n’a que de très jeunes militantes. Il faut croire qu’au Kirghizstan on est très sérieux, quand on a dix-sept ans.

L’association se forme en 2013, avec le soutien du Collectif Féministe de Bichkek« Nous avons d'abord eu un camp pour les filles, organisé par les Peace Corps et l'initiative féministe Bichkek. C’est à partir de ce moment-là que je m’y suis intéressée, raconte Daryia. Après cela, nous nous sommes rencontrées une fois par semaine pour y réfléchir. » Dariya et son groupe d’amies comprennent sous peu l’importance, et l’urgence, d’officialiser le projet : « il était nécessaire de créer une association pour parler de nous-même et pour que la société nous prête attention. »

L'égalité des sexes est une question d'actualité dans le monde entier, non seulement dans les pays centre-asiatiques. Mais plus encore dans ces derniers, où même le concept peine à trouver sa place. Il semble parfois que l’ensemble de la population est partagé en deux groupes sur la base du genre – ce mot désormais polémique en Europe.

En premier lieu, bien sûr, il y a la rupture dans le monde professionnel. Il existerait, ainsi, des métiers pour les hommes et d’autres pour les femmes. A condition, d’abord, que ces dernières soient autorisées à travailler.

Sur le banc des accusés, un manque criant d’éducation et, surtout, d’information dans certaines régions du Kirghizstan. C’est de là, aussi, que viennent et s’imposent les innombrables abus, tant physiques que phycologiques, si rarement dénoncés, critiqués et punis.

Pour y faire face, une seule solution : prendre les armes, ou, plutôt les mots, et casser les clichés dans l’espoir de venir à bout de ces inégalités. C’est dans ce contexte que se sont créées et multipliées, depuis quelques années, plusieurs associations luttant pour les droits des femmes encore souvent bafoués et tus. L'une d'entre elles est bien atypique : « Les filles militantes du Kirghizstan » est gérée par des jeunes de 13 à 17 ans. Leur objectif ? Promouvoir des droits égaux entre hommes et femmes, ainsi qu’un monde sans violence, discrimination ni cruauté.

Vous pouvez activer les sous-titres en bas, à droite. 

« Notre but principal est d’expliquer aux jeunes filles leurs droits et de leur apprendre à les défendre. Une personne qui ne connaît pas ses droits est faible, elle peut être soumise à n’importe quelle violence extérieure », explique Dariya, l’une des militantes. Indignée, farouche défenseuses des droits de l’homme, elle ne manque pas d’assister à un événement ou de partager ses opinions. Pourtant, elle-même n’est encore qu’une enfant.

A 16 ans, Dariya milite depuis déjà deux ans au sein de l’association, qu’elle a aidée à fonder. Elle étudie à l'école 13, en onzième classe (la dernière dans le système scolaire local, ndlr). En dépit de son jeune âge, elle s’attaque avec ferveur à des problèmes politiques et sociaux sérieux, pendant que d’autres ne lèvent pas les yeux de leur Gameboy.

Ces jeunes activistes encore adolescentes participent autant que possible aux campagnes de sensibilisation aux Droits de l'Homme, aux conférences et aux forums. Le plus important, pour elles, c’est d’être entendues. Elles viennent toutes de différentes villes, régions et villages aux quatre coins du Kirghizstan. Dans leurs locaux, à Bichkek, elles partagent leurs problèmes et donnent voix au changement. Une petite maison grise, banale, pourtant difficile à quitter une fois la porte franchie.

Leurs réunions sont plutôt des rencontres amicales, où les maîtres mots sont confiance et compréhension. Entre deux rires, parfois quelques larmes, on croque un morceau de chocolat noir avec ses dents encore blanches. C’est sûrement grâce à cette atmosphère que le projet est aujourd'hui un succès.

Un criant manque d’information dans les villages

La question des droits des femmes est particulièrement sensible dans les villages du Kirghizstan. Ici, loin du monde et des écoles, les jeunes femmes sont systématiquement victimes de l’absence d’information. Sans éducation, leur seul avenir est dans le mariage, bien souvent précoce (vers 14 ou 15 ans). Pourtant, les fautifs ne sont ni les parents, ni leur religion.

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Première coupable, la pauvreté, qui ferme de nombreuses portes. L’instruction secondaire est payante, parfois chère, au Kirghizstan (jusqu’à 2000$ l’année, et 5500$ pour AUCA, sans compter les frais quotidiens dans la capitale. Le salaire moyen est à 214$, ndlr).

Deuxième sur la liste, un manque de communication et une trop pauvre information de la population. C’est sur ce dernier point qu’intervient l’association de Dariya.

En 2013, elles participaient au forum « Ensemble » où elles ont exprimé leurs exigences : « Nous avons besoin de manuels consacrés aux femmes: des femmes  politiques, des économistes, des écologistes, des militantes. Nos mères ont besoin d’écoles maternelles pour garder leurs enfants (l’école ne commence qu’à 7 ans, ndlr). Nous devons pouvoir nous concentrer sur nos études, et non pas sur les travaux ménagers. Il est nécessaire d’avoir des bibliothèques de qualité accessibles par toutes, des ordinateurs. Nous voulons recevoir une bonne formation!

Ne décidez pas et ne parlez pas de  nous sans nous : nous sommes ici et nous pouvons le dire de nous-mêmes ! »

Vous pouvez activer les sous-titres en bas, à droite.

A la question « qu'est-ce qui vous motive pour devenir militante? » Dariya répond ainsi : « Avant tout ce désir d'aider. En tant que représentante de cette partie de la société, c'est-à-dire des filles de 16 ans, je connais moi-même les problèmes qui nous entourent dans la vie quotidienne. »

A 14 ans, Daryia participe à une conférence à Almaty, sur « Les droits des filles, leur santé et la violence à leur égard ». « Quand je suis arrivée», se souvient la jeune déjà révoltée, « j’ai vu que dans cette conférence sur nous, les filles, il n'y avait pas une fille, à part moi. Et j’ai soulevé cette question et demandé, pourquoi maintenant il n'y a pas une seule fille? Je pense que nous savons mieux quels problèmes nous avons et comment les résoudre. » Seule réponse : des rires, plus blessant encore que les mots. « Le problème principal que nous avions c’était la condescendance des hommes face à notre jeune âge. C’est déjà plus facile, maintenant que j’ai 16 ans », poursuit-elle.

Informer, parler, sortir de l’ombre et du silence. Elles dénoncent, accusent, une société sans espoir. « Nous sommes tous silencieux. Nous vivons dans une société où le mariage précoce est un succès. Nous vivons dans une société où la violence est quelque chose de normal. »

Sur leur blog, on retrouve des vidéos, des témoignages, des récits et des informations, grâce auxquelles, peut-être, les vies de quelques jeunes filles seront entièrement redessinées.

Aijan Igemberdieva

Relu par Marion Biremon

 

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